Intégration ouest-africaine: retour sur Africallia 2012

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Les 23 et 24 janvier 2012, plus de 400 entreprises avaient fait le déplacement dans la capitale burkinabè pour la seconde édition d’Africallia, le forum du développement en Afrique. Dix-neuf pays étaient représentés: des entreprises originaires de la sous-région ouest-africaine, mais également des délégations venues de France, des États-Unis, de la Chine, du Maghreb ou encore de Turquie. Pendant deux jours, près de 5000 rencontres BtoB ont eu lieu dans le cadre de cette manifestation pilotée par la Chambre de commerce du Burkina Faso. À la tribune, Luc Adolphe Tiao, Premier ministre burkinabè, a rappelé les raisons qui motivent le forum: « En créant Africallia, le Burkina Faso voulait mettre en place une plate-forme d’échanges et de partenariat entre des entrepreneurs et des chefs d’entreprises venus de la sous-région et d’Europe ». Pour Ouagadougou, ces partenariats d’affaires entre Africains et Européens sont nécessaires pour stimuler les échanges commerciaux entre pays voisins.

Car, au regard des statistiques officielles, le commerce interafricain demeure infime. Selon les chiffres de la Commission économique pour l’Afrique (CEA), les échanges représentent 11% du commerce en Afrique. Mais ils augmentent à une vitesse exponentielle, avec des progressions annuelles de plus de 20% constatées lors de la décennie passée. Pour les observateurs, le développement du commerce entre pays africains est un important levier de croissance. Les gouvernements en ont fait une de leurs priorités et tentent d’attirer les investisseurs étrangers afin d’accélérer ce processus. Car, bien que mise en place dans les textes à travers l’Union monétaire et économique ouest-africaine et la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, l’intégration économique est encore freinée par le déficit d’infrastructures et le manque d’organisation du secteur privé.

« Les échanges entre pays africains existent depuis des millénaires! », fait remarquer Philippe Duquesnois, chargé de mission au sein de l’association ERAI (Entreprises Rhône-Alpes international) au Burkina Faso, avant de concéder que « le gros des affaires se fait de manière informelle ». Afin de rendre plus formel le commerce au Burkina Faso, ERAI et la région Rhône-Alpes ont participé à la création, en 2007, d’un Centre de formalités des entreprises à Bobo Dioulasso, la deuxième ville du pays. Ce guichet unique simplifie considérablement les démarches liées à la création et à la reprise d’entreprises et incite les entrepreneurs burkinabè à s’inscrire au registre du commerce.

Des mauvaises habitudes commerciales, il en est également question aux frontières. « L’union douanière existe dans les textes, mais la réalité est tout autre. Il existe des situations de monopole qui bloquent la libre circulation des biens », explique Philippe Duquesnois. Mais pour le chargé de mission, il ne fait aucun doute que « l’intégration économique de la région est sur la bonne voie. Il faudra encore attendre quelques années pour qu’elle soit effective ». Pour intensifier les échanges régionaux, de grands chantiers éclosent un peu partout en Afrique de l’Ouest. « Routes, ports, lignes ferroviaires et aéroports doivent être mis à niveau, constate Bruno Masurel, responsable du développement international en Afrique à la CCI de Lyon. Dans le BTP, les entreprises européennes ont leur carte à jouer, même si les Chinois sont déjà bien implantés.

Le gros problème reste la maintenance. Cela soulève des problèmes économiques, car l’entretien coûte cher et il faut aussi une stabilité politique. » Les entrepreneurs implantés au Burkina en ont fait l’expérience durant le conflit en Côte d’Ivoire, leur porte d’accès à la façade maritime. « La liaison ferroviaire Abidjan-Ouagadougou n’a pas été totalement coupée, mais les problèmes d’insécurité ont incité les chefs d’entreprise à préférer les camions plutôt que les trains, pourtant moins chers », explique Philippe Duquesnois. Ce dernier a participé au forum en janvier. Il en est revenu avec un avis mitigé. « Pour les entreprises étrangères, c’est une bonne chose. Cela permet de voir le marché, de prendre des contacts. Après, c’est plus dur, il n’y a pas toujours de suivi. Et dans la région, on vous rappelle souvent en différé, quand bien même ce serait urgent! »