Israël-Allemagne: une relation d’affaires à part

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Un parcours sur mesure pour une relation d’affaires hors du commun. Voilà ce qu’inspire la lecture du CV de Grisha Alroi-Arloser, 54 ans, qui dirige depuis trois ans la Chambre de commerce et d’industrie israélo-allemande (AHK). Né en Sibérie, élevé en Allemagne, ce diplômé de sciences humaines et de gestion des entreprises a immigré en Israël à la fin des années soixante-dix avant d’occuper, entre autres fonctions, le poste de directeur de l’association économique germano-israélienne à Munich, c’est-à-dire l’organisation sœur de celle qu’il pilote actuellement. Il est vrai que les deux pays entretiennent des liens économiques étroits. « Les relations commerciales entre l’Allemagne et Israël sont antérieures aux relations diplomatiques, établies en 1965 », souligne Grisha Alroi Arloser depuis son bureau de Tel-Aviv. Ces liens résultent en effet des accords de Luxembourg signés en 1952 et fixant les réparations dues par l’Allemagne à Israël et au peuple juif pour les horreurs commises par le régime nazi.

6 000 entreprises allemandes en relation commerciale avec Israël

La suite est connue. Depuis 1960, le flux commercial entre les deux pays qui s’élevait alors à 100 millions de dollars (70,2 millions d’euros), s’est accru à un rythme annuel de 9 % pour atteindre 6 milliards de dollars (4,2 milliards d’euros) en 2008. L’Allemagne s’est longtemps classée au rang de deuxième fournisseur d’Israël, derrière les États-Unis, avant d’être reléguée au troisième rang, il y a deux ans, par la Chine. De son côté, Israël n’est que le 45e client de l’Allemagne sur le plan mondial, mais se classe au deuxième rang des 22 pays de la zone moyen-orientale. « Au total, 6 000 entreprises allemandes ont une relation commerciale avec Israël, observe G. Alroi Arloser. Les groupes américains s’étaient implantés en Israël dès les années soixante-dix. Mais au moment des accords d’Oslo (1993), les entreprises allemandes ont compris l’enjeu stratégique d’une présence dans le pays ». Pourquoi la greffe a-t-elle pris ? « Les deux pays sont très complémentaires : les Israéliens sont à la fois entreprenants, innovants et impatients ; tandis que les Allemands, réputés perfectionnistes et intransigeants, se sont montrés prêts à faire des compromis », explique le patron de l’AHK. Résultat : coopération et veille technologique se situent au cœur de la coopération bilatérale. Témoin, l’organisation en décembre dernier à Berlin de la première journée de l’innovation israélienne. Pour sa part, l’ancien PDG de SAP, Hasso Plattner, n’a pas hésité à lancer un fonds d’investissement (HPV) dans les secteurs du high-tech et des technologies propres.

Une collaboration étroite dans les biotechnologies

Dans les biotechnologies, les deux pays ont créé en avril 2009 un comité pour les sciences de la vie, rassemblant 150 membres, dans le but d’associer la filière israélienne au bio cluster allemand de Heidelberg : forte de 60 biotech, la région a noué des liens solides avec les géants pharmaceutiques du marché du diagnostic Merck Serono, Abottt et Roche, tous trois établis en Israël… L’AHK a également pour ambition d’implanter des spécialistes allemands de la biofabrication au sein de l’incubateur israélien BioNegev. Dans le domaine des batteries rechargeables, cinq entités allemandes participent au consortium EasyBat mené par Israël avec Better Place et Ernst & Young, aux côtés de Renault, un projet du 7e programme-cadre pour la recherche et le développement de l’Union européenne, auquel Israël participe depuis 1996 (1). Et cela bien que les constructeurs automobiles allemands aient accueilli avec le plus grand scepticisme le standard de voiture électrique, poussé par le tandem Renault-Nissan et l’homme d’affaires israélien Shai Agassi…

(1) Israël est le seul pays hors d’Europe à bénéficier du statut d’associé au sein du PCRD.