France Export : Simplifier le service aux entreprises

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Un audit devra faire l’inventaire des mécanismes d’aide à l’export existants. Le but : clarifier le maquis actuel et redessiner le service aux entreprises, parce qu’il est urgent de démocratiser l’accès aux financements et à l’information. Conclusions rendues fin juin.

 

Actuellement, avoir la volonté d’exporter ne suffit pas. Vers qui se tourner ? Ce n’est pas simple ! Nicole Bricq, la Ministre du Commerce Extérieur, l’a bien compris puisque, dans sa lettre donnant le coup d’envoi à la mission d’évaluation des aides publiques à l’export ce mois de mars, elle qualifie le dispositif de “peu lisible”.

 

Un millefeuille d’outils trop important et d’une faible utilité

À quelle porte frapper ? Ubifrance, Oséo, la Coface ? Les chambres de commerce françaises à l’étranger ? L’Agence française pour les investissements internationaux (Afii) ? les ambassades, les services économiques ? ou les régions, avec les directions régionales des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi (Direccte) ? La liste des guichets d’aides à l’export est longue et touffue.

La difficulté réside aussi dans la nature hétéroclite du soutien. À un niveau national, régional ou local, les uns forment, les autres connectent, d’autres encore assurent ou financent. Les aides sont également logistiques ou humaines : c’est l’organisation des salons à l’étranger que propose Ubifrance, ou les emplois aidés de volontaires internationaux en entreprise (VIE), qui progresseront de 25% pour 2015.

 

De fait, l’éclatement des acteurs est tel que les entreprises ne s’y retrouvent pas. En février déjà, un sondage IFOP réalisé pour les Opérateurs spécialisés du commerce international (OSCI) avait sonné l’alarme. Les chefs d’entreprises jugent le système à 66% «plutôt pas ou pas du tout clair et compréhenssible» et à 61 % « plutôt pas ou pas du tout efficace». Seul un dirigeant sur cinq s’y déclare aidé à l’export, les autres se débrouillant seuls. « Ce sont les entreprises les plus expérimentées et les plus performantes à l’export qui font le plus appel aux dispositifs, par opposition aux primo-exportateurs et exportateurs irréguliers », analyse l’OSCI. Selon un rapport de la Cour des Comptes de 2011, seules 10 à 15 % des entreprises exportatrices ont bénéficié d’un soutien public , pour 2005-2009.

 

 

Il est donc urgent d’optimiser et de démocratiser ces aides. D’autant qu’exporter coûte cher et que le temps est long entre le premier contact et la première commande. L’enjeu est d’importance, car si l’objectif fixé par le gouvernement en matière de commerce extérieur (hors énergie) est le déficit zéro pour 2017, Nicole Bricq doit inverser la tendance. Gagner à l’export 20 à 25 milliards. Et donc, en plus des efforts ciblés, par exemple sur l’aéronautique et l’agro-alimentaire, ou du travail en cours sur la mise-en-place d’une « marque France », aller chercher les PME et les ETI (entreprises de taille intermédiaire), les convaincre de l’importance de l’international. Et afin d’augmenter leur nombre et leurs chiffres d’affaires sur les marchés du monde.

 

 

L’enjeu, redevenir une nation à l’export

L’idée, avec cet audit conduit par Alain Bentejac, co-président d’Artelia, et Jacques Desponts, ancien de BNP Paribas, accompagnés de nombreux chefs d’entreprises, est aussi de changer de logique. « L’objectif de cette mission est d’éviter que les effets de concurrence l’emportent sur les logiques de coordination, de mutualisation et de complementarityé » précise Nicole Bricq dans son verbatim de lancement de mission. Pour « permettre aux différents acteurs qui interviennent sur ce sujet de mieux travailler ensemble », explique t-on au cabinet ministériel.

Alors comment faire pour que les organismes n’agissent plus en ordre dispersé ?  Comment obtenir un jeu plus collectif ? On le sait, la future Banque Publique d’Investissement (BPI) devra regrouper les soutiens financiers actuellement distribués par Oséo et par la COFACE. Son premier chargé d’affaires export vient d’être installé en Pays de Loire pour faire du conseil et développer un «accompagnement personnalisé à l’international». Puisque la Ministre « mise aussi beaucoup sur la capacité des régions à détecter nos futurs champions à l’export dans les territoires ». À terme, 1000 ETI et PME devraient en profiter, avec un chargé d’affaires par région.

 

Au-delà, comment améliorer l’articulation entre le dispositif à l’étranger d’identification des marchés prometteurs, et l’amont en France, donc les secteurs ou filières professionnelles, et les régions ? Et surtout, comment mettre l’utilisateur, soit le dirigeant de PME ou d’ETI, au centre du tout ? L’idée de «guichet unique» pourra t-elle progresser encore ? Voilà les questions fondamentales auxquelles devra répondre cet audit, dont le rapport sera pris en compte dans le cadre du Comité interministériel de modernisation de l’action publique (CIMAP) début juillet.