Les analyses de Didier Kling, Président de la CCI Paris Ile-de-France

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 Président de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Paris Ile-de-France depuis le 1er décembre 2016, Didier Kling n’a jamais cessé de faire mention des différents défis auxquels il souhaite s’attaquer pour promouvoir l’entrepreneuriat francilien et plus largement, français. Enjeux de la transformation digitale, de la formation, de la création d’entreprises, mais aussi de l’internationalisation, Didier Kling n’en néglige aucun pour défendre l’économie régionale et voit au-delà des limites géographiques pour promouvoir une Ile-de-France solide et avant-gardiste dans un contexte globalisé. Retour sur les analyses et plans d’action du Président de la CCI Ile-de-France, à travers cette longue interview qu’il a accordé à « Affiches Parisiennes ».

 

Quelles sont les dernières actions de la Chambre régionale ?

Didier Kling : La Chambre de commerce et d’industrie Paris – Île-de-France travaille sur beaucoup de projets en cours de développement. Elle a de très bonnes équipes et de nombreuses idées intéressantes sont en gestation, mais il faut faire le tri et essayer de trouver ce qui est le plus efficace et pertinent pour les entreprises. Sur la digitalisation, par exemple, nous lançons les digiteurs – une offre globale pour la transformation digitale des entreprises. Nous avons décidé de favoriser la digitalisation des entreprises, et nous menons aussi une réflexion pour structurer et numériser notre réseau de pépinières, afin de favoriser la création de nouvelles entreprises. Nous devons améliorer les canaux de communication entre les différentes pépinières, les différents incubateurs, les espaces de coworking, etc.

La nouvelle bibliothèque d’HEC constitue un parfait exemple. Ouverte 24h/24, elle met à disposition des canaux de communication et des professeurs du monde entier, en direct. Nous faisons donc porter l’effort sur la digitalisation des entreprises existantes. Si nous voulons favoriser la création de start-up, notre stratégie en matière de pépinières doit aussi être déterminante.

La création d’entreprises augmente, mais l’investissement productif semble stagner. Quelle est votre analyse sur ce point ?

D. K. : Si on dispose d’un vrai projet, on peut trouver des investisseurs. Mais on rencontre aujourd’hui des entrepreneurs qui se plaignent des difficultés d’emprunt, et des banques qui ne savent plus où placer leur argent. Les acteurs financiers doivent donc descendre en gamme pour proposer des possibilités de petits investissements. Le réel problème reste que les banques hésitent à financer la création d’entreprises. Le seul moyen est de mutualiser un grand nombre de projets. Nous appelons donc la nouvelle administration publique à diriger correctement l’investissement vers les PME, par le biais d’un nouveau circuit fiscal. En parallèle, il faut que les petites entreprises conçoivent l’investissement au-delà du matériel. Les grandes structures l’ont compris. Elles engagent de très lourds investissements dans les domaines dématérialisés. Il appartient aux PME-TPE de s’engager à leur tour.

Encouragez-vous les petites entreprises à utiliser des moyens alternatifs de financement, comme le crowdfunding ?

D. K. : Bien que nous ne soyons pas acteurs dans ce domaine, nous observons de près le développement de ces nouveaux moyens de financement. Il y a naturellement des limites. Nous avons pu constater quelques incidents. Nous sommes intervenus sur le nouveau marché des emprunts privés (EUROPP), et bien qu’il n’y ait pas eu beaucoup de sinistres, il faut être vigilant, le cas William Saurin est révélateur. Les comptes du groupe n’étaient pas correctement tenus et certains prêteurs ont perdu de l’argent dans cette affaire. Mais le marché se développe – actuellement entre 6 à 7 milliards d’euros –, sans pour autant atteindre le niveau allemand du crowdfunding, proche de 20 milliards d’euros. L’objectif est donc de développer ce marché comme les Allemands. Il faut imaginer de nouvelles structures de financement, notamment par le biais de collectivités locales, comme c’est le cas outre-Rhin.

Avec l’arrivée du Gouvernement Édouard Philippe, quelles sont vos attentes en matière de réformes économiques ?

