Gregory Selinger, Premier ministre du Manitoba: L’atout du Manitoba? « La diversité de sa population et son économie »

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Mieux promouvoir ses atouts économiques et naturels pour attirer les investisseurs, tel est aujourd’hui l’objectif principal de la province du Manitoba. Fraîchement élu Premier ministre, Greg Selinger se montre optimiste et affiche de grandes ambitions pour sa province.

 

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Gregory Selinger, 58 ans, est Premier ministre du Manitoba depuis le mois d’octobre. Il est par ailleurs chef du Nouveau parti démocratique (NPD) du Manitoba. Dans le gouvernement du précédent Premier ministre, Gary Doer, il a occupé le poste de ministre des Finances de la province (1999-2009).

 

Commerce International : Dans le contexte mondial actuel, chaque zone économique doit définir et promouvoir ses forces et ses aspects uniques. En tant que Premier ministre, comment décririez-vous les plus grandes forces économiques du Manitoba ?

 

Greg Selinger : « L’économie du Manitoba est très diversifiée avec un secteur relativement important de services et une base d’exportations très large. Ces facteurs et bien d’autres ont fait du Manitoba la province qui a connu la croissance économique la plus stable du pays au cours des dix dernières années. Le Manitoba se situe au centre du continent : l’endroit idéal pour les secteurs du transport ferroviaire et routier, et du trafic de fret aérien. Le développement de CentrePort Canada dépend de cet emplacement central. Notre secteur manufacturier, la principale industrie de la province, contribue à 12 % du PIB, avec une expertise de fabrication dans un certain nombre de secteurs clefs, notamment la biotechnologie, l’aérospatial, la transformation des aliments et la fabrication d’autobus. Le Manitoba a fait plusieurs investissements importants dans l’éducation post-secondaire. L’éducation abordable et de qualité est un élément clef de l’avantage économique du Manitoba. Avec des programmes de formation de qualité, on retrouve au Manitoba une main-d’œuvre bilingue qualifiée. Notre province offre de plus un coût de vie abordable. Il s’agit notamment des tarifs d’électricité parmi les plus abordables en Amérique du Nord et les coûts d’assurance-automobile parmi les plus faibles du Canada. Les coûts du logement urbain au Manitoba sont parmi les plus abordables par rapport aux autres grandes villes du pays. Hydro Manitoba, une société de la Couronne, est un acteur clef dans l’économie de la province. Nos ressources en eau peuvent fournir 98 % de nos besoins de puissance domestique hydroélectrique, ainsi que servir pour l’exportation.

 

En fait, nos exportations totales d’hydroélectricité devraient se situer à 5,5 milliards de dollars canadiens (3,93 Md d’euros) au cours des dix prochaines années et 20 milliards de dollars canadiens (14,2 Md d’euros) au cours des vingt prochaines années (2009-2029). En vue de faire croître l’économie, le Manitoba a investi 1,4 milliard de dollars (1 Md d’euros) dans les projets d’infrastructures, ce qui a eu pour résultat d’y créer 12 000 emplois directs et 10 000 emplois indirects. L’industrie de la biotechnologie du Manitoba connaît l’une des plus fortes croissances du pays. On y retrouve des établissements post-secondaires, des établissements de recherche novateurs et une gamme d’entreprises des sciences de la vie avec un accent particulier sur les dispositifs biomédicaux, les produits nutraceutiques, l’agro-pharmaceutique et la fabrication de bioproduits. La province appuie l’industrie des nouveaux médias numériques avec un crédit d’impôt pour les médias numériques interactifs. La province compte 230 entreprises de médias numériques dont le but est l’utilisation du contenu numérique interactif en vue de divertir, d’éduquer et d’informer. Ceci inclut les arts, la culture et la technologie, y compris le Web design, le contenu mobile, l’apprentissage en ligne, le divertissement et les jeux interactifs, le cinéma et l’animation. En plus, le Manitoba est reconnu comme un centre culturel important. L’ouverture du musée canadien des droits de la personne, en 2012, devrait attirer un nombre important de visiteurs internationaux. Nos grands festivals d’été comme Folklorama, le Winnipeg Folk Festival et Countryfest à Dauphin sont bien connus. Le Royal Winnipeg Ballet présente des tournées nationales et internationales. Le musée du Manitoba est la seule attraction touristique de la province et en Saskatchewan cité dans le guide Michelin. Le Winnipeg Art Gallery possède la plus grande collection au monde d’art inuit. L’artiste de la scène musicale Neil Young a grandi à Winnipeg et des fans viennent en pèlerinage voir sa maison d’enfance. Le Cercle Molière, avec son nouveau théâtre dont l’ouverture est prévue pour la saison 2010, et le Centre culturel franco-manitobain forment un noyau culturel au cœur du vieux Saint-Boniface. »

 

Centreport est une initiative d’envergure et porteuse d’avenir pour le Manitoba.Pouvez-vous expliquer l’importance stratégique de ce port intérieur ? Quel avantage présente-t-il sur le plan du commerce international ?

