Anthony Wild: « Le commerce du café est parfaitement inéquitable depuis toujours »

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Goûteur de café, Antony Wild a parcouru le monde à la recherche des meilleurs produits pour le compte d’une société britannique spécialisée. Dans son ouvrage, il retrace la « sombre histoire » du café.

Commerce International : Comment un goûteur se lance-t-il dans le récit historique ?

 

Antony Wild : « Dans les années 1980, une vingtaine de PME spécialisées dans le commerce du café tenaient boutique à Londres – aujourd’hui, trois grandes entreprises se partagent le marché. Je goûtais et torréfiais toutes sortes de cafés afin de conseiller mon employeur sur ses achats, y compris à partir d’échantillons datant de plusieurs décennies, rares et sortis de la circulation. Durant cette période, j’ai eu l’occasion de rencontrer de nombreux producteurs et torréfacteurs, avec qui j’aimais échanger sur l’histoire du café. Et puis j’ai eu envie de raconter la “vraie“ histoire de ce produit, qui est souvent associé à l’image du bonheur ou des vacances, avec ces photos exotiques sur les paquets. La réalité est tout autre. »

 

Vous faites un constat plutôt pessimiste de l’impact d’une consommation « équitable » du café…

 

A. W. : « Le commerce du café est parfaitement inéquitable depuis toujours. Pour réformer ce système, il faudrait revoir totalement l’idéologie politique et économique dominante afin de créer un “commerce équitable” à l’échelle de la planète. Or, dans un contexte mondialisé, d’autres systèmes politico-économiques ne peuvent se mettre en place à une large échelle. Et le café est une denrée tropicale qui génère un coût écologique important, à commencer par celui des transports. Je n’estime pas la vente de café “équitable” complètement inutile, mais elle ne peut agir que comme un petit remède face à une industrie structurellement viciée. »

 

Vous consacrez un chapitre aux premiers cafés, lieux d’échanges aux XVIIe et XVIIIe siècles…

 

A. W. : « Dans les premiers cafés européens, au XVIIe siècle (1), l’échange d’idées littéraires, scientifiques et politiques occupait une place importante. Les Lumières se sont nourries de ces discussions de cafés par la suite. À l’époque, les cafés accordaient d’ailleurs peu d’importance à l’étiquette sociale. Le fait que ces hommes boivent du café – et non de l’alcool comme dans les tavernes – a favorisé cette ambiance de partage et de réflexion. »

 

(1) Comme le rappelle Antony Wild dans son chapitre « Cafés et sociétés »,
le café est arrivé en Angleterre dans les années 1650.

 

Le café, une sombre histoire
Antony Wild, Éditions Belin (novembre 2009), 276 pages, 27 €