Bank of Africa se développe sur le continent africain

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Créé en 1982, le groupe Bank of Africa compte 2 000 collaborateurs répartis dans onze pays du continent africain. Début 2010, il s’implantera au Togo et en République démocratique du Congo.

 

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Paul Derreumaux préside Bank of Africa depuis que des hommes d’affaires maliens lui en ont confié les rênes, en 1982. Il revient pour nous sur l’histoire et les ambitions de son groupe.

 

Commerce International : Comment a évolué Bank of Africa ces vingt-sept dernières années ?

 

Paul Derreumaux : « La première Bank of Africa, BOA, a été créée au Mali, en 1982. À l’époque, il s’agissait d’une expérience originale dans la mesure où l’Afrique francophone ne disposait pratiquement pas de banques privées à capitaux africains. En 1989, nous avons décidé de reproduire cette expérience dans d’autres pays de l’actuelle Union économique et monétaire ouest-africaine, l’UEMOA, d’abord au Bénin, puis au Niger, en Côte d’Ivoire et au Burkina Faso – via des rachats de banques ou des créations ex nihilo. Nous avons également su saisir des opportunités. En 1999, à Madagascar, Bank of Africa a répondu avec succès à un appel d’offres pour racheter un grand établissement d’État. BOA Madagascar est aujourd’hui la première banque de l’île, avec plus de 30 % de part de marché, et y pssoède le réseau d’agences le plus dense, avec 58 unités. Durant la décennie 2000, nous avons consolidé le réseau de l’Ouest francophone, avec une implantation au Sénégal, et créé un pôle Afrique de l’Est-Océan Indien (Kenya, Ouganda et Tanzanie). En 2008, la participation du groupe dans la Banque de crédit de Bujumbura (BCB, au Burundi), à hauteur de 20 %, a confirmé nos ambitions dans cette zone. »

 

Quels projets développe actuellement le groupe ?

 

P. D. : « BOA République démocratique du Congo (BOA-RDC) devrait démarrer ses activités durant le premier trimestre 2010. Elle nous ouvrira les portes de l’Afrique centrale. Le groupe a également déposé une demande d’agrément auprès des autorités monétaires pour s’ouvrir au Togo cette année. Nous essayons par ailleurs de développer une synergie forte entre nos banques au Kenya, en Tanzanie, Ouganda et au Burundi, puisque ces pays appartiennent à la Communauté est-africaine (1). Le développement de nos réseaux d’agences locales est parti-culièrement agressif dans ces pays, où notre part de marché est réduite – sauf au Burundi – et où nous sommes confrontés à de grandes banques anglaises et sud-africaines. Enfin, le groupe vient de lancer la société financière BOA France, ce qui constitue un nouveau pari. Elle vise à faciliter les flux financiers des diasporas africaines et des Africains ayant des relations avec l’Europe. Ce très grand marché était jusqu’ici occupé par Western Union, Moneygram ou encore Travelex, ainsi que les circuits informels. »

 

Quels seront les atouts de BOA France face aux autres acteurs de ce marché ?

 

P. D. : « Outre le travail de formalisation, nous souhaitons mobiliser ces flux pour encourager en Afrique le financement de projets, portés par les entreprises comme les particuliers, notamment dans le secteur immobilier. En outre, l’offre proposée par nos agences sera moins onéreuse que celle de la concurrence. Par rapport au circuit informel, nous offrons une garantie de sécurité, de rapidité et de transparence. Cette nouvelle activité contribuera aussi à développer le taux de bancarisation des pays africains qui demeure très faible, surtout en Afrique francophone. »

 

Utilisez-vous les systèmes de télécommunication pour rendre les services bancaires plus accessibles ?

 

P. D. : « Le Mobile Banking (2) constitue un centre d’intérêt actuel très fort de beaucoup d’acteurs, car, en Afrique, les taux d’équipement des téléphones portables sont au minimum trois fois plus élevés que les taux de bancarisation. Les opérateurs de télécommunication souhaitant développer du contenu pour attirer davantage de clients, nous établissons des partenariats avec plusieurs d’entre eux, dont le Français Orange pour trois pays. Les clients de BOA Niger seront les premiers à en bénéficier. Mais le processus vient seulement de commencer : les autorités monétaires s’interrogent encore sur la manière de maîtriser cette nouvelle monnaie, qui circulent très rapidement, sans limite, ni contrôle. »

 

Comment le secteur bancaire africain vit-il la crise économique ?

 

P. D. : « La crise financière et bancaire n’a pas touché les banques africaines. De façon générale, elles ont enregistré d’excellents résultats en 2008. Le groupe BOA a vécu sa meilleure année depuis sa création, avec une importante croissance et une profitabilité en progrès. En revanche, la crise économique de 2009 a entraîné un ralentissement des taux de croissance des pays, des difficultés de trésorerie, une évolution défavorable des dettes intérieures et une baisse des opportunités d’emploi. Dans ce contexte, les banques agissent de façon plus vigilante en constituant davantage de provisions. La progression de nos bénéfices a forcément ralenti, mais le groupe demeure optimiste dans la mesure où de grands pays émergents, la Chine notamment, ont réaffirmé leur volonté d’investir en Afrique – ce qui devrait soutenir le niveau d’activité sur le continent. Tout dépendra ensuite de la capacité des États à gérer cette période en utilisant au mieux leurs atouts nationaux et régionaux. Par exemple, le Bénin, qui ne dispose pas de ressources naturelles attractives, utilise sa proximité avec le Nigeria (premier producteur de pétrole brut africain, ndlr) : si le prix du pétrole se redresse et que l’activité de son voisin reprend, le Bénin saura immédiatement en bénéficier. »

 

Que répondez-vous à ceux, notamment en Europe, qui hésitent à « oser » l’Afrique ?

 

P. D. : « Ceux qui estiment qu’on ne peut rien faire en Afrique n’ont pas eu le courage d’y mettre un pied. Il faut certes faire preuve de sérieux, d’énergie et de ténacité, car l’environnement est difficile et les structures faibles. Beaucoup de décisions dépendent d’un seul homme ou d’une seule femme sur le continent. Mais une fois ces efforts accomplis, on peut y réussir comme partout ailleurs. L’Afrique vient de franchir le cap du milliard d’habitants (43 % des habitants de l’Afrique subsaharienne ont moins de 15 ans, ndlr). En 2050, un habitant sur cinq sera Africain, contre un sur sept aujourd’hui. Le monde entier est obligé de s’y intéresser de plus en plus. »

 

(1) Organisation intergouvernementale qui regroupe cinq États : Kenya, Tanzanie, Ouganda, Rwanda, Burundi. Créée en 1967, dissoute en 1977, elle s’est reformée en 2001
(2) Transfert d’argent et de paiement par téléphone