 

G. S. : « CentrePort Canada est une corporation sans capital-actions qui transformera environ 20 000 acre, soit près de 8 095 hectares de terrain autour de l’aéroport international Richardson en une plaque tournante pour la fabrication, la distribution et l’entreposage de marchandises en Amérique du Nord. Le développement s’appuie sur notre réseau bien établi d’infrastructures de transports aérien, ferroviaire, de camionnage et des routes maritimes. Soulignons également que la zone de CentrePort Canada sera la première et la seule zone franche au Canada. Actuellement, le Manitoba exporte environ 13 milliards de dollars (9,3 milliards d’euros) de biens et de services au niveau international, générant 124 000 emplois. Notre emplacement central, ainsi qu’un accès vers le nord-sud, l’est-ouest et aux voies navigables, ont toujours été considérés comme des avantages, faisant de notre territoire une plaque tournante pour le commerce des Prairies et nous accordant une réputation comme centre de transport et de distribution. Comme port intérieur, Winnipeg est idéalement relié aux routes commerciales importantes telles que la région Asie-Pacifique et le Mid-Continent Trade Corridor, qui s’étend du Mexique à Churchill. Le port de Churchill lui-même, situé dans le Nord du Manitoba, est déjà le seul port en eau profonde au centre du Canada et, avec CentrePort Canada, a l’avantage de fournir des itinéraires moins coûteux et plus rapides de l’Europe à travers l’Atlantique nord.

 

Le port intérieur du Manitoba, à Winnipeg, comprend un certain nombre d’actifs : l’aéroport international James A. Richardson est le seul aéroport ouvert 24 heures sur 24 sans restriction de la région des Prairies ; le Manitoba a le plus grand nombre de débarquements aériens dédiés au cargo au Canada ; il est au 3e rang derrière Toronto et Vancouver pour le tonnage de fret aérien ; il dispose de trois grands axes ferroviaires nord-américains avec le Canadien National (CN), le Chemin de fer canadien Pacifique (CFCP) et le Burlington Northern Santa Fe (BNSF) ; c’est le seul endroit où les voies pour les deux compagnies ferroviaires se réunissent entre le centre de l’Ontario et la côte Ouest ; on y trouve le siège social de plusieurs des plus grandes opérations de camionnage du Canada avec environ 430 entreprises situées dans la province ; l’industrie du camionnage du Manitoba vaut 1,2 milliard de dollars par an (860 millions d’euros) et est responsable de 33 000 emplois directs et indirects ; il est près d’un poste frontalier américain non-congestionné au sud de Winnipeg, à Emerson ; le Manitoba est la capitale de la fabrication d’autobus en Amérique du Nord. Nous sommes très optimistes dans le fait que CentrePort Canada contribuera au positionnement international du Manitoba par rapport à la fabrication, la distribution et l’entreposage de marchandises en Amérique du Nord. »

 

Comparativement à d’autres juridictions, le Manitoba s’est très bien sorti de la crise économique mondiale. Comment expliquez-vous cette performance ?

 

G. S. : « Je crois bien que le succès du Manitoba dépend de son secteur manufacturier diversifié, son investissement en infrastructures et sa main-d’œuvre qualifiée et productive. L’économie de cette province canadienne devrait se contracter de 0,2 % en 2009, la première baisse annuelle du PIB réel depuis 1991, mais la meilleure performance des provinces et loin devant le déclin national projeté de 2,4 %. Pour la quatrième année consécutive, l’économie du Manitoba est meilleure que la moyenne nationale. En 2010, l’économie devrait croître de 2,3 % dans la droite ligne des prévisions du Canada. Dans la seule province affichant 17 années successives de croissance de l’emploi, le marché du travail du Manitoba demeure parmi les plus stables du Canada. Son taux de chômage a augmenté de 4,2 % en 2008 à 5,2 % en 2009, mais cette année, on connaît une amélioration et elle se retrouve au 2e rang parmi les provinces, tandis que le taux du Canada est beaucoup plus élevé et a augmenté de 6,1 % en 2008 à 8,3 % en 2009. En raison du ralentissement économique, les ventes au détail se sont contractées de 1,6 % en novembre 2009 depuis le début de l’exercice, bien que les ventes se soient améliorées ces derniers mois. La performance du Manitoba a été meilleure que la contraction nationale de 3,9 % pendant la même période. Dans la province, la confiance des consommateurs s’est améliorée tout au long de l’année. Avec un marché de l’emploi stable, les revenus moyens ont augmenté de 3 % en octobre 2009 depuis le début de l’exercice, ce qui est supérieur à ceux du Canada à 1,6 %. Le ratio de service de la dette par rapport au revenu personnel disponible est de 6,4 %, en dessous des 8 % de la moyenne nationale. La reprise des mises en chantier est plus rapide qu’ailleurs et la vente d’immobiliers résidentiels est à la hausse. »

