Article vidéo. Montée des risques économiques et politiques en 2012, selon Coface

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©Coface
La 16ème édition du colloque Coface sur le risque pays s’est tenue le 16 janvier, au Carrousel du Louvre à Paris. Reportage.

Si les prévisions de croissance de l’assureur-crédit Coface pour les pays avancés en 2012 sont plutôt optimistes (+1,1%), il n’en reste pas moins que cette croissance sera inégalement répartie entre lesdits pays. Certes, la croissance américaine devrait se stabiliser (+1,6%) et celle du Japon rebondir (+1,8%) après la catastrophe de Fukushima. En revanche, l’économie européenne pourrait entrer légèrement en récession (- 0,1%). Dégradation de la note de plusieurs pays par Standard & Poor’s, Moody’s et Fitch Ratings, incertitude sur la capacité de la Grèce à rembourser les prêts internationaux, possibilité de contagion à d’autres pays de l’Europe du Sud et à l’Irlande: les turpitudes de la zone euro ne prendront pas cette année.

 

En 2011, Coface a enregistré une progression de 19% des incidents de paiement dans le monde avec une montée particulièrement prononcée (+28%) pour les entreprises de la zone euro. Cette dégradation de la solidité moyenne des entreprises prouve que la crise prend un nouveau virage et atteint une dimension systémique globale, avec l’entrée en crise de l’Italie. La situation paraît différente du choc de 2008, en raison de cet effet de taille critique mais aussi du fait de l’imbrication financière accrue et de l’exposition des banques communautaires et extracommunautaires aux dettes souveraines européennes. L’Italie et l’Espagne devraient, selon Coface, subir une contraction de leur activité cette année; l’an passé, les incidents de paiement dans les entreprises italiennes et espagnoles ont augmenté de 50%.

 

L’Europe émergente devrait encore plus souffrir de la contraction de la demande et du flux de financement de la zone euro. En raison de leur exposition aux dettes souveraines de la zone euro, les banques ouest-européennes se verront obligées de réduire le soutien à leurs filiales, ce qui affectera l’octroi de crédit aux entreprises. Or, les créances des banques ouest-européennes représentent 70% du PIB de l’Europe de l’Est. Un tarissement du crédit européen aurait un impact majeur sur l’activité en Europe émergente, ces économies étant, de plus, bien souvent caractérisées par un secteur privé très endetté en devises. À l’Est, la République Tchèque, la Slovaquie, la Hongrie, la Slovénie et la Hongrie devraient être les pays les plus touchés. Le cas le plus préoccupant demeure celui de la Grèce, dont certains chefs d’entreprise refusent pourtant de céder au pessimisme ambiant:

 

Nicolas A. Vernicos, président de Vernicos Maritime Group et président de l’International Chamber of Commerce (ICC) Grèce

 

Jusqu’en 2020, il faudra plutôt compter sur les pays émergents (ou émergés, selon certains analystes) pour tirer la croissance mondiale. Si la Chine demeure le pays le plus prometteur à l’heure actuelle, le Brésil, l’Inde et la Russie voient leur PIB converger vers celui du Japon. Cette croissance, qui atteint dans certains pays deux chiffres, est principalement portée par un essor de la consommation via le développement des classes moyennes et notamment dans des secteurs comme l’automobile et les services financiers. L’Indonésie a aussi tous les atouts pour devenir une puissance émergente d’ici quelques années:

 

Rajiv Biswas, directeur et chef économiste de la zone Asie-Pacifique chez IHS Global Insight

 

La donne démographique, extrêmement variable entre des pays comme la Russie et l’Inde par exemple, demeurera au cœur des évolutions économiques des pays émergents. Si ces derniers bénéficient de prévisions de croissance importantes, l’année 2011, marquée par les révolutions arabes, aura aussi montré qu’il restait un risque politique non négligeable. Instabilité politique, incertitude sur les capacités de gouvernance des nouvelles équipes dirigeantes, hausse même de la criminalité poussent les investisseurs étrangers à temporiser. Au Proche et Moyen-Orient, la Turquie fait figure de modèle: le pays est envié pour sa croissance de près de 10%, l’assise politique du parti AKP du premier ministre Recep Tayyip Erdogan, son dynamisme démographique… À tel point que la question de l’entrée du pays dans l’Union Européenne est reléguée au second plan:

 

Deniz Gökçe, professeur à l’Université d’Ankara

 

Les révolutions arabes n’ont pas laissé les populations subsahariennes indifférentes. L’alternance politique n’est cependant pas à l’ordre du jour dans la plupart des pays du continent (réélection de Paul Biya au Cameroun, nouvelle candidature d’Abdoulaye Wade au Sénégal…) et le retour du risque politique au Nigeria, pays le plus peuplé d’Afrique, interpelle forcément les observateurs. Pourtant les classes moyennes se sont développées aussi dans ces pays et les taux de croissance portés par une consommation dynamique (voir le cas emblématique du secteur de la téléphonie mobile) permettent d’espérer une amélioration économique globale en Afrique:

 

Mamoudou Gazibo, professeur agrégé à l’Université de Montréal et spécialiste de la politique africaine