Entretien avec Patrick Le Vaillant, Directeur Général de Veolia Environnement Industries

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Déjà leader sur son marché, Veolia Environnement prend une longueur d’avance en globalisant ses services auprès du laboratoire pharmaceutique Bristol-Myers Squibb. Un contrat d’un nouveau genre qui annonce une tendance : celle de l’externalisation globale et centralisée.

Explications sur le nouveau modèle de contrat d’externalisation globale des services avec Patrick Le Vaillant, Directeur Général de Veolia Environnement Industries.

 

Commerce International : Le contrat signé avec BMS pour ses sites de production européens est largement mis en avant. En quoi est-il emblématique ?

 

Patrick Le Vaillant : « Il s’agit d’un contrat multitechniques et multiservices qui couvre un périmètre d’activités large en associant tous les métiers historiques de Veolia Environnement : la gestion de l’eau, la propreté, l’énergie et la gestion des transports, auxquels s’ajoute un certain nombre de services aux occupants (distribution de courrier, nettoyage etc.). C’est un contrat d’un nouveau genre en Europe, car c’est la première fois qu’un client nous sollicite pour l’externalisation globale de ces services et un reporting unique et centralisé pour l’ensemble de ses sites de production. Jusqu’à présent l’externalisation se faisait localement, site par site de production. Il s’agit d’un projet emblématique car il incarne les défis liés à la mondialisation industrielle qui incombent notamment aux acteurs d’Europe de l’ouest et des Etats-Unis, tous soumis à la contrainte de l’optimisation des coûts. Dans ce contexte économique et industriel globalisé, notre rôle est de les accompagner en leur apportant des solutions innovantes et performantes, capables de répondre à leurs impératifs économiques et environnementaux. De nombreux industriels devraient emboîter le pas à BMS. C’est déjà le cas dans le secteur de l’agroalimentaire où certains acteurs veulent harmoniser et globaliser leur démarche sur plusieurs sites pour optimiser leur gestion de l’eau. »

 

Va-t-on vers une nouvelle approche de l’externalisation ?

 

P. L. V. : « Absolument. L’harmonisation de nos méthodes suppose une nouvelle organisation, de nouvelles méthodes de travail pour avoir une nouvelle approche des problématiques posées. Jusqu’à présent, nous travaillions avec des organisations locales. Désormais, il nous faudra raisonner globalement avec des équipes transversales. »

 

En matière environnementale, Veolia Environnement a pris une avance significative, qu’il vous faut maintenir…

 

P. L. V. : « Le contexte actuel contraint les industriels à être davantage exigeant par rapport aux nouveaux enjeux environnementaux. Face à leurs attentes, nous devons être réactifs et pour cela placer l’innovation au cœur de notre développement. Le contrat avec BMS illustre notre capacité à nous adapter et à globaliser notre savoir-faire pour ainsi garantir des engagements environnementaux forts. »

 

Les acteurs industriels communiquent davantage sur leurs bonnes intentions. Qu’en est-il de leur pratique sur le terrain ?

 

P. L. V. : « Les enjeux planétaires de ce début de millénaire dépassent les impératifs économiques. Aujourd’hui, les acteurs industriels ont intégré ces nouvelles contraintes pour favoriser l’accès pour tous à une eau de qualité, économiser et recycler les matières premières, développer des énergies alternatives, prévenir les risques sanitaires et optimiser leur logistique. Leurs intentions se traduisent sur le terrain par des vrais projets. C’est le cas pour l’usine de Renault à Tanger. Le constructeur automobile voulait optimiser la gestion de l’eau. Nous avons donc mis en place un procédé de réutilisation des eaux usées. Sur le même site, Renault souhaitait également réduire la consommation énergétique de son site et développer des énergies alternatives afin de réduire très fortement ses émissions de CO2. Nous lui avons apporté une solution grâce au développement d’une chaufferie biomasse alimentée en partie par de l’eucalyptus à courte rotation et des noyaux d’olives. Ce sont des exemples parmi tant d’autres qui illustrent la volonté des acteurs industriels de réduire leur empreinte environnementale. Depuis quelques années, nous constatons que les industriels s’investissent de plus en plus dans la mise en place de solutions écologiques. À l’instar des gouvernements, ils veulent disposer d’un panel de solutions énergétiques pour optimiser leurs ressources et être ainsi moins dépendants. Aujourd’hui, la grande nouveauté réside dans les moyens financiers consacrés à ces questions. Désormais, des enveloppes budgétaires sont dédiées à ces projets et cela traduit une réelle évolution. »