André Gamache, Montréal International: « Plus de 70 % des exportations du Grand Montréal prennent le chemin des États-Unis »

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Le Grand Montréal réunit trois facteurs de réussite : une main-d’œuvre très qualifiée, des salaires très compétitifs et un environnement d’affaires favorable. Explications avec André Gamache, le PDG de Montréal International, un outil de promotion des atouts de la métropole.

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André Gamache est président-directeur général de Montréal International depuis trois ans. Il occupe depuis vingt-cinq ans des postes stratégiques au niveau de la haute direction d’organismes publics engagés dans le développement de Montréal et de sa région. Il a notamment travaillé pour le gouvernement canadien au sein du ministère du Développement économique et régional et à la Communauté urbaine de Montréal, ainsi qu’au Conseil régional de développement de l’île de Montréal.

 

Commerce International : Quelle est la mission de Montréal International ?

 

André Gamache : « Créé en 1996, Montréal International (MI) est un organisme sans but lucratif issu d’un partenariat privé-public. Nous sommes financés par quelque 100 membres des secteurs privé et institutionnel, les gouvernements du Canada et du Québec, la Communauté métropolitaine de Montréal et la Ville de Montréal. La mission de MI est de contribuer au développement économique du Montréal métropolitain et d’accroître son rayonnement international. Pour ce faire, nous poursuivons six objectifs : attirer des investissements étrangers dans le Grand Montréal ; y accroître la présence d’organisations internationales ; faciliter l’établissement de la main-d’œuvre étrangère qualifiée ; stimuler le développement de l’innovation ; soutenir le développement des grappes métropolitaines (des pôles de compétitivité, ndlr), et promouvoir l’environnement international et concurrentiel de la région. »

 

Comment MI peut-il être le partenaire privilégié d’une entreprise qui cherche à s’implanter dans le Montréal métropolitain?

 

A. G. : « Nous offrons aux sociétés étrangères qui souhaitent investir dans le Grand Montréal un soutien stratégique complet. Nous les accompagnons en effet à toutes les étapes du processus d’investissement et leur fournissons des informations clés sur l’environnement d’affaires montréalais et nord-américain, les différentes industries de la région et les divers programmes d’aides disponibles. Ces entreprises peuvent aussi profiter des relations privilégiées que nous entretenons avec nos membres, nos partenaires municipaux, provinciaux et fédéraux, ainsi qu’avec les établissements universitaires, les centres de formation et de recherche et les réseaux d’affaires et financiers, tant au niveau local qu’au niveau international. Montréal Inter-national constitue un interlocuteur privilégié pour toute entreprise souhaitant investir dans le Grand Montréal. D’ailleurs, depuis l’an 2000, nous avons contribué à la réalisation de 450 projets d’investissements directs étrangers dans la région de Montréal pour un total de plus de sept milliards de dollars canadiens (4,5 milliards d’euros environ). »

 

En tant qu’organisation, MI a-t-elle une expertise pour dialoguer avec des entreprises venues d’Europe, et notamment de France ?

 

A. G. : « Bien entendu. Nous possédons une expertise reconnue pour aider les entreprises européennes et, notamment, les sociétés françaises. Nous avons d’ailleurs une équipe de professionnels qui travaille spécifiquement sur la France. Parmi eux, un directeur de projet France se rend régulièrement dans ce pays pour des missions de prospection afin de rencontrer des investisseurs potentiels et faire un suivi des dossiers en cours. Notre équipe effectue également de nombreuses missions de promotion et de prospection en France, comme ce fut le cas récemment lors du salon Aéromart, à Toulouse, de celui du Bourget, ou encore du Mipim à Cannes. Ces dernières années, nous avons aidé de nombreuses entreprises françaises à s’implanter ou à prendre de l’expansion dans la région de Montréal, comme Ubisoft, l’un des leaders mondiaux du jeu vidéo, Avanquest (entreprise spécialisée dans le domaine des logiciels), Amesys (systèmes sécuritaires et critiques), Epsilon (thermique) ou encore JPC Aviation (aéronautique). Par ailleurs, Montréal International a conclu des partenariats avec des organismes français similaires. Je mentionnerais Paris Île-de-France Capitale économique et Entreprises Rhône-Alpes International (ERAI). Ces partenariats favorisent les opportunités d’affaires et de collaboration entre nos membres et les entreprises de nos régions. Ils permettent également le partage d’information et des meilleures pratiques pour améliorer l’attractivité de nos régions et surtout faciliter la réalisation de projets conjoints. Enfin, MI entretient des liens très étroits avec la Chambre de commerce française au Canada (CCFC), le consulat général de France à Montréal et l’ambassade de France à Ottawa. »

 

Quels sont les principaux facteurs qu’un chef d’entreprise doit considérer dans le cadre d’un projet d’investissement dans le Grand Montréal ?

