Du logiciel « Made from India » au logiciel « Made in India »

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À Roissy-Charles de Gaulle, les voyageurs d’un vol intercontinental sur Air France-KLM se préenregistrent désormais sur des bornes électroniques qui délivrent directement la carte d’embarquement. Mieux, les voyageurs choisissent l’emplacement de leur siège dans la cabine – ou même sur le site web de la compagnie aérienne. Les passagers l’ignorent mais ce logiciel de « comptoir électronique » a été élaboré à 10 000 km de Paris. À l’ombre des cocotiers et des bougainvilliers de Chennai (état du Tamil Nadu), sur la côte est de l’Inde du Sud, dans l’un des 19 « Innovation Labs » de TCS (Tata Consultancy Services). Habituée à développer des logiciels « Made from India», l’Inde sait qu’elle ne restera pas éternellement la « salle informatique du monde ». Tirée par une fuite en avant, elle cherche à s’affirmer avec des logiciels « Made in India ». Jusqu’à présent, les SSII (sociétés de services en ingénierie informatique) indiennes ont développé de larges portefeuilles de logiciels. « Mais elles n’en vendent pas les licences », explique Aruna Schwarz, Française d’origine indienne et DG de la start-up tricolore Stelae Technologies, spécialisée dans les logiciels de gestion documentaire. « Ces SSII commercialisent des solutions complètes : conseil, fourniture du logiciel, intégration et maintenance. »

 

Bref, le logiciel aide alors à vendre du service. Aujourd’hui, cette stratégie butte contre ses limites. En effet, un cabinet de conseil en Offshore Zinnov Management Consulting prévoit que le coût annuel total par employé va doubler de 36 420 dollars en 2007 à 71 081 dollars en 2012 ! À ce rythme-là, l’avantage des salaires indiens se dissipe… Résultat, une nouvelle génération d’entrepreneurs estime que les ingénieurs diplômés en Inde peuvent créer davantage de valeur pour le pays. L’exemple d’I-Flex Solutions apporte de l’eau à leur moulin : Oracle a dû débourser 909 millions de dollars en 2005 pour mettre la main sur 61 % des parts de cet éditeur de PGI (Progiciel de gestion intégré) à destination des banques. Citons encore Flextronics Software Systems, filiale indienne de logiciels embarqués dont KKR (Kohlberg Kravis Roberts), une société new-yorkaise de capital-investissement (Private Equity), a acquis 85 % du capital social pour 900 millions de dollars en 2006. L’espoir de réaliser de tels « deals » suscite les vocations en faveur du logiciel « Made in India ». En outre, sur le créneau financier, l’Inde compte une dizaine d’éditeurs comme CashTech, Cranes Software, Infrasoft, Newgen ou Polaris Software Lab… Basé à Chennai, sur la côte est de l’Inde, ce dernier réalise déjà près de 300 millions de dollars de chiffre d’affaires avec 8 500 personnes au travers d’une quinzaine d’implantations à l’étranger. Il restait à voir émerger une nouvelle génération d’investisseurs. Chose faite depuis 18 mois avec le Mumbai Angels et l’Indian Angel Network. Ces réseaux de Business Angels organisent chaque mois des rencontres avec des investisseurs privés et reçoivent plusieurs dizaines de propositions de projets par jour.

 

C’est dire si la créativité logicielle indienne est en effervescence. Un corporate campus pharaonique près de Chennaià 27 km au sud de Chennai (état du Tamil Nadu), sur la côte est de l’Inde, s’étend le High-Tech Corridor de Siruseri. Pelleteuses, grues et bétonnières s’affairent pour que les géants de l’informatique indienne puissent s’y implanter : Infosys, Satyam et bien sûr TCS. Mais ce dernier coiffe tout le monde au poteau. Le bras armé informatique du groupe Tata y construit un complexe immobilier démesuré qui va, d’ici 2010, accueillir 25 000 salariés dont 22 000 ingénieurs informaticiens. Une véritable ville pour cols blancs sera la ruche des développeurs de logiciels ! En attendant que la ligne de chemin de fer soit prolongée jusqu’à Siruseri, il faudra près de 550 bus Tata pour transporter les salariés vers le site. éco-conçu par les architectes uruguayens Carlos Ott (Opéra Bastille à Paris) et Carlos Ponce Léon, cet ensemble immobilier va regrouper sur 28 hectares pas moins de 12 bâtiments high-tech qui vont occuper une surface de 500 000 m2. Chacun des 6 principaux bâtiments se devra de stimuler la créativité des concepteurs de logiciels en offrant le maximum de confort : chaque bureau occupera deux fois plus d’espace que dans les bureaux les plus confortables d’Inde. Ces bâtiments disposeront à chaque étage, outre les salles de conférences, de centres d’expérimentation, d’un bureau de management et d’un bureau de dépôt de brevets ! Le campus va intégrer la plus grande installation d’onduleurs électriques et de groupes électrogènes de l’Inde.