Chômage partiel : les entreprises allemandes anticipent sur les effets de la crise

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Désormais, pour faire face au recul de ses carnets de commande, toute entreprise pourra recourir pendant une période de douze mois à des mesures de chômage partiel. Une méthode déjà éprouvée lors de la crise de 2008/2009 et qui avait permis à l’économie allemande de se relever rapidement.

 

Début décembre, au grand soulagement des syndicats et des représentations patronales, le gouvernement a donné son feu vert au rallongement de six à douze mois du « Kurzarbeit“ Cette mesure consiste à mettre les salariés au chômage partiel lors d’un ralentissement de l’activité, les salaires étant pris en charge à hauteur de 60%  par l’agence nationale pour l’emploi. En 2008 et 2009, au plus fort de la crise, 1,5 million de personnes avaient bénéficié de ce dispositif étalé sur 24 mois et plus de 400 000 avaient ainsi échappé au licenciement.

 

 

L’automobile ralentit
Rien de comparable cette fois, et le gouvernement fédéral a bien insisté sur le fait qu’il s’agissait de mesures préventives. Il ne voudrait en aucun cas éveiller les soupçons sur quelque ralentissement économiques. Pourtant, les syndicats et fédérations patronales avaient toutes les raisons de ne pas relâcher leur pression depuis le début de l’automne. « La décision du gouvernement est décisive et donne un instrument de sécurisation aux entreprises dans un contexte de volatilité », se félicite  Berthold Huber, secrétaire général du syndicat de la métallurgie IG Metall. Certaines branches sont en effet d’ores et déjà touchées par les conjonctures en berne des voisins européens. Le secteur automobile est le premier à voir ses carnets de commande reculer, et avec lui ses fournisseurs et sous-traitants. C’est ainsi qu’Opel a déjà annoncé du chômage partiel pour cette fin d’année,  Bosch a lui aussi recouru à cette mesure dans certaines de ses usines, tandis que ThyssenKrupp, frappé de plein fouet par le recul des commandes dans l’automobile, a déjà mis en août dernier plus de 2 000 salariés sur la touche. 5 300 salariés du constructeur de camions MAN ne reprendront pas leur travail après les vacances de Noël, et cela pourrait se prolonger pendant quelques mois.  En novembre, 2300 entreprises ont pris des mesures de chômage partiel, touchant 46 400 personnes.

 

 

 

 

Mesure de sauvegarde

Paradoxalement, le recours à cette mesure n’alarme pas davantage les salariés. Le „Kurzarbeit“ jouit même d’une aura positive auprès de l’opinion publique. Du reste, son impact favorable sur la gestion de la crise a marqué les esprits.  Il est largement admis comme instrument de flexibilisation du temps de travail pour répondre à une situation économique incertaine. Pour les entreprises aujourd’hui attentistes et qui  ne prennent aucun pari sur 2013, ce dispositif leur permet comme en 2008/2009 de préserver leurs effectifs et leurs compétences.

C’est en quelque sorte une mesure de sauvegarde du savoir-faire qui permet d’être immédiatement opérationnels dès que la conjoncture reprend, comme ce fut le cas fin 2009 et début 2010. Aujourd’hui, alors que les constructeurs automobiles réservent leurs pronostics pour l’année 2013, le „Kurzarbeit“ évite une casse prématurée. Berlin a bien saisi l’enjeu et ce n’est pas un hasard s’il a cédé aussi rapidement à la demande des syndicats et des fédérations patronales. Au seuil d’une année électorale, le gouvernement d’Angela Merkel ne pouvait se permettre de voir le nombre de chômeurs franchir la barrière des trois millions. 

 

 

Alternatives

S’il est considéré comme un instrument régulateur et une mesure compensatrice d’ une inflexion de la conjoncture, le Kurzarbeit n’est pas du goût de toutes les entreprises. La VDMA, la confédération des entreprises de la construction mécanique, qui table sur une croissance globale de 2% de sa production en 2013, estime qu’il s’agit d’un „ moyen ultime de protection des salariés et qu’il ne saurait en rien constituer une réponse aux fluctuations cycliques de certaines branches.“

De même, au sein du secteur automobile, le dispositif de chômage partiel ne fait pas l’unanimité. La plupart des constructeurs mettent en place d’autres instruments permettrant de réagir aux fluctuations des carnets de commandes. Ainsi, Volkswagen a annoncé qu’il rallongerait les vacances de Noël de ses salariés de trois jours. Pas de cadeau cependant, ces congés forcés seront récupérés sur les congés annuels ou sur le compte d’heures supplémentaires. Sa filiale Porsche vient de signer avec les partenaires sociaux une convention d’une nouvelle flexibilisation du temps de travail. D’ici la fin du premier semestre 2013, le temps de travail hebdomadaire sera abaissé de 35 à 34 heures dans la production. Dans le secteur du développement, en revanche, tous les ingénieurs qui en éprouveront le besoin pourront désormais travailler jusqu’à 40 heures hebdomadaires, une durée jusqu’alors autorisée seulement à 18 % d’entre eux. En contre partie, la direction autorise tout salarié à adapter son temps de travail à sa situation personnelle avec la possibilité de réduire à mi-temps pendant deux années pour s’occuper de ses enfants ou soigner un parent âgé.