En Allemagne, l’intérim peine à trouver des candidats

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La bonne fortune des uns fait souvent le malheur des autres. Alors que le nombre de travailleurs actifs a atteint un niveau record en Allemagne, les agences de placement des travailleurs temporaires se plaignent eux… de la raréfaction des candidats à l’intérim. Malgré la crise, le nombre de travailleurs a atteint en Allemagne un seuil inédit: 41 millions de résidents étaient actifs en moyenne en 2011, soit une hausse de 1,3% par rapport au niveau enregistré par l’agence pour l’emploi en décembre 2010. Et la tendance est loin de l’épuisement. Le nombre d’offres d’emploi non pourvues a atteint, en décembre 2011, un niveau qui bat également tous les records : +24% par rapport à la même période l’année précédente. Du pain béni pour les agences d’intérim, qui peinent à honorer toutes leurs commandes.

 

Avec la libéralisation du marché du travail opérée par l’Allemagne à partir de 2003, le travail temporaire a connu un véritable boom. Alors qu’elle ne comptait que 200 000 travailleurs en 2002, la branche emploie aujourd’hui 900 000 personnes. C’est, là aussi, un seuil inédit, qui pourrait constituer un maximum. Car l’ironie veut aujourd’hui que l’intérim, longtemps porté aux nues en Allemagne comme le symbole de la précarisation du travail, représente aujourd’hui un des premiers réservoirs de main-d’œuvre qualifié pour les entreprises. « Nos clients intègrent les travailleurs intérimaires à leur personnel fixe dans des proportions impressionnantes, explique Volker Enkers, président de la Fédération du travail temporaire. Notamment dans l’industrie, les entreprises embauchent parfois le personnel d’une succursale entière. » Conséquence: le personnel qualifié commence à se faire rare. Volker Enkers estime que 200 000 personnes pourraient trouver cette année un contrat à durée indéterminée grâce au travail temporaire.

 

Le secteur automobile notamment, grand consommateur de ce type d’embauche, a multiplié les plans pour répondre à la demande pressante venue des marchés émergents. Volkswagen envisage ainsi d’intégrer à son personnel 2 200 intérimaires; BMW pourrait faire de même avec une partie des 6 000 travailleurs dont il loue les services. Pour les agences d’intérim allemandes, il s’agit d’une situation inédite. En 2003, elles offraient un réservoir de flexibilité aux entreprises et proposaient une solution pour répondre au chômage endémique qui touchait 5 millions de personnes outre-Rhin. Aujourd’hui, elles agissent davantage comme une passerelle entre le chômage et l’emploi fixe. Ce sont elles qui assument le risque du manque de personnel qualifié et bien souvent la formation continue. Des services coûteux, normalement rémunérés par l’entreprise cliente, qui verse une compensation à l’agence en cas d’embauche d’un intérimaire. Pourtant, certaines agences y renoncent. « On ne veut pas se froisser avec le client, explique un manager. À nous d’anticiper et de former davantage les candidats. »