E. Groutel : « Les dirigeants peuvent s’inspirer des idées de Follett »

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Groutel
Emmanuel Groutel, après trente ans d’expérience comme dirigeant d’entreprise a décidé de reprendre un Doctorat en Sciences de gestion. Sa thèse sur Marie Parker Follett, cette penseuse américaine dont l’œuvre s’échelonne entre la fin du 19e et le 20e siècle a ensuite intéressé une éditrice. Follett, un management au service de la société vise ainsi à faire connaître les idées de cette philosophe du management avant-gardiste.

 

 

Emmanuel Groutel, pourquoi avoir choisi de faire votre thèse sur Mary Parker Follett, cet femme presque oubliée aujourd’hui ?
On pourrait dire que je suis tombé amoureux de Follett ou du moins de son œuvre. Justement, c’est aussi parce qu’elle est un peu oubliée que j’ai souhaité m’intéresser à elle. Il y avait également un caractère pionnier en se lançant en premier, en Europe, dans une thèse sur Mary Parker Follett. Aujourd’hui, une deuxième est en cours d’écriture à Rouen et cela est très bien. Des réseaux sociaux reprennent aussi son approche.
Follett déploie, notamment, dans son œuvre des idées sur le leader invisible, sur le leader de leaders, sur la diversité ou encore le conflit constructif qui restent très intéressantes.

 

 

Comment êtes-vous passé de la thèse au livre ?

 

J’ai été sollicité par une éditrice, Martine Morel (Humanisme & Organisations) qui elle-même s’intéressait beaucoup à cette auteure puisqu’elle en avait entendu parler, pendant sa propre thèse. Il faut aussi savoir qu’aujourd’hui, les livres de Mary Parker Follett sont rares et que certains sont même des ouvrages de collection, difficilement abordables.
J’ai pensé alors qu’il serait bon de diffuser les idées de Follett, de la rendre accessible justement aux managers, dirigeants, étudiants en économie, en gestion etc.
Qu’a fait Mary Parker Follett de si bénéfique pour notre société ?
En 1892 elle entre au Radcliffe College (Boston) où elle y poursuivra ses études jusqu’à son Doctorat (Harvard n’était, alors, par ouvert aux femmes…) De 1900 à 1908 elle se consacre au travail social dans la banlieue de Boston (Roxbury). Elle soutient la cause des femmes sur le droit de vote, le droit aux salaires égaux…. Elle se bat pour l’ouverture le dimanche des écoles pour les plus défavorisés. Ces initiatives auront pour conséquence l’émergence de nombreux centres sociaux à travers Boston. L’expérience menée dans ce domaine par Follett lui apportera une vision propre sur la démocratie, basée sur la diversité et la nature de la communauté, de l’intégration…
Par la suite et jusqu’à son décès en 1933, Follett se concentrera sur une discipline nouvelle : le conseil en management.  L’œuvre de Follett est celle d’une théoricienne, d’une travailleuse sociale et d’une consultante en management. Elle met en exergue tout au long 
de sa vie et de son travail la nature globale de la communauté. Elle envisage un leadership diffus. Elle consacre un règlement des conflits ni par la domination ni par le compromis mais par l’intégration. Elle parle d’un pouvoir partagé, d’un « pouvoir-avec » plutôt que d’un « pouvoir-sur ». Elle imagine un système de procédure : la loi de la situation, en lieu et place d’un système basé sur l’ordre et la domination. Elle se consacre à des recommandations pratiques et concrètes fondées sur un système fondé sur la démocratie et le bon sens. En fait, Follett travaille sur le pourquoi des choses plus que sur le comment.
Il s’agirait d’un profil de psychologue alors… Aujourd’hui, semble-t-il, d’autres publications s’intéressent aux mêmes problèmes qui apportent des solutions tout à fait pertinentes, non?

 

Je ne sais pas si en dehors de grands auteurs tels que Paul Valéry, Bachelard, Edgard Morin et Alain on offre autant que Follett peut le faire. Je dirais qu’elle nous apporte peut-être une certaine confiance par rapport aux incertitudes.
Mais si l’on se place dans une vraie démarche moderne, dans le domaine de la gestion, Jean-Philippe Denis, le rédacteur en chef de la Revue Française de Gestion effectivement s’attaque aussi à ces champs-là, et il y en a d’autres également qui s’intéressent de plus en plus à ces domaines.
Mon idée c’est bien, à travers, ces dessins, la description du parcours de Follett, de son œuvre, d’être à la fois accessible et exigeant. Tous ceux qui ont l’occasion de lire Follett disent la même chose. Pourquoi n’en ai-je pas entendu parler plus tôt ?
Follett. Un management au service de la société, Emmanuel Groutel.
Editions Humanisme Organisations Editions, Paris.