Dossier Canada – Le Canada entre tradition et high-tech

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Membre du G7, le Canada a connu une transformation rapide de son économie au cours des trente dernières années. Si la part de son secteur primaire reste relativement plus élevée que celle des autres pays de ce club, la structure de l’économie canadienne s’est largement alignée sur celles des économies des pays les plus développés.

Au rang des principales caractéristiques de l’économie canadienne figure sa forte intrication avec celle des États-Unis qui absorbe près de 90 % de ses exportations. Pourtant, ses industries de pointe sont devenues remarquablement compétitives sur le marché mondial, notamment dans les secteurs de l’aérospatiale, des télécommunications, des biotechnologies et de l’automobile.

Une économie très compétitive
Le Canada est le pays où les coûts globaux des entreprises sont les moins élevés. Les coûts de la main d’œuvre, des terrains, de la construction, de l’énergie et des télécommunications sont relativement plus faibles que dans les autres pays du G7. Si le Canada est en tête dans les études sur les avantages comparatifs dans sept des huit grands secteurs industriels, c’est dans le domaine des logiciels que son avance est la plus importante. À ces atouts s’ajoute l’avantage que le Canada tire de la faiblesse relative de sa monnaie face au dollar américain.
Plusieurs facteurs concourent à l’attractivité du territoire canadien aux yeux des investisseurs, parmi lesquels le développement du marché financier, l’accès au marché nord-américain par le biais de l’ALENA, et l’importance du pouvoir d’achat. En effet, si le Canada est un pays d’importance moyenne avec une population de trente millions d’habitants, il est dans le groupe de tête du classement du revenu par habitant, avec environ 23 000 dollars américains.
La forte intégration économique entre les États-Unis et le Canada a rapproché les cycles de ces deux pays, les résultats américains entraînant ceux de l’économie canadienne. Si les exportations ont tiré l’économie jusqu’en 2000, le ralentissement américain en 2001 a fortement pénalisé les entreprises canadiennes qui ont réduit leurs investissements et écoulé leurs stocks. Après une phase d’augmentation du taux de chômage, l’économie canadienne a retrouvé son équilibre grâce à la bonne tenue de la consommation intérieure stimulée par le taux d’intérêt particulièrement bas, qui a pris le relais des exportations. Cependant, l’endettement des particuliers et le faible niveau d’épargne des ménages restent préoccupants.

Un pays traditionnellement ouvert
Le Canada est le pays le plus ouvert commercialement du G7. Ses exportations représentent, en effet, près de 40 % et ses importations plus du tiers de son PIB. Cependant, l’importance de ces flux ne doit pas masquer qu’ils sont essentiellement le fruit du commerce avec les États-Unis, qui correspond au plus important commerce bilatéral au monde. Les échanges avec les États-Unis permettent au Canada de conserver une balance structurellement excédentaire alors que son commerce avec les autres pays est en général nettement déficitaire.
Depuis 1997, le stock d’investissement canadien à l’étranger est supérieur au stock d’investissement étranger au Canada. Là encore, les relations bilatérales avec les États-Unis sont structurantes. Les Américains détiennent 67 % du stock d’investissements étrangers au Canada sur un total de 202 milliards de dollars américains et, inversement, accueillent 51 % des investissements canadiens qui représentent au total 245 milliards de dollars américains.

Un environnement favorable à la R&D
Si l’industrie de pointe se porte si bien, ce n’est pas directement en raison d’une politique industrielle particulière au Canada. L’intervention gouvernementale est relativement limitée et d’inspiration libérale : l’objectif est de créer un environnement propice au développement des entreprises. En pratique, les politiques mises en œuvre consistent en des baisses d’impôts ou des avances remboursables. Les provinces ont également des compétences étendues qui leur permettent d’encourager la recherche et le développement au sein des entreprises.
L’environnement favorable ainsi créé a permis un afflux massif d’investissements directs étrangers, en particulier issus des États-Unis et des pays européens. Une agence nationale de promotion de l’investissement, baptisée  » partenaires pour l’investissement au Canada  » a été créée au sein du ministère de l’industrie canadien afin d’informer et d’orienter les investisseurs étrangers. Cette agence, qui a un rôle de guichet unique pour ces partenaires, permet d’identifier les possibilités d’alliances stratégiques. Le stock d’investissement direct au Canada représenterait en 2000, selon la CNUCED, 28 % du PIB, ce qui est très supérieur au taux habituel dans les pays industrialisés.

Dynamique province francophone
Le Canada, dans une position concurrentielle très favorable, a aussi su attirer les capitaux étrangers par une régulation très souple des investissements. Ils sont régis par une loi très générale qui n’oppose que peu de restrictions aux investissements et soumet les acquisitions à une simple notification jusqu’à un seuil de 140 millions de dollars américains.Le Québec est un parfait exemple de dynamisme économique. Doté d’une population relativement jeune et aisée, le Québec est aussi une terre d’immigration : elle représente la moitié de la croissance démographique. Près de 100 000 Montréalais sont ainsi nés en France. D’une superficie supérieure à trois fois la France, le Québec reste un marché accessible du fait de la concentration de sa population le long du fleuve Saint-Laurent, et pour moitié dans la région de Montréal.
Comme le reste du Canada, le Québec a connu une mutation profonde de son activité, délaissant en partie le secteur primaire pour se tourner vers les technologies de pointe. Montréal est ainsi devenu en quelques années un pôle international de l’aéronautique, des télécommunications, de l’informatique et des biotechnologies.
Si le Québec tient à sa spécificité culturelle et linguistique, la région a su tirer profit du commerce avec les États-Unis. Son excédent commercial sur les États-Unis lui permet de couvrir amplement son déficit avec ses autres partenaires commerciaux. Les exportations sont constituées essentiellement par des produits de base, tels que le bois, le papier et l’aluminium ou, à l’inverse, de biens de haute technologie (aéronautique, composants électroniques, équipements de télécommunication). Les importations reflètent le développement des secteurs à forte valeur ajoutée, avec une part prépondérante pour les biens destinés à l’industrie électronique et à l’aéronautique. La France tient une place particulière dans les échanges commerciaux du Québec, qui représente la première destination des ventes françaises au Canada (soit 46 % des ventes françaises vers ce pays). Les investissements et les implantations d’entreprises françaises qui envisagent le Québec comme tête de pont vers le Canada, et plus largement vers l’ensemble du continent nord-américain, sont également assez nombreux. Cependant, malgré la proximité culturelle, linguistique, voire affective du Québec et de la France, cette province canadienne reste également très tributaire de la croissance américaine.
Si le Canada présente dans de nombreux secteurs des atouts bien supérieurs à ceux des autres pays développés, il reste néanmoins très dépendant de son commerce bilatéral avec son grand voisin, oscillant entre le rôle d’arrière-cour des États-Unis et celui de tête de pont dans un marché nord-américain de plus en plus intégré.