Entretien avec le président du réseau des CCI colombiennes

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D.R.
Julián Domínguez Rivera revient sur la résistance de l’économie colombienne à la crise.

 

Fort de son expérience à la tête de la Chambre de commerce de Cali (1999-2010), Julián Domínguez Rivera a été nommé en novembre 2010 à la tête de la Confédération colombienne des chambres de commerce.

Commerce International: Confecámaras insiste sur la nécessité de formaliser l’économie colombienne afin que les entreprises travaillent en toute légalité. Vous avez soutenu la loi d’Amnistie fiscale adoptée fin 2010. Pourquoi?

J. D. R. : « Il y a en Colombie des milliers d’entreprises qui sont inactives, car elles ne sont pas arrivées à renouveler leur licence de fonctionnement ou parce qu’elles n’ont pas eu d’activité pendant un certain temps. L’amnistie permet à ces entreprises, qui étaient en “pause”, de reprendre plus facilement leur activité de manière formelle. Elle a permis la réactivation de 87 000 entreprises. En Colombie, le secteur informel reste important: 40% des entreprises (soit 1 million d’établissements) fonctionnent en toute informalité, et 40% des travailleurs travaillent sans contrat, donc bien loin du droit du travail. »

Selon les derniers résultats connus, la Colombie devrait enregistrer de bons résultats économiques en 2011…

J. D. R. : « Le PIB a augmenté de 5,2% durant le premier semestre et on espère une augmentation de ce chiffre à hauteur de 6% en fin d’année. Cette croissance est due à l’exportation de la production minière, au secteur de la construction, aux exportations en général, mais aussi à la hausse du secteur des services et du commerce. La Colombie compte plus de 40 millions d’habitants, ce qui se traduit par une demande interne très forte. »

Qu’en est-il du tourisme ?

J. D. R. : « C’est un secteur très dynamique, qui est même aujourd’hui le troisième contribuable en matière d’exportation de services. Les visiteurs étrangers constituent donc le troisième acheteur de nos exportations. Mais cela reste un petit secteur, comparé aux résultats enregistrés par d’autres pays comme l’Espagne ou le Mexique. Nous cherchons à diversifier l’offre autour du tourisme religieux, d’aventure et de santé et à développer l’accueil des congrès internationaux. »

La campagne internationale de promotion basée autour du slogan ”La Colombie, le risque c’est de vouloir y rester” avait également pour but de faire venir les touristes…

J. D. R. : « Ce slogan part en effet du principe que la Colombie réveille les passions; il cherche à opérer un contraste avec la peur de la violence. Avant, le pays se visitait peu, mais il est beaucoup plus sûr aujourd’hui. »

La Colombie a longtemps subi les effets de la violence de la guérilla des FARC et du narcotrafic. Cette image de pays violent n’est-elle pas davantage associée au Mexique actuellement?

J. D. R. : « Le narcotrafic est un phénomène mondial qui affecte tous les pays du monde. Certains sont davantage concernés par la consommation et la distribution et d’autres par la production. Mais pour nous, il s’agit d’un problème injustement attribué aux pays producteurs, car les pays consommateurs sont tout aussi responsables. De fait, la situation mexicaine ne nous bénéficie en rien: l’opinion mondiale l’assimile au reste de la région et pense que les autres pays producteurs subissent la même violence, sans s’apercevoir que les choses s’améliorent en Colombie. »

La Colombie demeure pourtant le premier producteur de cocaïne au monde, avec le Pérou. Le narcotrafic fait-il peur aux entrepreneurs?

J. D. R. : « Il y a un grand rejet du narcotrafic, car il est associé à la violence et à la guérilla. Les forces militaires ont été renforcées dans le pays et jouissent d’une très grande crédibilité auprès de l’opinion. Le combat frontal mené contre le narcotrafic a fait diminuer les aires cultivées de feuilles de coca (matière première nécessaire à l’élaboration de la cocaïne, ndlr). Aujourd’hui, il s’agit d’une guerre de mouvements, car il n’y a plus aucune partie du territoire national occupée de manière permanente par la guérilla comme ce fut le cas auparavant. Donc, le combat continue, mais cela n’empêche pas le pays d’avancer et de trouver des options différentes du narcotrafic pour se développer. »

Jusque-là, la Colombie a d’ailleurs bien résisté à la crise internationale. À quoi l’attribuez-vous?

J. D. R. : « Cette crise est en effet vécue différemment par l’Amérique latine. Contrairement aux pays développés d’Europe et d’Amérique du Nord, les pays latino-américains en développement n’ont pas vraiment été affectés et continuent de croître à des taux très importants. Le Pérou, l’Argentine, le Brésil et la Colombie sont dans ce cas. Ils ont en commun une demande interne très élevée, des produits vendus à de bons prix sur les marchés internationaux et une forte demande émanant surtout des pays d’Asie. Cela nous a beaucoup aidés. Malgré tout, le président de la République a convoqué entrepreneurs et syndicats pour travailler au suivi de la conjoncture et observer toute modification qui pourrait affecter l’économie, à commencer par l’emploi. »

Avec la crise durement vécue par l’Europe et les USA et après l’entrée dans l’Arc du Pacifique avec le Pérou, le Chili et le Mexique, la Colombie va-t-elle davantage se tourner vers l’Asie?

J. D. R. : « La stratégie de la Colombie vers le Pacifique est double. D’un côté, nous voulons augmenter les relations avec les pays de l’Arc du Pacifique afin de nous intégrer de manière longitudinale dans un grand marché qui puisse faire face au Pacifique. D’un autre côté, nous ouvrons de nouvelles ambassades et de nouveaux bureaux commerciaux en Asie. Nous cherchons à signer un traité de libre-échange avec la Corée et à établir une relation étroite avec le Japon. La Colombie explore également des pistes de collaboration avec l’Indonésie, Singapour… »