D. K. : Au-delà de l’allègement des charges et de la flexibilité du droit du travail, la priorité me semble être le redéploiement judicieux des dépenses publiques. Alors que les services régaliens semblent à peu près équivalents entre la France et l’Allemagne, la différence des taux de dépenses publiques est tout de même de dix points (47 % contre 57 % en France). Après, il faut aller dans le détail pour correctement interpréter ces chiffres. Mais il est vrai que le taux de dépenses publiques reste très élevé en France. Maintenant, il est évident que cela relève de très lourds chantiers, lents à mettre en œuvre. Pour le moment, essayons de simplifier les choses pour donner de l’oxygène à notre tissu économique. Dans un tout autre domaine, j’appelle à impérativement conserver le crédit-impôt recherche, qui constitue un avantage comparatif majeur pour notre pays.

À l’international, quel encadrement proposez-vous aux entreprises sur certains marchés porteurs, mais sensibles politiquement, comme la Chine, la Russie ou l’Iran ?

D. K. : L’Iran est un cas particulier, mais en règle générale, nous disposons de deux canaux dans ces pays : un bureau de la Chambre nationale, installée sur place, et une Chambre de commerce française, qui assure la représentation des entrepreneurs français.

Pour la Chine, la vraie interrogation porte sur l’évolution du modèle économique, en pleine transition actuellement. Perdant peu à peu son statut d’atelier du monde, la Chine devient aujourd’hui beaucoup plus offensive à l’extérieur, investissant dans tous les domaines, partout dans le monde. Son besoin majeur en matières premières explique sa très grande présence en Afrique ; présence qui pose quelques interrogations pour les entreprises françaises installées sur le continent. Chacun en est convaincu, l’Afrique est le grand marché de demain. Il faut maintenant arriver à structurer nos implantations, en particulier en matière de formations, par l’ouverture d’antennes de nos écoles, afin de consolider nos relations avec les pays africains.

Sur la Russie, l’activité économique est au point mort actuellement. Certaines entreprises ont rapatrié leurs activités, d’autres les réduisent en attendant des temps meilleurs. Evidemment les sanctions économiques jouent, mais la baisse des prix des hydrocarbures impacte fortement l’activité aussi. Malgré cela, les structures russes sont fortes et les grands groupes français restent implantés sur place. C’est l’investissement qui reste figé, mais il devrait repartir.

A l’inverse, en France, comment revaloriser certains de nos territoires, abandonnés par l’industrie ?

D. K. : Sur les questions d’industrialisation, d’exportation et de délocalisation, nous devons pousser l’analyse plus loin. En effet, si une entreprise automobile française installe ses usines à Poissy, la production entre dans la balance commerciale française. A l’inverse, si elle décide, pour des raisons de développement, de s’installer en Roumanie, sa production sort de la balance française. Pourtant, le groupe génère le même chiffre d’affaires, avec certes de plus fortes marges, mais c’est tout.

La question est donc de savoir ce qui est le mieux pour une entreprise française. Les délocalisations se sont trop longtemps centrées sur le coût du travail. Mais ce dernier est peu important en matière de fabrication automobile. En réalité, il est surtout essentiel pour les constructeurs français de produire à proximité de leurs marchés cibles. Le marché européen étant arrivé à saturation, il est nécessaire de produire ailleurs, pour vendre ailleurs. Le débat sur le coût du travail en France est donc trop réducteur pour expliquer ces enjeux commerciaux très complexes.

La solution passe-t-elle par l’implantation en Ile-de-France des sièges sociaux et des centres de recherche des entreprises françaises ?

D. K. : Les grands groupes français étant des acteurs internationaux, la notion d’exportation ne veut plus dire grand-chose. Le réel combat est donc effectivement celui de la conservation des centres de décisions et de recherches sur le territoire. Pour de multiples raisons, les entreprises multiplient leurs représentations partout sur la planète, à tel point que l’on ne sait plus où se trouve exactement le centre décisionnaire. Bien que tout cela soit très dématérialisé, il faut arriver à conjuguer toutes ces données internationales pour valoriser notre territoire.

 

 

Source: Affiches Parisiennes