Dossier Amérique du Sud – La dure loi du « Déficit zéro »

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L´Argentine déploie actuellement tous ses efforts pour réduire le déficit fiscal de l’État grâce à un programme baptisé la loi du « déficit budgétaire zéro ». Dans un contexte de crise économique, les entreprises françaises dans ce pays ont réduit le rythme des investissements et attendent impatiemment la fin de la récession.

L’actuel ministre de l´Économie, Domingo Cavallo, espère qu’en 2002 le rééquilibrage entre les rentrées fiscales et les dépenses de l’État permettra au pays de retrouver le chemin de la croissance économique. Bien que Cavallo ait annoncé l’année dernière, en pleine euphorie électorale, que la croissance serait de 7 %, le FMI (Fonds monétaire international) estime quant à lui que le PIB n´augmenterait que de 2,6 %.
Après l´attentat contre le World Trade Center, le nouveau contexte économique international a provoqué une baisse des taux d´intérêt dans le monde entier, ce qui a indirectement aidé l´Argentine. Le pays a ainsi pu réduire le paiement des intérêts de sa dette auprès des organismes de crédit international. Actuellement, le total de la dette argentine s’élève à 211,035 Md de dollars, dont 60 % correspondent à la dette de l´État, 30 % à des obligations du secteur privé et 10 % à la dette des Provinces.

À la recherche d’un nouvel équilibre économique
La grave situation d´endettement de l’Argentine fait que le programme du « déficit zéro » est une option possible afin d’éviter que le pays ne se déclare en cessation de paiements. La loi du « déficit zéro » oblige l´État à ne pas dépenser plus que ce qu´il ne perçoit. Ce programme établit que les fonds prélevés par le fisc doivent servir en priorité au paiement des intérêts de la dette, ensuite aux contributions aux Provinces et, en dernier lieu, en fonction des recettes, aux salaires, aux retraites et aux paiements aux fournisseurs de l´État.
L´application de cette loi a été une condition sine qua non pour que le FMI prête à l´Argentine encore 8,1 Md de dollars, afin de complé­ter les 13,2 Md que cet organisme international lui a accordés en décembre dernier. Ceci constitue un « paquet » de 21,3 Md servant à faire face à la grave crise financière que connaît actuellement le pays. À ce propos, le vice ministre argentin de l´Économie, Daniel Marx, a dit à un journal local que « l´Argentine n´aura pas besoin d´argent pendant un an » et que « les deux priorités de l´économie sont d’atteindre le déficit zéro et de travailler pour renforcer la confiance des investisseurs étrangers envers les institutions locales ».
La récession économique persistante que les Argentins vivent depuis trois ans a provoqué une forte augmentation du chômage, qui atteint 17 % selon les informations officielles. D´autre part, pour bien comprendre la situation économique actuelle de l’Argentine, il faut analyser le contexte régio­nal. Le Mercosur (Traité de libre-com­merce qui lie l’Argentine, le Brésil, l’Uruguay et le Paraguay) traverse des moments difficiles : la crise de la dette argentine et la forte dévaluation de la monnaie brésilienne compromettent dangereusement les relations entre les deux pays. Cependant, le gouvernement espère que les marchés se tranquilliseront et que la réactivation de l’économie argentine démarrera une fois pour toutes.

Les entreprises françaises dans l´attente de la réactivation
La France est traditionnellement au troisième rang parmi les investisseurs étrangers en Argentine – sa contribution au flux des capitaux étrangers étant de 7,3 % –, après les États-Unis (37,4 %) et l´Espagne (25 %), mais avant le Chili (7,2 %), l´Italie (6,3 %) et la Grande-­Bretagne (5,3 %). Les entreprises tricolores sont présentes dans tous les secteurs de l´économie. Durant la période 1990-2000, durant laquelle Carlos Menem était président, les investissements français en Argentine ont atteint les 10,2 Md de dollars. Au cours de l´année 2000, les investissements français ont subi une baisse de 15 % par rapport à l´année précédente, en raison de la forte récession. « Il est encore trop tôt pour connaître les montants que représentent les investissements français en Argentine pour l´année 2001. Ce dont nous sommes certains, c´est que les compagnies françaises misent encore très fort sur l´Argentine malgré les difficultés économiques », a assuré Christophe Lecourtier, responsable du Service économique de l´Ambassade de France en Argentine. Selon les prévisions du Ministère de l´Économie argentine, il est très probable que les investissements français vont augmenter de 6 % pendant la période 2001-2003… à condition que l´Argentine s´achemine vers la réactivation.
Au début des années 90, le président du Parti justicialista (1) Carlos Menem avait entamé un important processus de réduction de l’intervention de l´État en privatisant les entreprises publiques. De nombreuses compagnies françaises l´avaient accompagné dans cette initiative et c´est ainsi que la plupart des 360 sociétés présentes dans l´économie argentine se concentre aujourd’hui dans le secteur des services publics, où l’on trouve notamment France Télécom, la Lyonnaise des Eaux, la Générale des Eaux, EDF et GDF. La présence française est en fait multiple : dans le secteur de l´alimentation (vins, liqueurs, produits de boulangerie, produits laitiers, produits pour l´alimentation animale), dans le secteur industriel (Peugeot et Renault, deux constructeurs qui contrôlent 40 % du marché local de l´automobile), les banques (Société Générale, BNP), les compagnies d´as­surances (Axa, AGF) et la grande distribution comme Carrefour-­Promodès. Malgré la crise, les perspectives des sociétés françaises pour l´année 2002 s´annoncent relativement favorables pour certaines activités et dans certaines régions du pays. Dans la province de Buenos Aires, par exemple, il existe des projets d´investissement dans le secteur des supermarchés et de la distribution de l´eau. La Lyonnaise des Eaux – en Argentine, « Aguas Argentinas » – prévoit, dans un avenir proche, des investissements se chiffrant à plus de 1 Md de dollars.Dans l’ensemble, les investissements français ont fortement contribué au développement économique du pays. Enfin, la réactivation de l´économie et la suite du processus de privatisations dans les Provinces ouvriront sans doute des perspectives commerciales intéressantes.

(1) Parti justicialista = Parti péroniste fondé par l’ancien président Juan Domingo Peron et dont le dernier grand dirigeant fut Carlos Menem, emprisonné depuis le 7 juin 2001.