Depuis bientôt quatre ans, les véhicules diesel traversent une crise de confiance en Europe et le fait que plusieurs grandes villes limitent de plus en plus son usage n’arrange rien pour l’industrie du diesel, Paris souhaitant même l’interdire à l’horizon 2020.

Seulement quelques jours après son concurrent Daimler qui est soupçonné d’avoir manipulé un million de voitures, Audi annonçait vendredi 21 juillet le rappel de 850.000 véhicules diesel pour abaisser leurs émissions polluantes. Officiellement il s’agit d’installer un nouveau logiciel sur les moteurs pour «améliorer le comportement de leurs émissions dans les conditions réelles de conduite».

L’hebdomadaire allemand Der Spiegel affirmait samedi 22 juillet que dans les années 90, Volkswagen, Porsche, BMW et Daimler ont formé un cartel avec pour but notable de se concerter sur les réductions des émissions polluantes pour les voitures diesel, si ceci était  avéré, cela constituerait une infraction au droit de la concurrence. Ainsi pas moins de soixante groupes de travail ayant rassemblés plus de 200 salariés se seraient penchés sur tous les domaines du développement de la voiture : les freins, l’embrayage, la transmission, et les moteurs diesel et essence, et auraient même discuté des sous-traitants et des prix. Une brique de plus lancée dans la mare des eaux obscures de l’industrie automobile mondiale.

Le scandale Volkswagen de 2015 a entrainé un séisme sur les ventes de diesel

Suite au scandale des moteurs truqués révélés en 2015, Volkswagen a été obligé de mettre de coté plus de 20 milliards d’euros pour faire face aux risques, 11 millions de véhicules diesel auraient été touchés, et depuis d’autres grands constructeurs tel que Renault, Nissan ou Opel ont également été impliqués dans des scandales similaires.

La commissaire européenne à l’Industrie, Elzbieta Bienkowska, a demandé par courrier en fin de semaine dernière aux états de l’Union Européenne de faire en sorte que les véhicules qui n’auraient pas été remis en ordre d’ici la fin de l’année 2017 soient retirés de la circulation.

70% de véhicules diesel immatriculés en 2005, moins de 50% en 2017

Cette tension constante autour du diesel inquiète les acheteurs, particuliers comme professionnels. Au premier trimestre 2017, selon la fédération européenne de l’automobile ACEA, la part de marché des véhicules diesel a reculé d’environ 2.5 points. Entre 2005 et 2013 les motorisations diesel avoisinaient les 70% de ventes de véhicule en France. Mais aujourd’hui des villes comme Paris, Stuttgart ou Munich en Allemagne souhaitent limiter voire interdire le diesel. Ce qui à l’heure actuelle est plus que problématique puisque le parc de véhicules diesel est particulièrement important en Europe, et précisément en France où le diesel a conquis depuis les années 80 les esprits des automobilistes, à la suite du deuxième choc pétrolier, période où les constructeurs automobiles français ont été encouragés par les pouvoirs publics à produire et vendre des moteurs diesel. Le sujet sera d’ailleurs débattu à un mini-sommet en Allemagne sur le diesel le 2 août 2017 à Berlin entre les constructeurs et les représentant des Länder.

Le patron de Volkswagen dénonce une «campagne intense» en cours contre les moteurs diesel, responsable à ses yeux du recul des ventes de véhicules diesel depuis 2 ans. Il déclare : «On est injuste avec le diesel (…) les nouvelles générations de diesel sont très bonnes, surtout sur la question du gaz carbonique». Un porte parole de la commission européenne indiquait de son coté que les restrictions de circulation en villes seraient faites sur les émissions et non sur le type de carburant. Bruxelles redoute les conséquences économiques d’un effondrement rapide du marché du diesel si les interdictions se multiplient. Elzbieta Bienkowska insiste : «Cela aurait pour effet de priver l’industrie des fonds nécessaires pour investir dans des véhicules à émission zéro».