Japon-Pérou: le libre-échange pour contrer la concurrence

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Le ministre péruvien des Affaires Etrangères, José Antonio García Belaúnde, et son homologue japonais, Hirofumi Nakasone, à Tokyo en 2009, avec la ministre du Commerce Extérieur et du Tourisme, Mercedes Aráoz, au centre /DR
Le Pérou représente un marché important pour le Japon notamment sur le secteur de l’automobile et des ressources minières et naturelles. L’archipel nippon entend passer à la vitesse supérieure, alors que la Chine et la Corée du Sud sont passées à l’offensive à grand renfort d’accords.

 

Il aura fallu six rounds de négociation entre le Japon et le Pérou pour aboutir à un traité de libre-échange. Officiellement signé fin mai à Tokyo, cet « accord d’association économique bilatéral » prévoit la suppression, d’ici dix ans, de 99 % des taxes sur les produits échangés entre les deux pays. « Nous espérons qu’il pourra être appliqué avant la fin de l’année », confie Katsuhito Miura, chef du département de coopération économique et premier secrétaire de l’Ambassade du Japon à Lima.

Le traité entrera en vigueur une fois que le Congrès japonais aura donné son feu vert. Cependant, cette ultime ratification, qui ne devait être qu’une simple formalité, prend plus de temps que prévu. « Après le tremblement de terre et le tsunami qui ont ravagé une partie de notre territoire en mars, le Congrès a été très sollicité et a dû privilégier la reconstruction », indique Katsuhito Miura, qui ne cache pas la volonté des autorités japonaises installées au Pérou d’accélérer le processus. « Nous avons fait part aux congressistes de l’importance que pourrait avoir ce traité dans la relance de notre économie », poursuit le diplomate, convaincu que si le Pérou n’est aujourd’hui qu’un petit partenaire (7e destination des exportations japonaises en Amérique latine), « il demeure un marché avec un grand potentiel. »

Avec un taux de croissance élevé (8,8% en 2010), l’économie péruvienne est aujourd’hui l’une des plus stables et prospères du continent latino-américain. Conséquences directes de ce dynamisme, les exportations japonaises à destination du Pérou ont bondi de 73% entre 2009 et 2010(1), grâce notamment à l’explosion des ventes de voitures particulières (+90%). L’année dernière, les trois quarts des exportations japonaises en territoire andin relevaient du secteur automobile. Un marché dominé par la marque nippone Toyota, qui concentre 22% des ventes de véhicules neufs, tandis que Nissan, autre constructeur japonais, arrive en troisième position. Cette hégémonie pourrait toutefois être remise en cause par le succès croissant des marques chinoises ou sud-coréennes (Kia, Hyundai), qui seront bientôt dédouanées.

En effet, le Pérou a récemment signé un accord de libre-échange avec ces deux pays. La pression de la concurrence aurait-elle poussé les Japonais à négocier à leur tour un traité commercial avec le Pérou? « Le traité avec la Chine est entré en vigueur en 2010; celui avec la Corée du Sud est appliqué depuis le 1er août 2011. Nous ne pouvions pas rester à l’écart », reconnaît Katsuhito Miura. Peu adeptes des traités de libre-échange, les Japonais ont de fait négocié un accord similaire à celui établi entre le Pérou et la Corée, qui permettra aux véhicules nippons d’entrer sur le territoire péruvien sans taxe douanière. Pour les constructeurs japonais, il est donc d’importance vitale que l’accord soit validé le plus vite possible. De son côté, le Japon s’engage à supprimer progressivement les droits de douane sur le zinc, le cuivre, les vêtements ou encore les calamars et asperges. Déjà troisièmes plus grands fournisseurs de zinc et de cuivre au Japon, les Péruviens devraient donc voir leurs exportations augmenter une fois l’accord appliqué.

Aujourd’hui, la relation commerciale entre les deux pays bénéficie au Pérou. En 2010, le pays a exporté 2,3 milliards de dollars (1,6 milliard d’euros) vers le Japon, contre 1,06 milliard de dollars(2) (740 millions d’euros) en importations. « Le Pérou est un pays minier, riche en ressources naturelles et en produits agricoles qui représentent un grand intérêt pour nous », peut encore souligner Katsuhito Miura. Le pays andin espère profiter du traité de libre-échange pour gagner des parts de marché sur ses voisins latino-américains et séduire les entrepreneurs. En 2010, les investissements japonais au Pérou s’élevaient à 217 millions de dollars (151,11 millions d’euros), soit un montant supérieur de 16 % par rapport à celui de 2009, et ils n’ont cessé d’augmenter depuis 2006 avec le retour d’Alan Garcia au pouvoir. Au cours de son second mandat qui a pris fin le 28 juillet 2011, le président de la République péruvienne avait ainsi tout mis en œuvre pour renforcer les liens existant entre son pays et le reste de la zone Pacifique. Alan Garcia s’était rendu à trois reprises au Japon afin de renouer les relations qui s’étaient tendues au cours des années précédentes, autour de la situation de son prédécesseur Alberto Fujimori.

En effet, l’ex-président péruvien, fils d’émigrants japonais, avait semé la zizanie en venant s’installer à Tokyo, fin 2000, faisant usage de sa double nationalité, alors qu’il était mis en cause par la justice péruvienne dans des affaires de corruption. Le Japon s’était opposé à plusieurs demandes d’extradition, provoquant alors l’indignation des autorités péruviennes. Les tensions ont persisté jusqu’à ce qu’Alberto Fujimori quitte le Japon en 2005 pour rejoindre le Chili, qui décida de l’extrader. Cette page enfin tournée, les deux pays se concentrent désormais sur l’amitié qui les unit. « Le Pérou est le premier État d’Amérique latine à avoir établi des relations diplomatiques avec le Japon en 1873 », se souvient Katsuhito Miura, tout en rappelant qu’il y a 112 ans, arrivaient les premiers migrants japonais en terre péruvienne. Des liens historiques qui, aux dires du diplomate japonais, « font du Pérou un pays essentiel et stratégique dans la politique extérieure du Japon en Amérique latine. »

(1) Source: Douanes du Japon

(2) Source: JETRO Pérou