« Européens et Japonais sont convaincus de l’intérêt d’un accord »

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Commerce International : Quels sont les premiers éléments et priorités qui ressortent des discussions au sujet du projet d’accord de libre-échange entre le Japon et l’Union européenne ?

Jean-Yves Le Gall : « Les discussions sont pour l’instant très prometteuses. Même si on peut imaginer certaines hésitations, c’est surtout l’enthousiasme qui prédomine. Il faut préciser que ce grand projet est avant tout une demande japonaise. Le pays souffre depuis de nombreuses années d’une désaffection vis-à-vis du continent européen. Sa situation économique s’est progressivement détériorée, tout comme son image. Et les conséquences de la terrible catastrophe de mars dernier n’ont bien sûr pas arrangé les choses. Le Japon est désormais animé d’une volonté de redorer son blason et de renouer les relations extérieures, avec l’Union européenne notamment. Nous sommes très réceptifs et heureux de cette démarche, mais avons précisé d’emblée que cette initiative devait représenter des avantages et des concessions dans les deux sens. L’expression “two ways street”, pour désigner ce nouveau pont entre le Japon et l’Union, revient fréquemment dans les débats, ce qui montre à quel point il est important que, de part et d’autre, le bénéfice tiré de cette relation s’accompagne inévitablement d’obligations. Le Japon l’a compris et semble prêt à jouer le jeu. Si, par le passé, les tentatives de rapprochement bilatéral pouvaient s’apparenter à un dialogue de sourds, le contact est aujourd’hui établi et constructif. Les patronats européens et japonais eux aussi sont convaincus de l’intérêt du projet en cours. Nul doute que le récent drame japonais et ses conséquences ont accentué cette envie de se tourner davantage vers les acteurs étrangers. »

 

L’accord conclu récemment entre l’Union européenne et la Corée du Sud incite-t-il le Japon à se montrer plus ouvert ?

J. -Y. L. G. : « Il ne fait aucun doute que cette poignée de main entre l’UE et la Corée titille quelque peu l’archipel nippon. En constatant que la situation devient plus avantageuse pour certains pays voisins qui forment des concurrents directs, le Japon se voit dans l’obligation de réagir. Cette pression exercée à son égard n’est pas négligeable. Pour se donner les meilleures chances de redresser son niveau de compétitivité et d’améliorer son économie, le pays doit suivre le mouvement global et ouvrir ses différentes filières aux opportunités extérieures. Le problème du Japon n’est pas son potentiel. Celui-ci est immense. Le savoir-faire nippon est inégalé à l’heure actuelle dans bien des domaines. C’est surtout le cadre d’affaires qui lui coûte cher et qui l’empêche d’évoluer comme il le pourrait. Comme le révèlent les premiers retours que nous avons et les discours de nombreux décideurs nippons, cet état d’esprit est enfin en train de changer et nous en sommes très heureux. Le prochain rendez-vous de notre table ronde se tiendra au printemps 2012. Ce sera l’occasion de faire un nouveau pas en avant et de continuer à peaufiner ces nouvelles ambitions bilatérales. »

 

La pérennité économique du pays à long terme dépend-elle en grande partie de cette ouverture à l’international ?

J. -Y. L. G. : « Oui. Le commerce et les relations extérieurs joueront un rôle déterminant dans l’avenir économique de l’archipel. Le Japon est aujourd’hui confronté à plusieurs écueils. C’est l’une des économies développées qui souffrent le plus du vieillissement démographique. Même s’il peut parfois être source d’opportunités, ce phénomène rend surtout les perspectives à long terme plus complexes. Par ailleurs, les deux dernières décennies se sont caractérisées par un ralentissement économique important. Les conséquences des crises financières relatives à l’explosion de la bulle Internet au début des années 2000, puis aux subprimes américains quelques années plus tard, ont été des coups de poignard dans un contexte déjà difficile. À cela s’ajoute l’émergence économique de la Chine, de l’Inde et la concurrence féroce d’autres voisins comme la Corée du Sud. À l’heure de la globalisation des échanges, le protectionnisme japonais est de plus en plus inadapté. La lourdeur des réglementations et de l’administration constitue un frein puissant à la croissance nationale. Le Japon prend conscience qu’il est impératif de sortir de l’isolement dans lequel il se trouve, c’est pourquoi il souhaite se rapprocher ainsi de l’Union européenne qui constitue un marché immense pour les produits locaux. Nous constatons à chaque dialogue l’intention du pays d’entrer dans une nouvelle ère, de s’adapter davantage aux autres nations, afin de ne pas se laisser distancer par les stratégies offensives de ses voisins asiatiques. »