Entre Chinois et Européens, les vins tournent au vinaigre

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Y aurait-il une concurrence déloyale des vins européens vis-à-vis des productions chinoises ? C’est ce que dénonçait fin août l’Association chinoise de l’industrie des boissons alcoolisées en demandant à Pékin une enquête sur les importations de vins européens. Elle estime que les subventions européennes portent préjudice aux producteurs nationaux. Une action aussitôt décriée par la Chambre de commerce européenne en Chine. « Cette demande est l’expression d’une forme inquiétante de protectionnisme, observe Dirk Moens, secrétaire général de la Chambre de commerce européenne. Sans aucun doute, à la fois la Chine et l’Union européenne souffriraient d’un conflit commercial sur le vin. Et ce sont les amateurs et les consommateurs chinois de vin qui en seraient les premières victimes. »

 

Boom de la production chinoise

Si de manière générale, les productions de vins chinoises restent de faible qualité, certaines tirent de plus en plus leur épingle du jeu. Ainsi en 2011, lors d’une dégustation à l’aveugle à Pékin de vins de la région de Ningxia au nord de la Chine et de vins de Bordeaux, ce sont les bouteilles chinoises qui ont récolté les meilleures notes du jury ! Signe que leur qualité s’améliore et que la Chine veut désormais se faire une place de choix sur ce marché. En 2010, elle se plaçait au 7e rang des nations mondiales productrices de vin. Selon une étude du cabinet international Wine and Spirit Record (IWSR), sa production pourrait connaître une croissance de 77% d’ici à 2014. La population chinoise affirme d’ailleurs peu à peu son goût pour le vin. En 2011, elle a consommé dix-sept millions d’hectolitres. Une consommation qui reste majoritairement nationale. Il faut dire que les vins étrangers sont pénalisés par une taxe d’importation de 48%. « Les producteurs chinois et européens ont tous deux largement bénéficié de la forte demande de vin en Chine, explique Dirk Moens. C’est du gagnant-gagnant : grâce à la coopération avec les entreprises viticoles, les sociétés chinoises locales ont bénéficié d’investissements européens et ont aussi amélioré la production et la qualité de leur vin. Parallèlement, l’Europe a gagné en compétitivité dans le marché bilatéral Europe/Chine ». Un marché capital pour les exportateurs de vins et spiritueux européens puisqu’il représente pas moins d’un milliard d’euros par an.

 

Des vins chinois produits en France

Les éventuelles mesures protectionnistes sur le vin seraient donc un coup dur à la fois pour les viticulteurs européens et chinois. Elles sont aussi le signe d’une Chine prête à se distinguer sur le marché du vin. Fait paradoxal : de plus en plus d’investisseurs chinois rachètent des domaines viticoles français. On compte ainsi une trentaine d’acquisitions de ce type dans le Bordelais depuis 2008. Fin août, un riche chinois s’offrait le château de Gevrey-Chambertin en Bourgogne. Des placements lucratifs : les vins « Made in France » se vendent beaucoup plus cher en Chine !