Christian de Perthuis dresse le bilan du marché européen du carbone

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Durant sa première phase (2005-2007), le marché européen du CO2 a réduit les émissions de 2 à 5 % sur la zone. C’est l’une des informations de l’ouvrage coécrit par Christian de Perthuis (1), conseiller scientifique de la mission Climat de la Caisse des dépôts.

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Commerce International : Que répondez-vous aux critiques du marché des quotas, relatives à la gratuité de l’allocation jusqu’en 2013 ?

 

Christian de Perthuis : « Il est vrai que durant ces trois premières années, des entreprises ayant reçu des quotas gratuits ont réalisé des profits importants (tout quota non utilisé pouvant être revendu, ndlr), transmettant le coût d’opportunité à leurs consommateurs. Il existe des défauts de conception qu’il convient de corriger. L’intérêt de l’allocation gratuite demeure : elle a permis aux industriels d’accepter cette nouvelle régulation, donc de démarrer le processus. La mise aux enchères des quotas, à compter de 2013, contribuera à la régulation du système. »

 

Le marché européen se veut locomotive mondiale en matière de réduction des émissions. Or les États-Unis tardent à suivre le mouvement…

 

C. d. P. : « La crise a affaibli la capacité des États à gérer le réchauffement climatique. Pour autant, il serait faux d’affirmer que les États-Unis n’ont pas fait de progrès depuis 18 mois. Le projet de loi Waxman-Markey (adoptée en juin dernier par la Chambre des représentants, ndlr) fait avancer les perspectives : – 17 % d’émissions de gaz à effet de serre en 2020 et – 83 % en 2050 par rapport à 2005. Le projet se heurte à un blocage politique, mais les discussions en cours s’inspirent fortement du modèle européen. La plupart des industriels américains intègrent le fait qu’une contrainte fédérale sera décidée à l’horizon 2011-2012. »

 

Certains observateurs défendent la mise en place d’une taxe carbone européenne au détriment du marché des quotas…

 

C. d. P. : « Dans un monde idéal, la mise en place d’une taxe carbone ou d’un marché de permis conduit au même résultat. Pour schématiser, le marché repose sur la fixation par l’autorité publique d’un plafond d’émissions (2 milliards de tonnes de CO2 par an attribuées à 11 000 installations industrielles en Europe, ndlr). La taxe permet une régulation par le prix donné aux émissions. Mettre en place une taxe harmonisée à l’échelle internationale est impossible. Mais dans quelques cas européens, on observe que les deux systèmes cohabitent bien, en Suède ou en Norvège par exemple. »

 

(1) Avec A. Denny Ellerman (MIT, USA) et Frank J. Convery (University College de Dublin, Irlande).

 

Le prix du carbone
[Pricing Carbon]
Par By Christian de Perthuis
Pearson (février 2010 – February 2010),
336 pages, 38 euros