Des télésièges plus sécurisés

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Diplômé en droit des affaires de la faculté d’Aix-en-Provence ainsi qu’en management et administration des affaires de la faculté des sciences économiques de Genève, Pascal Vie, âgé de 44 ans, a débuté sa carrière dans un groupe suisse pluridisciplinaire avant d’être recruté par SPTV en 1992 en tant que chargé de mission. Depuis 2000, il est directeur financier et membre du directoire de S3V, la socièté des 3 vallées.
Commerce International : Pouvez-vous présenter brièvement S3V ?
Pascal Vie : « Lorsque le Département de la Savoie a créé la station de ski de Courchevel en 1946, il a fondé en même temps une entité publique, la SPTV. Celle-ci s’est transformée en Société des 3 Vallées (S3V) en 2000 ; elle est possédée à 58 % par des capitaux publics et le reste se partage entre des établissements financiers locaux (Banque populaire des Alpes, Banque de Savoie, Caisse d’épargne Rhône-Alpes, Crédit agricole des Savoies, Dexia…), le personnel et des actionnaires privés. La mission de S3V est d’aménager et de gérer les domaines skiables de Courchevel, Méribel-Mottaret et La Tania au sein du plus grand domaine skiable du monde : les 3 Vallées. Au total, S3V emploie 670 personnes en haute saison et a réalisé l’année dernière un chiffre d’affaires de 58 millions d’euros. »

Quel est le rôle de la société Sommital au sein de S3V ?
P. V. : « S3V est la société-mère qui a créé Sommital en 2008. L’objectif était de faire de Sommital un outil pour le développement de la stratégie de S3V en matière d’innovation et pour commercialiser le produit Magnestick dans le monde entier – les premiers essais du produit avaient été effectués en 2007. »
En quoi consiste Magnestick exactement ?
P. V. : « Magnestick est un système de sécurité pour les enfants qui se compose de deux éléments. Le premier est une protection dorsale de couleur vive qui ressemble à un gilet et qui pèse moins de 200 g. Elle protège le dos de l’enfant en cas de chute et le rend plus visible des autres skieurs pour prévenir les risques de collision. Cette protection est homologuée et certifiée (norme européenne : EN 1621-2). Elle comporte dans le dos une plaque de métal fine et légère en inox spécial qui ne rouille pas. Le second élément est un ensemble de trois aimants développés spécifiquement pour ces besoins. Ils sont placés sur le dossier du télésiège et dès que la plaque métallique de la protection dorsale est collée aux aimants, l’enfant ne peut plus tomber. Il ne peut pas glisser sous le garde-corps et reste en sécurité, même si ce dernier est relevé. La protection dorsale peut équiper des enfants mesurant jusqu’à 1,45 m et existe en deux tailles : small et medium. »
Comment est venue l’idée de développer ce produit ?
P. V. : « Il faut savoir que, d’un point de vue réglementaire, un enfant mesurant moins de 1,25 m ne peut pas prendre un télésiège sans être accompagné par un adulte. Magnestick apporte non seulement une véritable sécurité pour les enfants, mais sert aussi à rassurer leurs parents, les moniteurs de ski et même les anonymes se trouvant dans le télésiège et dont la responsabilité peut être engagée en cas d’accident. Cela est important à préciser, car de moins en moins d’adultes acceptent de prendre en charge des enfants qu’ils ne connaissent pas dans les télésièges. »
Dans quelles circonstances Magnestick a-t-il été développé ?
