Entretien avec le président de la société Cousin Biotech

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Juriste en droit des affaires de formation et titulaire d’un DESS de gestion des entreprises, François Cousin, 58 ans, rejoint Cousin Frères en 1986, puis préside la société Cousin Biotech dès sa création, en 1995. Il était auparavant le directeur adjoint d’une Caisse d’épargne et a aussi travaillé au sein de Groupe Maison Familiale (GMF), un groupe immobilier qui a disparu depuis, à Cambrai.

 

Commerce International : Dans quelles circonstances a été fondée la société Cousin Biotech ?

 

François Cousin : « Cette entreprise est l’héritière d’une tradition industrielle du nord de la France. Après avoir été fondée en 1848 à Comines, la société Cousin Frères a déménagé à Wervicq-Sud en 1922. À l’origine, c’était une entreprise spécialisée dans le retordage du lin. Cousin Frères a commencé à faire du tressage dès 1870 et est même devenue, en 1947, la première entreprise française à fabriquer du fil à coudre industriel à base de polyamide continu . Le cordage est venu s’ajouter à la palette de métiers de Cousin Frères peu de temps après. Lorsque l’activité médicale a débuté en 1993, les dirigeants ont voulu créer une entreprise pour chaque activité. La société Cousin Biotech en tant que telle est née deux ans plus tard. »

 

Quelles sociétés sont issues de la diversification, puis de la division du groupe Cousin Frères ?

 

F. C. : « Ces sociétés sont au nombre de quatre. Il y a tout d’abord Cousin Filtrerie, la plus grande, qui a repris la principale activité historique du groupe, c’est-à-dire la fabrication de fil à coudre industriel. En 2003, elle a été vendue à un groupe allemand. Cousin Trestec se spécialise dans le tressage et le cordage technique (militaire, carottages en grandes profondeurs…) ou destiné aux loisirs (yachting, spéléologie, cordes de montagne, parapente, kite-surf…). Cousin Composites rassemble deux activités : le renfort de câbles optiques et les cordes de raquettes de tennis avec la marque Technifibre, qui appartient à Major Sport, filiale détenue à 50 %. Enfin, Cousin Biotech fabrique et vend des dispositifs médicaux implantables. En 2008, Cousin Frères a vendu à Dalle et Associés toutes les activités non médicales. »

 

Comment un groupe industriel passe-t-il du textile au secteur des technologies médicales de pointe ?

 

F. C. : « Nous avions envie de prendre des risques et, par le passé, cela nous avait déjà réussi puisque nous étions parvenus à introduire des petites tresses dans des avions ou des satellites. Un jour, un client nous a commandé des tresses très spéciales pour lesquelles nous avons établi un devis plutôt conséquent. Mais le client a acheté. Il désirait des tresses avec deux boucles et un système de blocage tenant lieu de ligaments croisés antérieurs pour le genou. Nous avons donc commencé à fabriquer des ligaments, puis d’autres produits médicaux et notre marque s’est diffusée de plus en plus. »

 

Pourriez-vous présenter brièvement vos gammes d’implants médicaux ?

 

F. C. : « Nous fabriquons toute une gamme de plaques de réfection de paroi pour réparer les hernies abdominales (surtout masculines) et les éventrations. Cette gamme permet de répondre à toutes les écoles de chirurgie : ouverte et laparoscopique… Nous avons aussi une série d’implants en uro-gynécologie pour lutter principalement contre l’incontinence urinaire, les prolapsus (ou descentes d’organes dans le langage courant) souvent dûs aux grossesses multiples… Nous fabriquons des anneaux gastriques ajustables en trois tailles avec différentes chambres implantables, adhésives ou non-adhésives (une trentaine de références). Pour le rachis, nous faisons des cales interépineuses souples et des cales interlamaires souples, ainsi que des cales textiles ou en silicone. La souplesse est un élément important parce qu’elle permet de préserver un mouvement articulaire. Notre gamme orthopédique se compose de ligaments pour les genoux, mais aussi pour les épaules. Nos principaux clients sont les chirurgiens, mais aussi des sociétés industrielles pour lesquelles nous sommes sous-traitants par l’intermédiaire d’une division spéciale. »

 

Quelle importance accordez-vous à la R&D ?

 

F. C. : « Dans notre secteur, nous devons affronter des concurrents de la taille de Johnson & Johnson, par exemple. Si nous voulons réussir à tirer notre épingle du jeu, nous nous devons d’être plus inventifs que les autres. C’est pourquoi Cousin Biotech axe beaucoup sa croissance sur la recherche et le développement. Elle représente chez nous 12 personnes à temps plein avec un budget de fonctionnement représentant 17 % de notre chiffre d’affaires. Nous déposons entre 5 et 10 brevets par an (en France et à l’international). »

 

Pourriez-vous citer l’exemple d’une réalisation récente ?

 

F. C. : « L’année dernière, nous avons créé un implant adhésif de réfection de paroi baptisé Adhésix. Il ne colle pas, se manie très bien et ne devient ad-hésif qu’une fois introduit dans le corps humain. L’adhésivité permet de fixer la plaque et réduit considérablement les risques de douleur par rapport aux implants cousus ou agrafés. Un tel produit est de plus avantageux sur le plan économique : il n’y a plus à acheter de fil de suture ni d’agrafeuse jetable, qui coûte en moyenne 200 euros. Il réduit aussi le temps de la procédure chirurgicale de vingt minutes en moyenne. Tout le monde y gagne : le patient subit une anesthésie plus légère et les blocs opératoires peuvent “tourner” plus vite. Au total, il nous aura fallu entre quatre et cinq ans de labeur pour aboutir à un projet vendable sur le marché : validation du concept, dépôt de brevet, études cliniques, analyse des risques, tests sur des animaux… »

 

Plus d’informations sur www.cousin-biotech.com

 

Chiffres clés
• Fondée en 1995
• 81 collaborateurs + 22 collaborateurs au sein de la filiale française Cousin Bioserv + 4 collaborateurs chez Cousin Endosurge (société détenue en majorité par les actionnaires de Cousin Frères)
• Ventes réalisées dans plus de 50 pays
• Chiffre d’affaires 2010 : 12 millions d’euros
• Croissance du chiffre d’affaires par rapport à 2009 : + 25 %
• Part du chiffre d’affaires réalisé à l’export : 80 %

 

Source : Cousin Biotech – Janvier 2011