David Appia, AFII: « La création d’emplois par des entreprises étrangères en France s’est maintenue en 2008 »

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Diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris, mais également d’HEC et de l’ENA, David Appia, 52 ans, a travaillé au ministère de l’Économie et des Finances, puis à la Direction générale du Trésor et de la Politique économique (DGTPE), jusqu’en décembre 2008. Il occupe la fonction de président de l’AFII – l’Agence française pour les investissements internationaux – depuis le début de l’année, en remplacement de Philippe Favre. Dans l’entretien qu’il accorde à Commerce International, il décrit les missions et les objectifs d’un organisme public à caractère industriel et commercial placé sous tutelle ministérielle, qui a pour vocation de développer l’attractivité économique de la France et d’accompagner les investiseurs étrangers qui s’y installent.

 

Commerce International : Dans quel contexte a été fondée l’AFII, et quel est son statut juridique ?

 

David Appia : « L’AFII en tant que telle est née en 2001. Elle a été créée à partir de la DATAR (Délégation à l’aménagement du territoire et à l’action régionale), qui disposait alors d’un réseau à l’étranger, et de la Délégation des investissements internationaux au sein du ministère de l’Économie et des Finances. L’AFII est née de la fusion de ces différentes compétences. C’est un établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC) qui fonctionne sous la double tutelle du ministère de l’Économie, de l’Industrie et de l’Emploi et du ministère de l’Espace rural et de l’Aménagement du territoire. »

 

Quelle est la mission principale de l’AFII et, à cette fin, de quels moyens dispose-t-elle ?

 

D. A. : « Notre but est d’inciter un maximum d’entreprises étrangères à venir sur le territoire français pour y créer des emplois. En France, nous nous appuyons sur les agences régionales de développement économique qui sont nos partenaires territoriaux. Chaque semaine, ensemble nous passons en revue tous les projets d’investissement étrangers et les collectivités territoriales peuvent alors élaborer un dossier de candidature comme pour un appel d’offres classique. À l’étranger, nous disposons également de 21 bureaux répartis en Europe, en Amérique du Nord et en Asie. Dans certains pays comme, par exemple, en Australie, au Brésil, en Turquie, au Mexique et en Afrique du Sud, nous nous appuyons sur des conseillers économiques travaillant au sein des services des ambassades. Le dernier bureau que nous ayons ouvert est ainsi celui d’Abu Dhabi, aux Émirats arabes unis, en 2008. Au total, ce sont plus de 160 personnes qui travaillent pour l’AFII – dont la moitié postée à l’étranger – et notre budget annuel de fonctionnement s’élève à 22,6 millions d’euros environ. »

 

Concrètement, que représentent les investissements étrangers en France en termes d’emplois ?

 

D. A. : « Plus de 2,8 millions de personnes en France sont employées par des entreprises étrangères. Ces entreprises sont au nombre de 22 000 – des PME-PMI ou des filiales de grands groupes ; elles représentent 40 % des exportations françaises et assurent 20 % des investissements réalisés dans le domaine de la recherche et développement en France. Les enjeux sont donc considérables ! En dépit de la crise financière internationale, la création d’emplois par des entreprises étrangères en France s’est maintenue l’année dernière : 641 projets en tout ont permis la création de 31 932 emplois, contre 628 projets et 34 517 emplois en 2007. »

 

La crise financière internationale qui a sévi ces derniers mois n’était-elle pas susceptible d’affecter la création d’emplois d’entreprises étrangères en France ?

 

D. A. : « Nous évoluons dans un environnement que la crise économique rend de plus en plus concurrentiel, et cela pour trois raisons. Premièrement, la crise financière augmente l’incertitude et freine l’investissement de manière générale. Deuxièmement, la crise a entraîné une diminution des investissements internationaux dans le monde entier (- 30 % pour l’année 2008 selon un rapport de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement, la Cnuced, et cela devrait continuer à baisser en 2009). Enfin, troisièmement, en cas de crise internationale, les investisseurs privilégient souvent les marchés domestiques. Pourtant, face à cette situation extrêmement difficile, la France a réussi l’année dernière à maintenir le cap en se classant au deuxième rang européen derrière le Royaume-Uni pour la création d’emplois par des entreprises étrangères, selon les conclusions de l’étude annuelle publiée par le cabinet Ernst & Young au mois de juin. »

 

Comment expliquer alors un tel maintien de la performance alors que la conjoncture économique est aussi morose ?

 

D. A. : « Il y a évidemment plusieurs raisons… Tout d’abord, la crise financière augmentant le risque et diminuant la visibilité des investisseurs, ces derniers sont séduits par le “ retour aux fondamentaux de l’attractivité économique ” qui sont solides en France. Lorsque je parle de “ fondamentaux ”, il s’agit par exemple du programme nucléaire dans le domaine de l’énergie ou du développement du TGV avec le réseau ferroviaire, des télécommunications et de l’aéronautique civil, dans le domaine des infrastructures. La France dispose, par ailleurs, d’une main-d’œuvre bien formée, très qualifiée, toujours disponible et dont la productivité horaire est la troisième du monde après celles des États-Unis et de la Norvège. La France constitue aussi un marché économique majeur situé au cœur même de l’Europe et se révèle donc une base idéale pour une entreprise désirant conquérir les marchés du Vieux Continent. En outre, les observateurs internationaux ont beaucoup apprécié la capacité de réaction de notre économie face à la crise, ainsi que l’ensemble des réformes engagées par le gouvernement : le plan de relance de l’économie – avec 26 milliards d’euros, dont 11 qui sont déjà engagés – est centré davantage sur l’investissement plutôt que sur la consommation ; les mesures du Grenelle de l’Environnement ont aussi fixé un cap ambitieux – 400 milliards d’euros d’investissements, quelque 600 000 emplois induits et 0,6 % du PIB d’ici l’année 2020 ; ou bien encore le chantier du Grand Paris qui a été lancé offre une vision, celle d’une ville durable, et surtout d’un projet ambitieux pour l’avenir. »