BCE – L’étude qui rend les Chypriotes plus riches que les Allemands

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Les Européens les plus riches ne seraient donc pas ceux que l’on croit ? Tout dépend si cette richesse s’évalue en patrimoine ou en pouvoir d’achat. Une étude de la banque centrale européenne fait apparaître de fortes disparités entre pays européens et tord le cou à bien des idées reçues. Au premier rang de ces révélations, le patrimoine du ménage chypriote moyen, qui fait grincer les dents de la zone euro.

Elle ne pouvait tomber plus mal. Démarrée en 2007, basée sur des chiffres de 2010 et publiée début avril, cette étude – la première du genre- arrive au plus fort de la crise sur les paradis fiscaux et sur le sauvetage de Chypre. Et ses premiers résultats sont fracassants pour les pays qui ont le sentiment de devoir mettre la main à la poche : leurs ménages disposent effectivement de moins de patrimoine que ceux des pays touchés par la crise. Le patrimoine des ménages finlandais (161 500 euros), néerlandais (170 2000 euros) ou encore allemands (195 200 euros) n’atteint pas le tiers de celui du ménage chypriote moyen (670 900 euros) et restent bien en deça de l’Espagnol (291 400 euros) et de l’Italien (275 200 euros).

Ces deux derniers dépassent également le patrimoine du Français moyen : 233 400 euros. De quoi attiser les rancœurs dans la zone euro. Mais aussi de rassurer Nicosie. Le patrimoine de ses ménages se situe au second rang européen, juste après celui du Luxembourg.

Propriétaires dans l’âme

Cependant, cette étude de la banque centrale européenne étayée par des données statistiques de quinze pays et des banques de chacun des pays de la zone euro sur la base de 62 000 ménages ne transcrit pas la réalité dans ses détails. Le patrimoine calculé sur les valeurs immobilières, les économies et le véhicule se rapporte au ménage et ne tient pas compte du nombre de personnes concernées. Il peut donc en découler d’importantes disparités suivant le modèle familial propre à chaque pays,  le nombre de personnes composant un ménage variant du Nord au Sud de l’Europe.

Autre donnée sociologique, les pays du Sud privilégient la propriété immobilière alors que les pays du Nord disposent d’un marché de la location florissant. Ainsi, 77 % des chypriotes et 83 % des Espagnols possèdent leur habitation contre 48 % des Autrichiens et même 44 % des Allemands, le taux le plus faible d’Europe. Selon l’étude, l’Hexagone compte 55 % de ménages propriétaires.

Dans ces conditions, le patrimoine doit-il être retenu comme critère de richesse, s’interrogent les divers commentateurs européens. D’autant que, comme le remarque l’institut économique allemand (IW Institut des deutschen Wirtschaft de Cologne), « l’année 2010 a été pour les pays du Sud européen l’année du  boom immobilier. »

Hormis l’envie suscitée par le Sud européen l’étude a réveillé la conscience des Allemands. Dans aucun autre pays européen, la fourchette entre riches et pauvres n’est aussi large qu’Outre-Rhin. En effet, outre les moyennes, la BCE publie également le patrimoine médian des ménages, c’est-à-dire le niveau se situant entre la moitié des patrimoines les plus bas et la moitié des patrimoines les plus élevés. L’Allemagne et l’Autriche apparaissent, avec des patrimoines médians de 51 400 euros et 76 400 euros, comme les pays où les écarts sont les plus importants.

Nations où règnent le moins d’inégalités : la Grèce et la France, où le patrimoine médian est de 115 800 euros. Pour autant, le patrimoine ne saurait à lui seul être un indicateur de richesses. Les ménages des pays du Nord privilégiant d’autres dotations budgétaires que l’immobilier.

L’argent des autres

Dans le volet des revenus, les résultats de la BCE se révèlent une nouvelle fois peu encourageants pour les pays payeurs dans la crise chypriote : Avec 43 300 euros annuels, le revenu moyen des ménages de Chypre se situe dans la tranche haute européenne, au même niveau que celui des Autrichiens et des Allemands, à peu d’écart des Néerlandais et des Finlandais (45 800 et 45 100 euros) et loin devant les Français qui disposent de 36 900 euros en moyenne par ménage.

Pris sous sa valeur médiane, le revenu annuel met à nouveau à jour des disparités importantes au niveau national tant à Chypre qu’en Autriche, en Finlande ou encore en Belgique, où le revenu médian est avec 33 700 euros de 15 800 euros inférieur au revenu moyen.  La palme des inégalités revient pourtant à  l’Allemagne, lanterne rouge européenne avec un revenu médian à 32 500 euros. En revanche, les pays du Sud européen, les Pays-bas et la France sont les pays parvenant à réduire le plus les inégalités.

Autre tonalité positive de l’étude de la BCE en attendant la suivante dans trois ans : en dépit des disparités régionales, les ménages de la zone euro jouissent d’un certain standing. Ils sont 60 % à être propriétaires de leur logement d’une valeur moyenne de 180 000 euros et près d’un quart d’entre eux disposent d’une seconde habitation pour une valeur d’au moins 100 000 euros. 75,7 % disposent d’un véhicule.