CANADA – Aux portes des Etats-Unis

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C’est l’un des pays industriels les plus dynamiques, dont l’essor du marché aux Etats-Unis avait permis la relance économique en 1998. Aujourd’hui, le Canada offre tout un éventail de soutiens gouvernementaux en matière de recherche, de transfert de technologies, de développement de marchés d’exportation. En outre, le traitement fiscal au Canada est particulièrement avantageux pour l’entreprise.

Le Canada, dix provinces et trois territoires, un pays si vaste qu’il compte six fu­seaux horaires. La population se concentre à 80 % près de la frontière avec les Etats-Unis, dans les quatre provinces les plus impor­­tantes :le Québec, l’Ontario, l’Alberta et la Colombie-Britannique. Le Premier ministre, Jean Chrétien, prétend défendre le bien commun « from coast to coast » (d’un océan à l’autre), mais certains développements récents sont influencés par les logiques de la mondialisation.
En effet, les deux caractéristiques de la Colombie-Britannique, sur la côte ouest, consistent en son ouverture vers l’Asie et son virage amorcé vers les hautes technologies afin de relancer l’économie. À Vancouver, les coûts sont bien plus bas que dans les villes de l’autre côté de la frontière telles que Seattle. La Colombie-Britan­nique est la deuxième province productrice de gaz naturel et de pétrole du Canada.
À l’autre bout du continent, l’Ontario est devenue plus qu’une Province, elle est presqu’un « Etat-région » à défaut d’être un Etat-nation. Elle se définit davantage comme une région de l’Amérique plutôt que comme une Province canadienne. En raison de la mondialisation et de l’ouverture des marchés, sa politique économique a tendance à s’orienter en fonction de l’axe nord-sud plutôt que de l’axe est-ouest tel que l’aurait voulu Jean Chrétien. Province-phare de l’économie canadienne, l’Ontario est pourtant oubliée des entreprises françaises. Ses deux grandes villes, Ottawa et Toronto, forment avec Montréal le triangle industriel de l’est canadien : édition, industries papetières, agroalimentaires, mécanique…

Une politique d’incitation fiscale offensive
Par une politique d’incitation fiscale offensive, les gouvernements, fédéral comme provinciaux, ont su promouvoir le développement en attirant aussi, outre des capitaux étrangers, des immigrés assez riches pour investir, dynamiser la production et accompagner un climat propice aux nouvelles technologies. Le traitement fiscal permet en effet la déduction intégrale de toutes les dépenses consa­crées à la R & D (recherche et développement) et donne lieu à des crédits d’impôts appréciables.
Les provinces rivalisent entre elles de générosité pour attirer les investissements : exonération de l’impôt sur le revenu pendant les 5 premières années pour les sociétés dont le capital ne dépasse pas 15 millions de dollars canadiens, déduction des dépenses R & D, crédit d’impôt accordé par le gouvernement fédéral… Dans son budget 2000-2001, le gouvernement provincial au Québec a annoncé de nouvelles mesures incitatives, dont une exemption fiscale pendant 10 ans pour les investisseurs à certaines conditions. Des mesures instaurées en 1997 sont prolongées : l’exemption de taxe de 2 ans sur le capital pour les investissements manufacturiers et touristiques, pour le matériel informatique et pour le transfert de technologies.

La Belle Province, une région qui compte
Le Québec est devenu, en une quinzaine d’années, une terre d’accueil qui séduit désormais les entreprises de pointe, notamment dans l’aérospatiale et les NTIC. La proximité culturelle, une langue commune, une société en phase avec la culture européenne et des habitudes de travail facilitent la coopération avec les Français. En même temps, les Québécois sont très imprégnés du comportement nord-américain et du pragmatisme qui caractérisent les Anglo-saxons, ce qui favorise l’adaptation des Français aux attentes de ce marché. Montréal, porte d’entrée privilégiée des entreprises françaises sur le marché canadien, constitue, de plus en plus, par le biais d’alliances stratégiques avec des partenaires québécois, un tremplin dans l’Alena et notamment pour la côte Est des Etats-Unis. Suite au Sommet des Amériques qui s’est tenu en la ville de Québec fin avril, l’Alena, un marché de 400 millions de consommateurs, devrait s’agrandir à l’horizon de 2005 pour devenir la Zlea, une Zone de libre-échange des Amériques, s’étendant de l’Alaska à la Terre de Feu et englobant 800 millions de consommateurs.

Une récente vague de restructurations
Le Québec est actuellement devenu un des tout premiers pôles mondiaux de l’aéronautique avec quatre grands donneurs d’ordres : Bombardier (avions), Pratt & Whitney (moteurs), Bell (hélicoptères) et CAE (simulateurs). Durant la récente vague de regroupements au Canada, Vivendi et Canal + ont opéré une mégafusion avec Seagram. À la suite de cette fusion, Pernod-Ricard/Diageo, joint-­venture franco britannique, a racheté l’activité vins et spiritueux de Seagram, ce qui a permis au groupe français de devenir le numéro trois mondial des spiritueux derrière Diaego et Allied Domecq. Le groupe de presse Thomson a acquis le leader des télécommunications et télévision canadiens pour créer une compagnie de multimédia. De son côté, Le groupe Quebecor a mis la main sur un grand câblo-distributeur canadien pour sa nouvelle société « Quebecor Média », active dans les secteurs des nouveaux médias avec une chaîne de télé, des magazines, plusieurs quotidiens et deux portails Internet : Canoe et Netgraphe. Quebecor World, aujour­­d’hui le premier imprimeur mondial, exploite 160 imprimeries dans un grand nombre de pays dans le monde.
Aujourd’hui, Montréal a véritablement réussi dans les multimédias et les NTIC. Un pôle de sociétés de télécommunications et de l’informatique s’est également créé autour de grands groupes comme Nortel Networks (équipementier en télécommunications) et BCE, mais aussi d’un tissu de PME dont certaines sont installées à Montréal dans une « Cité du Multi­média » qui sera suivie en 2002 d’une « Cité du Commerce Elec­tronique ».