En Égypte, les ambitions de la banque française BNP Paribas

43
Pour son marché intérieur ou comme base arrière au Moyen-Orient, l’Égypte regorge d’opportunités pour les entreprises exportatrices. BNP Paribas, présente dans le pays depuis 1977, se positionne comme un partenaire de choix pour les PME.

 

Égypte_juil08

Avec des taux de croissance de 6,8 % en 2005-2006, 7,1 % en 2006-2007 et une prévision de l’ordre de 7 % pour 2007-2008, l’Égypte est un marché en pleine expansion. « C’est un pays très bien positionné sur les plans géographique et démographique, analyse Philippe Joannier, directeur général de la filiale de BNP Paribas en Égypte. Les entreprises étrangères peuvent utiliser l’Égypte pour son marché intérieur – 80 millions d’habitants – et comme base régionale pour le Moyen-Orient. Par ailleurs, la population est jeune et assez bien éduquée. La main-d’œuvre y est donc abondante, bien formée et à un coût convenable. Ce à quoi il faut ajouter une relative stabilité sociale et politique pour la région. » Surtout, le gouvernement libéral en place depuis juillet 2004 s’est engagé dans un vaste programme de modernisation de l’économie, afin de rétablir la confiance des investisseurs. D’abord, les droits de douane ont été réduits de manière radicale, avec un impact immédiat : les importations ont doublé en trois ans.

« Ces réductions ont été décidées de manière unilatérale par le gouvernement », précise par ailleurs Philippe Joannier. Ensuite, une réforme fiscale a réduit de moitié les taux d’imposition sur les revenus des ménages et des entreprises. « Aujourd’hui, les entreprises ne sont taxées qu’à 20 % », indique le directeur général de la filiale de BNP Paribas. Enfin, un programme de privatisations d’entreprises publiques a été mené, de l’agroalimentaire aux télécommunications en passant par le textile. « L’Égypte est un pays de contrastes, poursuit Philippe Joannier. À côté de l’image d’un pays pauvre, bénéficiant d’un grand potentiel touristique, il existe celle des grandes multinationales égyptiennes. » En témoigne par exemple le rachat, début 2008, d’Orascom Cement par le groupe français Lafarge, pour un montant de 8,8 milliards d’euros. En raison notamment de l’afflux de capitaux des pays du Golfe, les projets immobiliers et industriels se multiplient en Égypte. En 2006-2007, l’Égypte a été le premier pays destinataire des investissements étrangers directs en Afrique, avec 12 milliards de dollars.

La France se situait jusqu’à présent à la 4e place des investisseurs étrangers ; la récente opération de Lafarge devrait la propulser au 1er rang. Et alors que les investissements français s’étaient surtout concentrés dans les services, ils s’orientent désormais aussi vers les secteurs industriels.Dans ce contexte, l’intérêt des banques étrangères s’est fortement accru depuis 2004. Il faut dire qu’elles évoluent également dans un environnement nouveau, en raison de la restructuration du secteur menée par le gouvernement (lire encadré). « La réglementation n’est pas un frein au développement des banques et de leur clientèle », explique Philippe Joannier. BNP Paribas est présente en Égypte depuis 1977 sous la forme d’une joint-venture avec une banque égyptienne, dont elle est devenue majoritaire en 1997 et dont elle contrôle aujourd’hui plus de 95 %. La filiale se place à la 5e position des banques étrangères en Égypte, eu égard à son bilan. Elle dispose de 50 agences à travers tout le pays. Son développement a été exponentiel ces deux dernières années : le nombre d’agences est passé de 10 à 50, les salariés de 300 à 1 100, et son bilan de 5 milliards à 23 milliards de livres égyptiennes, principalement en raison des crédits aux entreprises et des opérations de trésorerie. La filiale dispose en effet de l’intégralité de la palette d’activités dans le pays : banque de détail, opérations commerciales et opérations de trésorerie.

« Nous faisons partie du tissu économique égyptien, poursuit le directeur général. Nous avons comme clients des filiales de grands groupes internationaux, des grands groupes égyptiens, des PME égyptiennes et internationales. Grâce à un partenariat avec une banque turque, nous avons mis en place un desk turc. De même, nous devons, avec la banque italienne BNL, créer prochainement un desk italien. Et bien sûr, nous bénéficions, vis-à-vis de la France, de la force de notre réseau et de notre position de numéro 1 de banque des PME françaises. Le marché égyptien, très ouvert, intéresse les sociétés exportatrices. Notre expérience et notre connaissance du pays nous permettent de couvrir l’ensemble de leurs besoins, du conseil au financement des opérations sur place en passant par la mise en relation avec des importateurs. » Fort de ce constat, BNP Paribas Égypte regarde l’avenir avec confiance. « Notre objectif est d’avoir un modèle équilibré entre les différentes lignes de métier, déclare Philippe Joannier. Afin de dynamiser nos activités de banque de détail, nous souhaitons continuer à nous développer au rythme de 20 agences par an, afin d’atteindre un réseau d’une centaine d’agences au total. Pour ce qui est opérations commerciales, nous avons porté nos fonds propres de 500 millions de livres égyptiennes à 1,7 milliard, dans l’intention d’accompagner les grandes entreprises à un niveau intéressant. Enfin, en matière de trésorerie, notre augmentation de bilan nous permet une intervention de plus en plus importante et rentable. » La filiale peut aussi compter sur un secteur du crédit en plein développement. Et en raison d’une surliquidité de livres égyptiennes – aujourd’hui, les banques du pays ne prêtent que 60 % de leurs ressources–, les opportunités sont immenses.

La loi du 15 juin 2003 relative au secteur bancaire a renforcé les ratios prudentiels, la gouvernance et les conditions de solvabilité, notamment en instituant l’obligation d’un capital minimum de 500 millions de livres égyptiennes – autant de mesures qui ont contribué à assainir le secteur. Par ailleurs, un plan de restructuration a été lancé en septembre 2004 autour de deux axes principaux. D’abord, un désengagement de l’État par la cession des participations des banques publiques dans les banques privées, ainsi que par la privatisation de plusieurs grandes banques publiques. Le secteur privé a ainsi repris plus de la moitié du marché bancaire. Ensuite, un mouvement de concentration a permis de ramener le nombre d’acteurs de 62 à 26. La Banque centrale a par ailleurs décidé de ne plus délivrer de nouvelles licences bancaires, afin de dissuader l’implantation de nouvelles banques. « Aujourd’hui, le secteur bancaire égyptien est simplifié, dynamique et adapté aux besoins de financement des particuliers et des entreprises, analyse le directeur général de la filiale de BNP Paribas. L’Égypte dispose d’un réseau de banques internationales bien implantées. »