Accord de libre échange transatlantique : la plus grande zone commerciale jamais créée

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Serpent de mer des relations diplomatiques et politiques entre l’Union européenne et les Etats-unis, une zone de libre échange transatlantique pourrait voir le jour dans deux ans, selon les voeux de la Commission européenne. Cet accord, qui comporte de nombreuses inconnues en matière de standards et de normes, représente une chance pour les économies US, qui pourraient récolter 1,5 point de croissance supplémentaire, tout comme pour les entreprises européennes. Les entreprises françaises sont d’ailleurs invitées à donner jusqu’au premier mars leur avis sur la question au ministère du Commerce extérieur.

 

À la mi-février, Barack Obama a donné son feu vert à la discussion sur un accord de libre échange entre son pays et l’Union européenne. Mieux encore, ce chantier devrait marquer son deuxième mandat. Pour l’Union européenne, ce dossier qui s’ouvre à nouveau signifie un long travail de persuasion tant la question divise au sein des 27 pays membres. Les plus libéraux d’entre eux, l’Allemagne en tête, sont les fers de lance de ce projet qui ouvrira aux entreprises un marché gigantesque, l’Europe et les USA constituant à eux-seuls près de la moitié du PIB mondial.

Selon  la Commission européenne,  pour deux milliards d’euros de marchandises soit  un tiers du commerce mondial, circulent chaque jour, entre ces deux régions du monde qui se partagent  plus de 2 800 milliards d’euros d’investissements chaque année.

 

 

 

1,5 point de croissance

C’est dire si l’idée, qui fait son chemin depuis de nombreuses années, est lourde d’espoir pour de nombreuses entreprises. Les constructeurs automobiles allemands en tête ont tout intérêt à ce que cette zone de libre échange, levant les barrières douanières, devienne réalité. Comme le précise Matthias Wissmann,  président de leur fédération, la VDA, un milliard d’euros de taxes douanière serait ainsi économisé pour sa seule industrie. Au niveau global, les projections font état de cinq  milliards d’euros qui pourraient être ainsi économisés par les entreprises américaines et autant pour leurs homologues européennes, amenant 1,5 point de croissance de part et d’autre de l’Atlantique.

 

Pour les partisans du projet, il y a urgence à concrétiser cette zone alors que la part des entreprises américaines, japonaises et européennes à l’économie mondiale tend à se retrécir comme une peau de chagrin face aux concurrences des pays émergents et de l’Asie. Selon les estimations de la DIHK, la fédération des chambres de commerce allemandes, cette contribution devrait passer de 56% actuellement à 50 % en 2030.

Et son président, Hans-Heinrich Driftmann, estime que les entreprises européennes, et particulièrement les PME, ont tout à gagner de cette zone transatlantique. « Il ne s’agit pas seulement de la levée des barrières douanières, mais d’une manière générale de la dynamique qui en résulterait, car les entreprises seraient allégées des charges administratives », déclare-t-il, relevant que les USA sont après la France le deuxième partenaire commercial des entreprises allemandes pour un volume annuel de 120 milliards d’euros.

 

 

Agriculture et agro-alimentaire

L’Hexagone, pour sa part, compte au nombre des pays européens sceptiques sur la création de cette zone de libre échange transatlantique. Jusqu’à présent, nombre d’entreprises françaises ne partagent pas l’enthousiasme de leurs concurrents allemands. Alors que la Commission européenne devrait proposer un mandat de négociation aux pays-membres, Nicole Bricq, ministre française du commerce extérieur, lance une consultation publique auprès des entreprises et des fédérations professionnelles jusqu’au premier mars.

Rappelant que les Etats-unis sont le cinquième partenaire de la France et le premier investisseurs étranger dans l’Hexagone avec 88 milliards d’euros investis et 450 000 emplois induits, la ministre rappelle qu’elle souhaite «  un accord utile, source de débouchés pour nos entreprises sur le marché américain et créateur d’emplois sur le sol français. » Elle déclare cependant qu’elle veillera à « un accord respectueux de nos valeurs, (…) de notre modèle agricole et favorisant la transition écologique et énergétique. »

 

Car  la levée des barrières douanières au sein de cette zone de libre échange aura de multiples implications. Les détracteurs de cet accord de libre échange ne manquent pas en effet de souligner le fossé entre les normes et standards européens et américains. Le secteur agro-alimentaire est sans aucun doute le plus concerné par des divergences, tant dans les normes sanitaires que dans les réglementations comme les appellations d’origine contrôlées. L’industrie, et notamment la chimie ou encore la construction automobile avec les normes CO2, sont également concernées. Certaines réglementations comme les autorisations de mise sur le marché des produits pharmaceutiques ou encore le marché des appels d’offres réclameront une harmonisation.

Les négociations s’annoncent houleuses pour un calendrier qui se précise. Les premières négociations sur cette zone transatlantique sont d’ores et déjà inscrites en marge du G8, qui se tiendra le 18 juin prochain en Grande-Bretagne. Les défenseurs du projet fondent leur espoir dans la présidence irlandaise, un pays de tradition commerciale libérale.