G20 : accord à minima à Séoul

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Les pays les plus riches ne sont pas parvenus à éloigner le risque d’une « guerre des monnaies ».

Le sommet des chefs d’État et de gouvernement du G20 réunis à Séoul, en Corée du Sud, les 11 et 12 novembre dernier, a accouché d’une souris. Les principaux dirigeants de la planète n’ont tracé aucune piste concrète pour résorber les grands déséquilibres.
Le sommet n’a pas permis de régler l’épineux conflit sur la monnaie chinoise, qui fait craindre une guerre commerciale. Dans le communiqué final, les chefs d’État et de gouvernement ont tenté de donner l’impression d’unité qui prévalait il y a deux ans lors du premier sommet du G20, convoqué en pleine crise financière mondiale. Mais, concrètement, ils se contentent de confier au Fonds monétaire international (FMI) la coordi-nation d’un groupe de travail chargé d’élaborer pour le printemps 2011 une batterie d’indicateurs permettant d’évaluer la dangerosité des balances courantes.
Une fois adoptées, par les ministres des Finances, ces « lignes directrices », le FMI sera chargé d’attirer l’attention des pays sur les risques que font peser sur les autres le déficit ou l’excédent excessif de leur commerce extérieur. « Notre principal sujet a été la question des changes et des déséquilibres mondiaux (…). Il me semble que c’est déjà un succès que les Vingt acceptent de considérer que c’est un problème », a déclaré le président français, Nicolas Sarkozy, à l’issue du sommet qui marque le début de la présidence française du groupe pour un an. Pour protéger leurs produits et leurs emplois, les membres du G20 ont une fois de plus promis de ne recourir ni à des « dévaluations compétitives » de leur monnaie – dont le taux de change doit refléter les fondamentaux de leur économie –, ni au protectionnisme.
Pour les économistes, l’échec des États-Unis à rallier le soutien des autres pays sur le yuan souligne le déclin de l’influence américaine sur la scène internationale, notamment sur les questions économiques. Le président américain Barack Obama a
également essuyé un revers en échouant à conclure un accord de libre-échange avec la Corée du Sud.
La promesse de refuser « toute dévaluation compétitive » est une grosse déception pour Washington, qui accuse Pékin de maintenir le yuan à un niveau
artificiellement bas pour favoriser les exportations chinoises. En effet, une telle déclaration n’a qu’une portée mesurée, les États ne dévaluant leur devise que dans des situations extrêmes, comme une grave crise financière. Les États-Unis n’ont pas réussi à faire inclure dans le texte le terme de « sous-évaluation compétitive », qui aurait montré une prise de position plus ferme du G20 à l’égard de la politique monétaire chinoise.
La position des États-Unis à Séoul a été affaiblie par la décision de la Réserve fédérale d’injecter 600 milliards de dollars, soit 440 milliards d’euros de liquidités dans le but de relancer l’économie américaine, mesure qui tire le billet vert vers le bas. Le risque d’une guerre des monnaies persiste « complètement », a déclaré le ministre brésilien des Finances, Guido Mantega. Le contentieux sur le yuan menace également d’entraîner une résurgence du protectionnisme.