 

A. G. : « Il y a trois principaux facteurs qu’une entreprise devrait considérer au moment de planifier une implantation à l’étranger. Il s’agit de la disponibilité de la main-d’œuvre, des coûts d’exploitation et de l’environnement d’affaires. Le Grand Montréal réunit ces trois facteurs de réussite. Le Montréal métropolitain bénéficie, en effet,d’une main-d’œuvre abondante et hautement qualifiée grâce notamment à ses 11 établissements universitaires et ses quelque 170 000 étudiants. Montréal est aussi une ville bilingue, dont plus de la moitié de la population parle aisément le français et l’anglais. Près d’une personne sur cinq parle au minimum une troisième langue. La région de Montréal jouit également de coûts totaux d’exploitation parmi les plus compétitifs au Canada et aux États-Unis. Les récentes fluctuations à la baisse du dollar canadien ont eu pour conséquence d’accroître considérablement l’avantage-coût de Montréal par rapport à la moyenne des villes américaines. Cet avantage-coût est particulièrement significatif dans les secteurs de R&D et de haute technologie. Cela s’explique, en partie, par les généreux crédits d’impôt à la R&D offerts par les gouvernements du Canada et du Québec. De plus, les salaires dans le Grand Montréal sont extrêmement compétitifs : ils sont inférieurs en moyenne de 15 % à 25 % par rapport à ceux d’autres grands centres urbains comme Boston, Chicago, San Diego ou Seattle. Le taux de change très favorable de l’euro par rapport au dollar canadien constitue également un argument de poids en termes de coûts pour les investisseurs en provenance de la zone euro. La région montréalaise a d’autres atouts en matière de coûts. Elle dispose notamment d’espaces de bureaux et industriels, de coûts de construction et de coûts énergétiques très concurrentiels. La société Hydro-Québec offre en effet des tarifs parmi les plus compétitifs et les plus stables au monde. Enfin, le Grand Montréal se caractérise par un environnement d’affaires des plus attrayants. Notre région bénéficie de la bonne santé financière et économique du Canada. Notre pays se classe effectivement au premier rang des membres du G7 pour ce qui est du climat d’affaires, notamment pour ce qui a trait aux infrastructures, aux débouchés économiques, à la fiscalité et aux échanges commerciaux. De plus, la réglementation relative au lancement de nouvelles entreprises est considérablement plus souple au Canada que dans les autres pays du G7. Les investisseurs bénéficient, en outre, du fait que les banques canadiennes présentent des bilans solides. Elles arrivent d’ailleurs au premier rang des pays du G7 au chapitre de la santé financière. Enfin, au sein du Canada, il ne faut pas oublier que Montréal est la première région métropolitaine sur le plan de la diversité industrielle. »

 

En quoi la région de Montréal peut-elle être une plate-forme avantageuse pour les entreprises européennes qui visent le marché nord-américain dans son ensemble ?

 

A. G. : « En plus des facteurs mentionnés précédemment, un atout stratégique de Montréal est sa situation géographique. Nous sommes situés au cœur d’un bassin de plus de 130 millions de consommateurs rasemblés dans 15 grands centres urbains situés dans un rayon de moins de 1 000 kilomètres. Par la voie aérienne, Montréal est à proximité de grandes métropoles telles que Toronto (1 h 09 de vol), New York (1 h 12), Boston (1 h 14) ou Chicago (2 h 19). Par voie maritime, Montréal représente également l’accès le plus rapide à la côte est de l’Amérique du Nord et au Midwest américain à partir de l’Europe du Nord. Notre métropole est par conséquent une plaque tournante pour le transport transatlantique de marchandises et possède l’un des ports intérieurs parmi les plus achalandés au monde, relié à plus de 100 pays. Pour terminer, j’ajouterai qu’un autre atout de Montréal pour les entreprises françaises est de leur permettre d’évoluer en français. Le Québec est, en effet, le seul endroit qui permette de faire des affaires en Amérique du Nord tout en parlant français. La langue ne constitue pas le seul point commun entre la France et le Québec, le code civil en est un autre. »

 

Le taux de change actuel entre l’euro et le dollar canadien constitue-t-il un avantage pour les investisseurs européens, et si oui, à quels niveaux ?