P. V. : « Pour dire les choses clairement, le marché du ski est un marché qui est arrivé à maturité après vingt, voire trente années de croissance. Dans les enquêtes clientèle que S3V a menées ces dernières années, il apparaissait qu’un sentiment d’insécurité existait chez les parents. Comme il y a toujours le choix entre différentes destinations touristiques, certains parents préfèrent ne pas aller au ski avec leurs enfants de peur qu’ils n’aient un accident. C’est parce que nous étions conscients de répondre à un besoin réel que nous avons développé Magnestick. Le syndicat national des moniteurs de ski français (ESF) a été d’emblée enthousiaste et a financé en partie le projet via un accord de partenariat signé en 2008 pour une durée de vingt ans. Nous avons également des partenariats dans le monde de l’assurance avec Gras Savoy et Mondial Assistance, dont l’action se situe sur le terrain de la prévention. Magnestick a obtenu en 2008 le prix du magazine Bref Rhône-Alpes et en 2009 le prix international ISPO Award de l’innovation à Munich, ce qui lui a donné un grand retentissement. »
L’enfant ne peut donc pas tomber pendant la montée du télésiège. Mais dans ce cas, comment s’effectue le débarquement au sommet ?
P. V. : « Les trois aimants sont des aimants permanents, c’est-à-dire qu’ils fonctionnent sans électricité. Concrètement, les aimants sont retenus dans un module et reliés avec un câble électrique (24 volts) à un contacteur situé sur le haut du siège (suspente). Dès que l’enfant pose ses skis sur la neige, le haut du siège déclenche via un câble une impulsion électrique qui va neutraliser les aimants sur une zone et un laps de temps donné. Grâce à un système à la fois efficace et simple à mettre en place, l’enfant est automatiquement “libéré” et cela en toute sécurité. »
Quelles sont vos espérances en termes de ventes pour Magnestick ?
P. V. : « Dans les années à venir, la protection dorsale atteindra à mon avis le même niveau de développement que le casque pour les enfants. Le brevet de Magnestick a été déposé dans le monde entier. C’est le seul produit de sécurité pour enfants qui est universel : il s’installe sur les télésièges de toutes les marques, neufs ou anciens, fixes ou débrayables. Ainsi, il y a déjà sept stations en France équipées du système Magnestick : Courchevel, Gourette, La Tania, Megève, Méribel-Mottaret, Peyragudes et Valfréjus. À l’étranger, nous avons équipé la station d’Arcalis (Andorre). En perspective de la saison d’hiver 2010-2011, nous équipons la station d’Alpine Meadows (États-Unis). Le marché américain est si prometteur que nous songeons à installer une filiale là-bas. Nous prospectons aussi en Espagne, en Italie et en Suisse, et nous avons déjà des contacts pour nous installer en Australie, en Corée du Sud et au Japon dès l’année prochaine. »
Qui fabrique la protection dorsale Magnestick ?
P. V. : « La protection dorsale est fabriquée par Rossignol ou Degré 7 sur la base d’un cahier des charges que nous leur communiquons. Elle est accessible dans les magasins de sport, à l’achat ou la vente. On peut également se la procurer sur notre site Internet. Nous assurons l’installation des aimants sur les télésièges. »
Quels sont les effets des aimants sur la santé mais aussi sur les montres, les téléphones portables, les cartes de crédit… ?
P. V. : « Nous avons fait valider la conformité du système vis-à-vis des effets du magnétisme selon la recommandation européenne 1999-519-CE et la directive européenne 89/336/CE, toutes deux relatives à la limitation de l’exposition du public aux champs électromagnétiques. »
Que représente le succès de Magnestick pour Courchevel et S3V ?
P. V. : « Tout en maintenant un domaine skiable de très haute qualité, S3V développe une stratégie dite de “relais de croissance”, pouvant apporter des revenus additionnels. Magnestick n’est pas une forme de diversification. Outre nos atouts propres (renommée de Courchevel, assise financière, compétences techniques, etc.), nous extériorisons la recherche et travaillons sur nos deux principaux relais de croissance que sont l’innovation – pour offrir plus de sécurité, apporter des revenus additionnels et faire parler de la station – et l’immobilier – avoir plus de “lits chauds”, donc plus de locations et de vente de forfaits. »
Plus d’informations sur www.magnestick.net et www.s3v.com.