 

La population de la province est souvent citée comme l’un de vos plus grands atouts. Comment cette population diversifiée contribue-t-elle à la croissance économique du Manitoba ?

 

G. S. : « L’un des principaux atouts du Manitoba, c’est la diversité de sa population et son économie. Notre mosaïque culturelle riche inclut une communauté qui figure parmi les communautés autochtones les plus importantes et dynamiques au Canada, la plus grande communauté francophone à l’ouest du Québec et les immigrants venus des quatre coins du monde qui se sont installés au Manitoba. Les communautés culturelles du Manitoba ouvrent les portes à l’international, ce qui est essentiel à un marché pleinement intégré et coordonné aux activités internationales. Un bon exemple est le travail de la province avec le gouvernement du Canada et la communauté francophone locale. En tant que membre de la francophonie, le Canada fait partie d’un réseau de 56 États et gouvernements du monde entier qui utilisent le français comme langue commune. Ces réseaux sont utiles dans de nombreux domaines, y compris la promotion du commerce et des investissements. La population totale du Manitoba se chiffre à 1 226 000 (données d’octobre 2009). Selon le recensement de 2006, plus de 175 000 Manitobains, soit 15 % de la population de la province, se déclarent d’origine autochtone et 15 % de tous les autochtones du Canada vivent au Manitoba. Le Manitoba connaît unepopulation autochtone jeune, ce qui sera un avantage pour l’économie et vital pour le marché du travail. Pour ce qui est de la population francophone, environ 4 % de la population déclare avoir le français comme langue maternelle, et 10 % de la population est bilingue. Le Manitoba a accueilli plus de 11 200 nouveaux immigrants en 2008, en grande partie (71 %) en raison du succès de notre programme des candidats des provinces. Nous sommes engagés à augmenter ce nombre à 20 000 au cours des prochaines années, avec un objectif de recruter 7 % d’immigrants francophones. L’immigration – qui est une compétence partagée en vertu de la Constitution – a toujours joué un rôle important dans le développement économique de notre province et continuera d’être essentielle pour répondre à nos besoins en main-d’œuvre. Les nouveaux arrivants apportent de nombreuses compétences, ainsi qu’un désir d’investir ou de démarrer des petites ou moyennes entreprises. Ils enrichissent la culture de la province et contribuent aux connaissances qui favorisent notre commerce international. Une main-d’œuvre qualifiée contribue non seulement directement à notre prospérité économique, elle rend le Manitoba plus séduisant pour les entreprises étrangères qui cherchent à s’y installer et pour les étrangers qui cherchent à investir au Manitoba. »

 

 

Au cours des dernières années, le Manitoba s’est positionné comme une province valorisant le bilinguisme et le dynamisme de sa population francophone. Vous êtes vous-même bilingue et avez conservé le dossier de la francophonie comme Premier ministre. Votre gouvernement appuie des organismes comme l’ANIM et le CDEM pour le développement des échanges commerciaux et l’attraction de nouveaux investissements et immigrants en provenance de marchés francophones performants. Quelle est votre vision d’avenir sur le développement de cet atout bilingue pour le Manitoba ?

