Do you speak German?

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La langue de Goethe revient en force. Avec la crise de l’euro qui grève la croissance en Europe du Sud et le boom sur le marché du travail outre-Rhin, il y a un vrai engouement des Européens du Sud pour la langue allemande. Selon l’institut Goethe espagnol, « la demande de cours d’allemand a doublé en l’espace d’un an. » Et pour cause, selon l’institut européen de statistiques, Eurostat, 40% des jeunes Espagnols sont au chômage, un niveau inégalé dans toute l’Union européenne. Beaucoup de jeunes diplômés ont un profil intéressant pour l’Allemagne, qui manque cruellement de personnel qualifié dans certaines branches. Les fédérations d’employeurs rappellent régulièrement qu’en raison de l’évolution démographique du pays, il manquera en Allemagne près de cinq millions de travailleurs qualifiés d’ici à 2030, dont une moitié diplômés de l’enseignement supérieur.

 

Des données qui n’ont pas échappé aux candidats à l’émigration. Selon le dernier rapport de l’office fédéral des migrations, l’Allemagne a enregistré en 2010 un solde migratoire largement positif: +127 000 personnes, un record. Près de 800 000 étrangers sont venus tenter leur chance outre-Rhin, en provenance d’Europe centrale, mais aussi d’Europe du sud. Depuis plusieurs mois, l’office pour l’emploi organise avec les chambres de commerce des salons de recrutement en Europe du Sud. « Il y a un grand potentiel en Espagne », confirme Monika Varnhagen, de l’agence allemande pour le placement des compétences à l’étranger ZAV. « Des milliers d’ingénieurs sont au chômage, y compris des spécialistes en informatique. L’intérêt pour l’Allemagne est grand. Mais pour le placement, il reste de grosses barrières, notamment le manque de compétences linguistiques. »

 

En juin dernier, 17 000 d’entre eux s’étaient inscrits sur la bourse européenne Eures, en quête d’un poste outre-Rhin. Les jeunes Espagnols ne sont pas les seuls à intéresser l’agence allemande pour l’emploi. Des salons ont également été organisés en Grèce, à Thessalonique, ainsi qu’au Portugal. « Au Portugal, beaucoup d’ingénieurs sont au chômage, mais il y a peu de jeunes diplômés qui parlent allemand. Le pays a également de bonnes formations pour les personnels de soin, qui manquent en Allemagne », poursuit Monika Varnhagen. En Grèce, ce sont plutôt les médecins qui sont recherchés.

 

Ces transferts, une chance pour les jeunes diplômés, ne sont-ils pas à terme dangereux pour les pays d’Europe du sud qui voient partir leurs meilleurs éléments? L’agence pour l’emploi insiste sur le fait de vouloir mettre en place un rapport « gagnant-gagnant », les travailleurs recrutés pouvant ensuite faire profiter leur pays d’origine du savoir-faire glané en Allemagne. Et puis, sur le marché du travailleur qualifié prêt à s’expatrier, la concurrence internationale est rude. « Beaucoup de jeunes diplômés préfèrent encore apprendre l’anglais, réputé plus facile à maîtriser. La Nouvelle-Zélande, le Canada, l’Australie attirent beaucoup la main-d’œuvre qualifiée étrangère, avec des offres d’accueil très attractives. Nous en sommes loin de cette culture en Allemagne », regrette Monika Varnhagen.