 

A. G. : « Il constitue un avantage indéniable, et à plusieurs niveaux. Pour les exportations tout d’abord : le taux de change favorable de l’euro et du dollar américain par rapport au dollar canadien favorise les exportations des entreprises montréalaises vers les États-Unis et l’Europe. Or, plus de 70 % des exportations du Grand Montréal prennent le chemin des États-Unis et plus de 12 % celui de l’Union européenne, les deux principaux marchés d’exportation du Grand Montréal. Pour la valeur des actifs montréalais et des coûts totaux d’exploitation, ensuite. Le taux de change de l’euro par rapport à notre dollar rend les actifs montréalais plus attrayants aux yeux des investisseurs européens. Cela rend, par exemple, l’achat de terrains ou la construction de bâtiments plus abordables. Pour le coût de la vie, enfin. Le taux de change actuel est avantageux pour les expatriés qui arrivent avec des euros. Par exemple, l’achat d’un logement est bien plus abordable ici. »

 

Quels sont les avantages directs pour une entreprise étrangère désireuse de s’implanter au Québec et dans le Grand Montréal ?

 

A. G. : « Outre la disponibilité et l’abondance d’une main-d’œuvre qualifiée, la compétitivité de ses coûts et son climat d’affaires, le Grand Montréal, grâce aux gouvernements du Canada et du Québec, met à la disposition des investisseurs plusieurs avantages en termes de fiscalité. Nos pouvoirs publics offrent d’importants incitatifs fiscaux aux entreprises étrangères avec de généreux crédits d’impôt à la R&D, qui atteignent 20 % dans le cas du gouvernement fédéral, et 17,5 % pour le gouvernement du Québec. À ces crédits d’impôt, s’ajoutent de nombreux programmes d’incitatifs fiscaux qui s’adressent aux industries de pointe du Montréal métropolitain comme l’aérospatiale, les sciences de la vie, les technologies de l’information et des communications ou encore l’industrie cinématographique. »

 

Quels sont les avantages indirects ?

 

A. G. : « Vous savez, bien souvent, quand vous demandez à l’un de vos compatriotes la raison principale pour laquelle il décide de rester à Montréal, c’est la qualité de vie qui revient le plus souvent. Notre région est reconnue pour son ouverture, sa convivialité, sa créativité et sa vitalité artistique et culturelle. Montréal est une ville festive où il y a constamment quelque chose à faire, hiver comme été, de jour comme de nuit. Notre métropole est mondialement reconnue comme une ville de festivals. Je pense notamment au Festival international de jazz, au Festival Juste pour rire ou aux Francofolies, un festival de musique francophone.
Un des atouts du Grand Montréal est sans contredit son coût de la vie très abordable. Que ce soit pour se loger, se nourrir, se soigner ou instruire ses enfants, il en coûte beaucoup moins à Montréal que dans les autres grandes métropoles du monde. Comparativement aux autres grands centres urbains nord-américains ou européens, la région de Montréal est aussi l’une des rares métropoles du monde industrialisé où le coût du logement demeure abordable. En effet, les propriétés se vendent dans plusieurs villes américaines le double du prix moyen à Montréal. Celle-ci est en outre une ville sûre dans laquelle on peut se promener en toute tranquillité. Le taux d’homicide y est en effet l’un des plus faibles parmi les grandes régions métropolitaines d’Amérique du Nord. Enfin, les sportifs et les amateurs de plein air seront comblés par les infrastructures et les activités offertes dans le Grand Montréal. La région offre des centaines de kilomètres de pistes cyclables ou de sentiers pédestres, ainsi que des parcs et des espaces verts à profusion. Vivre dans le Grand Montréal, c’est aussi avoir accès, à moins d’une heure de route, aux grands espaces et aux nombreux lacs et rivières où la baignade, la pêche et les sports récréatifs sont des activités qui peuvent être aisément pratiquées. L’hiver, vous pouvez profiter des quelque 700 kilomètres de pistes de ski et de motoneige situés à moins de deux heures de route de Montréal. »

 

Quelles sont les industries de pointe du Montréal métropolitain ?

