EURO 2016 : quelles retombées pour l’économie française ?

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Des prévisions difficiles à établir

L’OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Economiques) a prévu que l’EURO impacte positivement l’économie française. Cependant, l’organisme reste prudent sur l’importance de cet impact. Il rappelle que les grands rendez-vous sportifs n’ont pas toujours eu l’effet escompté prenant l’exemple de le Coupe du Monde 1998, elle aussi organisée en France.

Selon l’OCDE, à l’époque, le Mondial n’avait pas contribué “de façon perceptible” à l’augmentation de la consommation des ménages. Il est très difficile d’estimer avec exactitude les retombées pour l’économie. Par exemple, avant la Coupe du Monde de rugby 2007, les prévisions de recettes directes s’élevaient à environ 4 milliards d’euros tout comme les projections sur les quatre années suivantes (4 milliards également).

Or, une étude réalisée post-compétition a révélé “un impact économique positif”, cependant “très localisé” (Toulouse et Marseille). Le rapport laisse transparaître une surestimation systématique des retombées économiques lors de ces grand événements. Alors quid de l’EURO 2016 ? D’après une étude provenant du CDES (Centre de Droit et d’Economie du Sport), sur laquelle s’est très largement appuyée l’OCDE dans son rapport, l’EURO devrait rapporté en tout, 1.2 milliard d’euros au pays, montant calculé hors construction et rénovation des stades, dont quatre ont été conçus spécialement pour accueillir la compétition (Lille, Bordeaux, Lyon, Nice). Près de 600 millions proviennent des spectateurs dans les stades, 200 millions des dépenses dans les fan zones et 480 millions des dépenses d’organisation. Cependant, ces estimations restent très incertaines, principalement à cause d’une part de la menace terroriste qui pèse sur la compétition, mais aussi à cause de la crise sociale que traverse le pays depuis plusieurs semaines.

Un climat tendu

Terrorisme, intempéries, grèves et manifestations, violences dans les stades, ce début d’année 2016 et plus particulièrement ce début de mois de juin aura pu dissuader certains touristes de se rendre en France.

Les attaques terroristes du 13 novembre dernier, mais aussi le meurtre d’un couple de policiers à Magnanville, dont l’auteur avait promis que la compétition organisée en France serait “un cimetière”, sont autant de raisons qui laissaient planer le doute sur la fréquentation de l’événement. S’ajoutant à cela les grèves et les manifestations depuis plusieurs semaines en opposition à la loi Travail.

Par ailleurs, le phénomène des hooligans, qu’on croyait éradiqué, a refait surface avec des affrontements entre supporters à Marseille par exemple, en marge du match Russie-Angleterre. Autant de facteurs qui laissaient perplexe quant à la bonne tenue de la compétition, censée promouvoir le savoir-faire français en terme d’organisation d’évènements mondiaux, en vue de l’organisation des Jeux Olympiques 2024, pour laquelle Paris s’est portée candidate.

A quelques jours de la fin de l’EURO, espérons que la compétition se déroulera sans mauvaise surprise.

Une compétition en demi-teinte

Avec 51 matchs contre 31 pour les autres éditions, cet EURO a fait apparaître un espoir pour les commerçants, les hôteliers et les restaurateurs des dix villes hôtes (Paris, Saint-Denis, Lens, Lille, Lyon, Saint-Etienne, Nice, Marseille, Toulouse et Bordeaux). Cependant, toutes ces villes ne bénéficient pas des mêmes retombées.

Dans la capitale par exemple, même si les cafetiers et les restaurateurs commencent à sentir un regain d’activité, ce n’est pas le cas pour les hôteliers. D’après Didier Chenet, président du groupement patronal GNI, le taux d’occupation des hôtels de la capitale est inférieur de 20 % à celui enregistré l’an dernier à la même période. En effet, les touristes ont eu peur de se loger à Paris et ont opté de passer la journée dans la capitale et la soirée dans la petite couronne. A titre d’exemple, les hôtels situés à Saint-Denis, ont été combles à la veille et le jour des matchs.

Par ailleurs, le revenu par chambre disponible (RevPAR) des établissements hôteliers a baissé à Paris de 24,4 % sur les trois premiers jours de la compétition par rapport à l’année passée, contrairement à la Province, où les hôteliers tricolores ont profité pleinement de la venue des supporters étrangers.

Selon le cabinet spécialisé MKG, le RevPAR est, cette année, en augmentation de 37,5 % en province pour les trois premiers jours de l’EURO, par rapport à juin 2015. Parmi les villes hôtes ayant le mieux tiré leur épingle du jeu, on retrouve Lens (+167 %), Lille (+145 %) et Toulouse (+119 %). Si le cabinet relève une baisse de 27,1 % pour la ville de Bordeaux, elle s’explique par un effet de base négatif avec le Salon Vinexpo organisé un an auparavant.

Avant le début de la compétition, la variation des gains entre l’EURO 2012 et le prévisionnel 2016 était de +40%. Reste à savoir si ces chiffres seront au rendez-vous afin d’aider le pays à traverser cette période difficile pour l’économie. Rendez-vous le 10 juillet pour avoir une réponse à cette interrogation.

 

commerce international, actu-cci.com.