Comment se transforme le rapport du salarié à l’entreprise ?

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Photo : D.R.
Je crois qu’on ne peut pas faire abstraction du fait que la France vit depuis vingt ans avec un chômage de masse. Il y a de fortes réorganisations de l’appareil de production ; des restructurations successives touchent les grandes entreprises, mais aussi, par ricochet, les sous-traitants, et amènent leur cortège de plans sociaux, de licenciements et de changements de travail.

En outre, les réorganisations, avec l’introduction d’outils de production de plus en plus nombreux et l’adaptation des postes de travail font que dans les grandes entreprises où il n’y a pas de proximité avec la direction, règnent une grande inquiétude, voire du stress, et une perte de sens qui peuvent parfois s’exprimer de façon très violente.
Ces transformations multiples, pour partie nécessaires, mais pas toujours bien expliquées, font que nombre de salariés ne comprennent plus pourquoi il faut changer. Dans les grandes entreprises, on ne sait plus de qui l’on dépend ? Alors certes, il y a des évaluations individuelles — et elles arrivent de plus en plus à vous évaluer sur une toute petite partie de ce que vous faites, car cela est mesurable —, mais elles n’abordent pas tout ce qui participe du collectif. Or, la demande de collectif dans l’entreprise et le monde du travail est très forte. L’un des enjeux dans les périodes à venir sera justement de savoir comment on reconstruit ce collectif tout en respectant l’aspiration individualiste des gens ?
Il faut trouver les modes d’organisation et d’expression, et nous avons beaucoup de retard en France en matière d’organisation de l’expression des salariés. Les syndicats sont légitimes pour porter les revendications collectives, mais l’expression des salariés ne peut pas passer que par les syndicats ; de même, l’expression des chefs d’entreprise ne peut pas passer que par les syndicats patronaux. Il y a aussi des espaces à inventer, parce que cette expression déborde aujourd’hui du champ traditionnel du travail.
Quand des préoccupations de responsabilité sociale d’entreprise ou d’environnement sont prises en compte au motif des effets induits sur la santé ou sur le stress, avec qui discute-t-on ?
Si, par bonheur, la situation économique vient à s’améliorer et que le chômage diminue, les causes profondes et structurelles de l’insatisfaction des salariés vont remonter. C’est quand la conjoncture s’améliore que les revendications s’expriment. C’est donc maintenant qu’il faut préparer les réponses, et anticiper et construire les conditions d’un fonctionnement aussi satisfaisant que possible dans l’intérêt des entreprises et de leurs salariés.