 

A. G. : « Le Grand Montréal compte trois grappes (ou clusters)de haute technologie qui sont l’aérospatiale, les technologies de l’information et des communications (TIC) et les sciences de la vie. Pour l’aérospatiale, le Grand Montréal constitue un des plus grands pôles mondiaux en aérospatiale avec Seattle et Toulouse. Le secteur emploie plus de 42 000 personnes réparties dans près de 240 entreprises, pour un chiffre d’affaires cumulé qui atteignait plus de 12 milliards de dollars canadiens (7,6 milliards d’euros) en 2008. Le Québec compte pour environ 60 % de la production canadienne en aérospatiale et réalise environ 70 % de la R&D canadienne dans ce secteur. Les principaux chefs de file de cette industrie sont des entreprises comme Bombardier, Bell Helicopter Textron, Pratt & Whitney Canada ou encore CAE. Enfin, la région montréalaise compte 10 centres de recherche en aérospatiale.
Pour les technologies de l’information et de la communication (TIC), cette industrie emploie plus de 13 000 personnes dans près de 5 000 entreprises du Grand Montréal. Cela représente près de 10 % des emplois privés de la région montréalaise. Nous nous situons au 5e rang en Amérique du Nord pour la concentration des emplois en TIC. Le Grand Montréal est un leader dans les domaines du jeu vidéo, de la conception de logiciels, des services informatiques et de télécommunications, et des arts numériques. Les principaux employeurs dans ce domaine sont Bell Canada, le Groupe CGI, Ubisoft, Ericsson Canada, IBM et Electronic Arts. Enfin, pour les sciences de la vie, ce secteur, qui emploie plus de 41 000 salariés, rassemble 480 entreprises privées et 150 organismes de recherche publics et universitaires. Le Grand Montréal se classe au huitième rang en Amérique du Nord pour ses emplois en biopharma-ceutique. La région peut compter sur la présence de leaders mondiaux tels que AstraZeneca, Boehringer Ingelheim, Bristol-Myers Squibb, GlaxoSmithKline, Merck Frosst-Schering Plough, Novartis, Pfizer/Wyeth, Sanofi-Aventis, etc. Le Grand Montréal excelle également dans d’autres domaines, dont l’agroalimentaire, le cinéma, l’énergie, la finance, l’immobilier, les nanotechnologies, les technologies environnementales, ainsi que le transport et la logistique. »

 

En quoi les ententes bilatérales dont le Québec (et/ou le Canada) est signataire, peuvent-elles faciliter l’implantation et le développement d’entreprises étrangères, notamment européennes ?

 

A. G. : « L’adoption de l’Accord nord-américain de libre-échange (ALÉNA) en 1994 a eu pour effet d’intégrer les économies canadienne, américaine et mexicaine dans presque tous les domaines commerciaux. Les entreprises qui s’implantent dans le Grand Montréal bénéficient d’un accès direct au marché de l’ALÉNA, qui représente aujourd’hui plus de 447 millions de consommateurs. Par ailleurs, le fait que le Canada et l’Union européenne négocient actuellement un accord de libre-échange est très encourageant puisque, à terme, il donnera aux entreprises canadiennes un accès privilégié au marché européen. Ce sera un atout de plus pour les investisseurs. La signature de l’entente France-Québec sur la reconnaissance mutuelle des qualifications professionnelles, signée en octobre dernier, constitue une autre bonne nouvelle. Cela va permettre une mobilité accrue de la main-d’œuvre entre la France et le Québec. Les investisseurs français auront plus de facilité à faire venir des ingénieurs et des techniciens au Québec lorsqu’ils mettent sur pied une société dans la Belle Province. À ce titre, je souligne que MI offre déjà aux entreprises et institutions du Grand Montréal des conseils spécialisés afin de faciliter l’établissement de la main-d’œuvre étrangère qualifiée dans la région. Ces services sont mis à la disposition des entreprises françaises qui souhaiteraient faire venir à Montréal des travailleurs qualifiés de France ou d’ailleurs. Notre équipe de la Mobilité internationale propose des services qui visent à informer et conseiller sur le processus d’embauche de travailleurs étrangers ; à aider ces travailleurs dans leurs démarches d’obtention des documents officiels (visas, permis de travail, prorogation de séjour…) et à soutenir les conjoints de ces travailleurs afin de favoriser leur intégration sociale et professionnelle, grâce à un service de consultation personnalisée. »