Aux États-Unis, le  »made in Europe » ne fait plus recette

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La perte d’influence de l’Europe aux États-Unis se confirme.

Les produits européens séduisent de moins en moins les Américains, qui se tournent vers la Chine et les autres pays émergents. Selon les chiffres publiés par le département du Commerce américain en février dernier, la part de marché de l’Union européenne sur le marché américain est tombée de 18,1 % en 2009 à 16,7 % en 2010, et celle de la zone euro de 13,6 % à 12,7 %. Dans le même temps, celle des pays du pourtour du Pacifique passait de 34,1 % à 34,2 %. Celle de la Chine avançait légèrement, de 19 % à 19,1 %. L’an dernier, les Américains ont importé pour 364,9 milliards de dollars (269 milliards d’euros) de « made in China », contre 276,5 milliards de dollars (205,7 milliards d’euros) de « made in Canada », et 319,6 milliards de dollars (237,8 milliards d’euros) de produits de l’Union européenne. La Chine est devenue en 2010 le premier exportateur mondial de biens, reléguant l’Allemagne à la seconde place. Plusieurs raisons expliquent ce déclin. En premier lieu, les exportateurs américains, à la recherche de débouchés, privilégient les économies émergentes, au dynamisme prometteur plutôt que les économies matures. Dans l’ensemble, les exportations américaines ont progressé de 16,6 % en 2010, mais vers celles l’Union européenne de 8,7 % seulement. Le gouvernement américain multiplie par conséquent les accords commerciaux en Asie et en Amérique du Sud sans s’attarder sur ses relations économiques avec l’Europe.

Par ailleurs, la zone euro continue de pâtir de la robustesse de sa monnaie face au dollar. L’économiste en chef de la banque française Natixis, Patrick Artus, relevait que malgré des économies d’une richesse comparable, la zone euro avait une devise au pouvoir d’achat de 15 à 20 % plus élevé que le dollar. Malheureusement, ce point de vue est loin d’être partagé par les économistes américains. Le mois dernier, lors d’une conférence du FMI, l’ancien conseiller du Trésor américain Fred Bergsten a estimé que le taux de change euro-dollar était proche de l’équilibre que justifient les fondamentaux économiques. Les citoyens américains semblent avoir pris acte de la suprématie chinoise. Selon un sondage réalisé en janvier dernier par le Pew Research Center, un think tank américain, à l’occasion de la visite du président chinois Hu Jintao à Washington, l’importance de l’Asie aux yeux des Américains n’a cessé de croître entre 1993 et 2011, tandis que celle de l’Europe a suivi le chemin inverse : de 31 % pour l’Asie en 1993 à 47 % en 2011, contre 50 % pour l’Europe en 1993 à 37 % en 2011. Le point de vue des Américains sur l’importance et l’influence de l’Europe a diminué, au profit de l’Asie : 58 % des sondés considèrent qu’il est « très important » de construire une relation commerciale plus forte avec la Chine.