Jérôme Kerviel poursuit la Société Générale pour licenciement abusif devant les prud’hommes

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4,9 milliards d’euros : c’est la somme que réclame Jérome Kerviel à la société Générale en titre de dédommagement suite à son licenciement qu’il considère, par la voie de son avocat David Koubbi, comme abusif. C’est en tout cas sa ligne de défense comme départ d’une nouvelle stratégie, celle d’un homme acculé depuis 2008 dans une affaire qui semblait le dépasser.

 

La somme de 4,9 milliards correspond à celle qu’il aura été condamné à verser en 2010, en plus d’une peine de 5 ans de prison dont 3 fermes. Depuis, l’homme se démène pour faire entendre son innocence dans ce qu’il décrit comme une opération qui viserait à le désigner « comme un escroc et à lui faire porter l’entière responsabilité d’agissements répandus au sein de son entreprise ». Plus simplement : il accuse la Société Générale d’avoir été parfaitement au courant de ses agissements, et d’en avoir été que l’instrument d’un système, là où ses anciens employeurs lui font porter l’entière responsabilité de la perte de 4,9 milliards d’euros en 2008.

« Je suis accusé d’avoir fait perdre cinq milliards d’euros à la Société générale, mais il n’y a aucune preuve dans le dossier pénal, affirme Kerviel devant le tribunal des prud’hommes, «  Je sais qu’il n’y a eu aucune perte, il n’y a jamais eu de perte de cinq milliards d’euros à la Société générale. J’espère obtenir une expertise, parce qu’il n’y a eu aucune expertise dans ce dossier depuis le début ».

Un soutien de poids est venu lui donner un coup de main : il s’agit de Jean-Luc Mélenchon. Il faut dire que peu l’attendaient sur ce terrain, mais l’homme s’en explique sur son blog : « Je défends Jérôme Kerviel parce que je le crois innocent », et sera présent pour la conférence de presse ce jeudi. L’ancien candidat à la présidentielle de 2012 ne mâche pas ses mots : « c’est une affaire qui est très politique (…) la configuration de cette affaire est une véritable caricature, où on voit une banque mettre en cause un personnage isolé (…) et enfin faire condamner quelqu’un comme un pion, avec une amende qu’il est impossible de rembourser. 4,9 milliards d’euros : personne n’est capable de rembourser cela ».

Autre appui, Roland Agret, président de l’association « Action Justice » qui, lui, affirme « qu’il n’y a aucune preuve que la plainte de la Société Générale est justifiée », et que les éléments de preuves constitués par la Société Générale, validées par le parquet et qui feront condamner Kerviel, n’ont jamais été soumises à une contre-expertise par le Tribunal Correctionnel.

Autre fait troublant : la déduction fiscale de 1,7 milliards d’euros accordée en 2008 par Christine Lagarde, à l’époque Ministre des finances, à la Société Générale et suite à l’affaire Kerviel. Somme qui aurait été reversée « aux actionnaires la même année, sous forme de dividendes et de rachats d’actions », selon une enquête de Mediapart.

« Je suis déçu et dégouté », a t-il affirmé à la sortie de l’audience suite au rejet de demande d’expertise par le conseil des prud’hommes, formulée par Jerome Kerviel. La prochaine audience de jugement est fixée  au 24 mai 2014.