 

G. S. : « Je suis heureux d’avoir conservé la responsabilité des Affaires francophones de la province tout en étant Premier ministre, car je crois que notre communauté francophone contribue largement à l’économie et à la diversité de notre province. En plus, le bilinguisme au Manitoba est un de nos atouts dans notre positionnement international, car la force et l’expérience de notre population francophone nous permet de créer des liens avec les pays francophones en plus de nous fournir une main-d’œuvre bilingue productive et qualifiée. Pour valoriser le bilinguisme dans la province et le dynamisme de notre population, nous avons une politique des services en français de la province ; nous avons mis sur pied des centres de services bilingues dans nos régions désignées ; nous fournissons un appui financier à nos établissements clés tels que le collège universitaire de Saint-Boniface, l’hôpital de Saint-Boniface, les foyers de soins personnels à long terme, les services d’information et d’orientation communautaires le 233-ALLÔ de la Société franco-manitobaine (Sfm), les organisations culturelles et patrimoniales telles que le Cercle Molière, le centre culturel franco-manitobain et la Société historique de Saint-Boniface ; enfin, par l’entremise de la Sfm, nous appuyons financièrement l’accueil francophone pour fournir des services aux nouveaux arrivants francophones. Notre province appuie la communauté dans son désir « d’agrandir l’espace francophone » et nos meilleures stratégies sont d’investir dans le développement communautaire et de favoriser l’immigration francophone. Pour ce faire, nous travaillons en partenariat avec la communauté francophone, représentée par des organisations clés comme la Société franco-manitobaine, l’ANIM et le CDEM. Nous appuyons l’ANIM financièrement pour son travail de promotion des échanges commerciaux avec la France et la Belgique, ainsi qu’avec le Québec. L’ANIM assiste les entrepreneurs en leur offrant des services d’information, d’orientation et de planification pour faciliter le démarrage de leurs entreprises au Manitoba. L’ANIM aide à ouvrir aux entrepreneurs manitobains les marchés dans les pays francophones. De plus, notre gouvernement appuie le CDEM, dont nous venons de renouveler le financement sur trois ans en partenariat avec le gouvernement fédéral. Le CDEM travaille auprès des 17 municipalités bilingues du Manitoba pour soutenir la diversification rurale, promouvoir les projets verts, encourager les projets d’entrepreneuriat chez les jeunes pour aider à les retenir dans la province et fournir des services de consultation et de développement des exportations destinés aux nouveaux Canadiens. »

 

Votre gouvernement a mandaté l’ANIM pour organiser en 2010 la première édition du forum mondial de la PME, Centrallia, s’inspirant de la formule de Futurallia. Quelle importance stratégique Centrallia représente-t-il à vos yeux pour le Manitoba ? Et comment voyez-vous le rôle de l’ANIM, après Centrallia, au cours des prochaines années?

 

G. S. : « La province investit plus de 1,4 million de dollars (1 million d’euros) pour appuyer Centrallia 2010, un projet international du type forum des affaires organisé par l’ANIM, qui se tiendra à Winnipeg, du 20 au 22 octobre 2010. En tant que principal événement d’affaires pour les Retrouvailles Manitoba 2010, Centrallia créera des opportunités de rencontres professionnelles, des alliances commerciales, des débouchés commerciaux et des occasions d’investissements. C’est l’occasion pour notre province de mettre en valeur ce que nous avons à offrir à plus de 500 dirigeants d’entreprises de partout dans le monde. Le gouvernement du Manitoba a désigné l’ANIM comme le pendant francophone du Manitoba Trade et prévoit qu’au-delà de Centrallia 2010, l’ANIM continuera à attirer les investissements étrangers au Manitoba, à faciliter les échanges commerciaux entre les entreprises au Manitoba et dans les principaux centres économiques francophones du monde et attirer une immigration d’affaires francophone au Manitoba. Dans les exercices financiers 2008-2009 et 2009-2010, Manitoba Trade a également fourni du financement de projets spécifiques de soutien à des missions commerciales réciproques entre le Manitoba et le Québec. Depuis 2007, l’ANIM a aidé 110 francophones à obtenir leur résidence permanente. Sept entreprises, incluant 5 fermes, un restaurant, ainsi qu’une entreprise spécialisée en construction et rénovations, ont été créées ou achetées par ces clients de l’ANIM. Au total, ces immigrants ont généré plus de 8 millions de dollars (5,7 millions d’euros) en retombées directes pour la province, notamment par l’achat de maisons et l’entrepreneuriat. En 2010, l’ANIM prévoit d’accueillir près de 80 immigrants. Nous allons continuer à l’avenir à travailler avec l’ANIM et le CDEM pour nous assurer que nos investisseurs et nos entrepreneurs francophones d’ici et de provenance d’autres pays francophones aient l’appui nécessaire pour contribuer à l’économie du Manitoba. L’économie de notre province se maintiendra grâce à nos partenariats solides avec ces organisations communautaires de développement économique. Je crois bien que nos efforts communs seront récompensés. »