Apprendre à gérer l’interculturel en Thaïlande, une tâche difficile pour les entreprises

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Une étude conduite en 2008 par les chambres de commerce néerlandaise et française montre qu’un cadre met en moyenne 13 mois à être totalement à l’aise et efficace dans un environnement thaïlandais. « L’interculturel représente un coût caché très lourd pour l’entreprise, souligne Jean-François Cousin, coach d’entreprise de la société 1-2 WIN, basée à Bangkok, d’autant plus que le personnel d’encadrement change ici en général tous les trois ou quatre ans. » Parfois, le seul facteur interculturel peut bloquer ou considérablement ralentir la mise en place de projets. « J’ai mis des mois à comprendre qu’une étude n’avançait pas à cause d’un faux pas, raconte l’employée d’une entreprise de distribution française basée à Bangkok. J’avais fait l’erreur de critiquer le travail d’un collègue thaïlandais en public. » Si une formation et un accompagnement s’imposent, la Chambre thaïlandaise (TCC) estime que cette tâche n’est pas de son ressort. « Nous ne nous occupons pas des difficultés individuelles », avance le président de la TCC, Dusit Nonthanakorn. De leur côté, les Chambres bilatérales proposent régulièrement des workshops et des conférences qui mettent l’accent sur l’interculturel au travail. Au niveau de l’entreprise, de nombreux services de ressources humaines proposent aux nouveaux expatriés des stages de formation de courte durée. Mais cela n’empêche pas les grandes gaffes de débutants. « L’erreur la plus commune de la part des étrangers, c’est l’arrogance et la condescendance, avance Suchada Ithijarukul, présidente de Makro Thaïlande. Être trop sûr de soi est contre-productif. » Un sourire ou un « oui » ne suffit pas non plus à prouver que vous avez bien été compris.

 

Il est nécessaire de faire systématiquement répéter les choses. « Il faut aussi apprendre à délivrer le message d’une manière très douce, conseille Thipayasuda Suvanajata, directrice des ressources humaines chez Shell Thaïlande. Notre conception des bonnes manières n’est pas forcément la même que la vôtre. » Comme dans le reste de l’Asie, il est en général très mal perçu de se mettre en colère ou d’élever la voix. Un Thaïlandais en conclura que si vous n’êtes pas capable de vous contrôler, vous n’êtes pas non plus en mesure de gérer votre entreprise. S’investir dans ses relations de travail représente l’autre donnée déterminante pour se mettre son équipe dans la poche. En Thaïlande, demander à son assistant des nouvelles de sa famille n’est pas considéré comme une intrusion, bien au contraire. « Je conseille toujours aux nouveaux membres de la chambre de développer des relations personnelles avec leurs employés et d’apprendre à les connaître. Si vous voulez vous faire aimer de vos employés, il faut les aimer en retour », assure Bert Cesar, directeur de la Chambre néerlandaise à Bangkok. Dans le royaume, le patron est autant respecté qu’un membre âgé de la famille et son équipe représente sa famille élargie. « Vous ne pouvez donc pas rester purement concentré sur les résultats à atteindre, renchérit Jorge Pinedo, directeur de Mead Johnson Nutrition en Thaïlande. C’est par votre application à les engager dans un projet que vous amènerez vos employés à accomplir ces résultats. »

 

En DVD, 888 « trucs » pour s’en sortir
L’initiative des Chambres de commerce belgo-luxembourgeoise, française et néerlandaise, a été saluée par de nombreux entrepreneurs. À travers une enquête auprès de 120 entreprises et des interviews accordées par 28 grands patrons thaïlandais et étrangers, le coach Jean-François Cousin (1-2 WIN) a pu faire ressortir les points critiques de compréhension au sein de l’entreprise : comment les Thaïlandais perçoivent-ils les étrangers au travail ? Quelles compétences les étrangers souhaitent-ils trouver chez les Thaïlandais ? Et vice-versa. Un DVD, disponible auprès des différentes chambres, présente les résultats de cette enquête, l’analyse des données et permet de visionner des passages d’interviews. Cette boîte à outils version multimédia propose surtout des conseils pratiques pour permettre aux étrangers et aux Thaïlandais de comprendre leurs différences et d’apprendre à mieux travailler ensemble.

 

Contacts disponibles sur les sites Internet des trois chambres : www.beluthai.org ; www.francothaicc.com et www.ntccthailand.org.