Antoine Jarmak, Banque de Vizille: « Les relations personnalisées feront toujours la différence »

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La Banque de Vizille a construit une offre de services adaptée aux besoins des entrepreneurs avec l’ambition d’accompagner réellement les entreprises dans leurs projets de développement.

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Antoine Jarmak, président du directoire, présente l’approche « singulière » de la Banque de Vizille.

 

Commerce International : Dans quels domaines de l’ingénierie de haut bilan intervenez-vous précisément ?

 

Antoine Jarmak : « La Banque de Vizille est une banque d’affaires filiale du groupe Crédit mutuel-CIC qui intervient, depuis Lyon, dans l’ensemble des métiers haut de bilan (investissement et/ou conseil). Elle dispose d’une offre complète permettant d’apporter une réponse sur mesure aux besoins de l’entreprise à tous les stades de son développement, qu’il s’agisse de la création avec le capital amorçage et le capital-risque technologique au travers de la filiale Vizille Capital Innovation, du capital développement, qui est notre métier historique et principal (prise de participation minoritaire aux côtés des dirigeants majoritaires) et qui s’adresse prioritairement aux entreprises à capitaux familiaux, des prises de participation majoritaire (LBO), essentiellement dans des opérations dites de “1er tour”, c’est-à-dire un investissement majoritaire dans le cadre d’une solution de transmission patrimoniale où l’ancien propriétaire conserve une position minoritaire au capital et contribue à la mise en place et à l’accompagnement d’un nouveau management, et enfin des métiers de conseils au travers de la filiale Vizille Capital Finance qui pratique deux métiers : l’ingénierie boursière, c’est-à-dire tout ce qui est introductions en Bourse et levées de capitaux sur les marchés boursiers pour les sociétés cotées au travers d’opérations garanties, et fusions-acquisitions – à savoir cessions d’entreprises ou acquisitions de cibles pour les sociétés souhaitant effectuer des croissances externes. Notre niveau annuel d’investissement est de l’ordre de 80 à 100 millions d’euros avec des “tickets” unitaires de 0,3 à 30 millions d’euros et plus, et c’est un de nos éléments différenciant. »

 

Votre approche n’est-elle pas assez atypique par rapport aux autres banques ?

 

A. J. : « Je dirais même que notre approche est devenue “singulière” au fil des années, car le modèle de fonctionnement du marché s’est clairement déplacé vers des structures de fonds d’investissement à durée limitée, très souvent difficilement compatible avec un horizon industriel par nature imprécis, car dépendant de certains aléas et retards conjoncturels (de plus en plus fréquents ces dernières années !). Il est donc impératif que les moyens mis à la disposition des entreprises soient en adéquation avec les contraintes du monde économique. Nous observons clairement depuis 10 ans (particulièrement depuis la mondialisation et la circulation “on line” de l’information partout dans le monde) un raccourcissement des échéances et de l’horizon nuisible, pour ne pas dire antagoniste, à la vraie création de richesse économique. L’entreprise doit retrouver de la sérénité dans la durée pour mettre en œuvre sa stratégie de développement. La Banque de Vizille intervient exclusivement sur ses fonds propres (> 500 M€) en privilégiant des investissements à long terme (5 à 10 ans) en moyenne. Les différentes participations figurent donc dans notre bilan et nous nous comportons ainsi au capital de nos participations comme de vrais actionnaires durables et responsables. Vous avez donc raison. Au fil des ans, notre approche est devenue atypique mais nous la revendiquons, car elle reflète bien la culture de notre groupe Crédit mutuel-CIC basée sur une implantation de proximité avec une vraie décentralisation des compétences et des décisions. Le haut de bilan en est un exemple concret, puisque trois entités couvrent le territoire national : CIC Banque de Vizille pour le Grand Quart Sud-Est, CIC Finance pour Paris, le Nord et l’Est, l’IPO pour le Grand Ouest et le Sud-Ouest. Au total, c’est plus de 1,5 milliard d’euros de valeur cumulée des portefeuilles investis dans les entreprises. »

 

En quelques mois, 11 opérations de « fusions-acquisitions » ont été finalisées. Pour un acteur discret, c’est vraiment un score assez incroyable ?

 

A. J. : « C’est une performance élevée, surtout dans un contexte économique et boursier perturbé au cours du dernier quadrimestre. Mais nous avons, comme dans tous nos autres métiers, une stratégie de sur-mesure incompatible avec une politique basée sur du “volume”. La performance de 2007 ne fait que traduire une constance de la politique menée ces dernières années avec professionnalisme et proximité géographique auprès de nos clients. Là aussi, nous sommes atypiques, puisque l’exercice de ce métier de fusions-acquisitions ou conseil en transmission ne peut s’exercer que dans la sérénité. Comment peut-on conseiller à un chef d’entreprise qui souhaite, au bout de 20, 30 ou 40 ans de dur labeur, se séparer de sa société, de saisir la première offre de reprise sans prendre le temps de mettre en œuvre une vraie concurrence ? Notre métier consiste, une fois de plus, à prendre le temps qu’il faut (12, 18 mois…) pour trouver la bonne contrepartie, où qu’elle soit dans le monde, offrant les meilleures conditions de prix et de pérennité à l’entreprise. En ce qui concerne l’année 2007, Vizille Capital Finance a effectivement mené 11 opérations de conseil auprès de groupes industriels, avec principalement des mandats de cession. »

 

Les relations humaines semblent être votre domaine de prédilection, est-ce une ligne de conduite de la banque ou une éthique personnelle ?

 

A. J. : « Les deux. La dimension humaine est fondamentale, tant auprès des clients de la banque que dans le management interne. Les métiers de la finance sont des métiers qui nécessitent une relation intuitu personae forte entre le chargé d’affaires et son client, le dirigeant d’entreprise. C’est une relation de confiance totale qui doit s’instaurer pour permettre une efficacité dans ce partenariat banque d’affaires/entreprise. Bref, à l’heure de la surabondance de capitaux à investir, l’homme et les relations personnalisées font et feront toujours la différence. »