La 9e conférence ministérielle de l’OMC à Bali : la rencontre de la dernière chance ?

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« C’est maintenant ou jamais », a lancé le directeur général de l’OMC, le Brésilien Roberto Azêvedo à à Bali, pour l’ouverture de la conférence ministérielle, organe suprême qui se réunit tous les deux ans au moins pour prendre des décisions sur toutes les questions relevant de tout accord commercial multilatéral.

Cette rencontre pourrait sonner le chant du cygne de l’OMC, qui n’a pas fait preuve d’une efficacité éblouissante depuis sa création en 1995.  Ayant pour cœur de métier l’ouverture commerciale, avec un budget annuel, stable depuis quelques années, consolidé à 197 millions de francs suisses pour 2013, ses actions n’ont jusqu’à là pas vraiment fait ses preuves.

Les dons chinois, australiens et du Liechtenstein

125 ministres du commerce, 3000 délégués au Centre des congrès Nusa Dua de Bali,  la 9e conférence ministérielle s’est ouverte, le 3 décembre 2013, sur des propos pleins d’espoirs. « Je pense que nous sommes vraiment près de la ligne d’arrivée », a déclaré le ministre indonésien du Commerce, Gita Wirjawan, président de la réunion ministérielle et du G33, le groupe des pays en développement.

La première journée a vu émaner des dons de différents pays :  200,000 $ par le Taipei chinois et 40,000 francs suisses (CHF) du Liechtenstein pour aider les pays en développement à participer au Cycle de Doha,  400,000$ de la Chine pour faciliter l’accession à l’OMC des pays les moins avancés, 540,000 dollars australiens (AS) de l’Australie pour des programmes en faveur des pays en développement.

Ping-pong entre l’Inde et les Etats-Unis

Aux alentours de neuf heures mercredi 4 décembre au matin, les affrontements ont éclaté entre les Etats-Unis et l’Inde. « Après deux décennies de frustration collective, un accord est juste devant nous, et il est à portée de main », signale le ministre du commerce américain Michael Froman, lors de la première plénière de la Ministérielle de l’OMC à Bali.

Pourtant l’Inde, à la tête des 46 pays du G33, reste ferme. New Dehli a durcit ses exigences en matière de subventions agricoles. Pour rappel, ce champion des pays pauvres entend poursuivre un programme national de distribution de nourriture bon marché aux deux tiers de sa population, soit environ 800 millions d’individus. Ce faisant, il prévoit de payer ses agriculteurs au prix fort afin de stimuler leur production, tout en maintenant artificiellement le prix de ces denrées ensuite écoulées à des niveaux artificiellement bas. Ce qui se heurte aux restrictions (plafond de 10%) imposées par l’OMC en la matière. Bilan: ces préoccupations dites de sécurité alimentaire ont été propulsées à l’avant-scène des discussions à Bali.

A cet appel des Etats-Unis pour plus de flexibilité en vue d’un compromis malgré les impératifs de politique domestique, l’Inde a maintenu sa position. Et de manière relativement musclée. «Nous ne pouvons pas accepter, en tant que tel, le paquet de mesures en discussion à Bali», rétorque le ministre indien du Commerce, Anand Sharma. Ce dernier, qui n’envisage pas autre chose qu’un moratoire perpétuel à son programme de subventions agricoles illégales selon les normes de l’OMC, tente – vainement, semble-t-il –, de rallier un maximum de pays les moins avancés (PMA) à sa cause.

Le Yemen, 160e membre de l’OMC après ratification du parlement

Pour le journal Libération, l’OMC joue sa survie dans cette rencontre, tandis que La France agricole reprend les termes du président de l’organisation en titrant « Une chance d’accord à Bali » et Media Part explique pourquoi il faut en finir avec l’OMC aujourd’hui.

« Nous ne devons pas oublier l’importance qu’un résultat tangible à Bali aurait sur notre foi dans le système multilatéral. Si les négociations échouent, ce sont nous tous qui échouons », a déclaré le ministre indonésien du Commerce, Gita Wirjawan.

Mais l’organisation qui se voulait gendarme du commerce international n’a pas joué sa dernière carte. A 11h ce mercredi, le Yemen dont l’adhésion à l’OMC a été enfin approuvée après 13 ans de négociations n’attend plus que la ratification de son Parlement pour devenir le 160e pays membre. Et sur l’île de l’Océan indien aujourd’hui, le programme continue avec un cycle de conférences qui se termine vendredi 6 décembre au soir à l’OMC, dans le but unique de trouver des accords commerciaux entre les pays.