La bière philosophale

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Tout commence en 1972 lorsque quelques férus d’histoire fondent l’Association du groupement archéologique de Stenay. Cette association voit son activité se diversifier un peu au hasard des dons : lors de la fermeture, en 1979, des Grandes Brasseries Ardennaises, elle collecte notamment de nombreux objets. Les collections s’enrichissent tellement que l’association fonde en 1981 un musée des arts et traditions populaires de Stenay. Là encore, le contenu évolue au fil des dons et c’est le 26 avril 1986 qu’est officiellement inauguré le Musée européen de la bière de Stenay, premier musée de la bière à ouvrir en France. Cette fois-ci, la municipalité participe au projet: le bâtiment de 2 500 m2 dans lequel est désormais installé le musée, appelé communément la « malterie », n’est autre que l’ancien magasin à vivres de la Citadelle de Stenay, qui appartient à la commune.

 

Bâtisse massive édifiée entre 1609 et 1615, elle reprend les normes de l’architecture militaire de l’époque. Visitée par Vauban en 1697, elle subit plusieurs modifications avant d’être quelque peu abandonnée jusque vers la fin du XIXe siècle. En 1879, le bâtiment est repris par une société stenaisienne qui le transforme en malterie ; un étage supplémentaire de greniers, une trémie de chargement et deux tourailles pointues aux extrémités sont alors rajoutées. Le prestige historique du bâtiment contribue à la renommée du musée, qui dépasse rapidement les frontières du département. Aujourd’hui, il possède une collection unique en Europe de 240 500 pièces divisées en six grandes familles : matériel de brasserie (comptoirs, tireuses, bouteilles, capsules…), matériel publicitaire (affiches, vidéos…), matériel de service (plateaux, verres, chopines, sous-verres…), matériel de transport, mémoire ouvrière et industrielle et activités annexes (tonnellerie, verrerie…).

 

Au-delà de la bière en tant que simple produit de consommation, le musée s’est donc élargi aux arts et traditions brassicoles et à la mémoire industrielle et ouvrière. Les dix premières années sont florissantes, puis le nombre de visiteurs diminue à partir de 1996. Menacé de fermeture, le musée, par la voix de l’association, lance en 2002 un appel à l’aide aux collectivités locales. Celles-ci répondent favorablement et le musée obtient cette année-là l’appellation Musée de France par le ministère de la Culture, fait unique pour un musée dédié à la bière. Le classement permet de protéger les collections et une équipe est mise en place pour les transférer vers le département de la Meuse. Quatre années de travaux sont nécessaires (de 2004 à 2008) pour créer un nouveau musée. Celui-ci est inauguré mi-2008 avec notamment un nouveau parcours muséographique qui permet de découvrir l’évolution des techniques de fabrication.

 

« Nous avons accueilli 17 240 visiteurs l’année dernière, soit une augmentation de 37 % depuis 2007, ce qui fait de ce musée le plus fréquenté du département, rappelle Franck Mourot, attaché de conservation à la Conservation départementale des musées de la Meuse. C’est quand même un joli score pour une structure qui emploie six personnes et dont le budget annuel est de 100 000 euros (hors masse salariale). Les bénéfices générés par la billetterie couvrent actuellement la moitié de ces charges. Pour continuer à nous développer, nous espérons séduire de plus en plus d’entreprises non seulement pour organiser des événements, mais aussi pour leur proposer des partenariats et du mécénat. » La scénographie, moderne, utilise les nouvelles technologies: bornes interactives, ambiances sonores et olfactives, reconstitutions… Les visiteurs venant de divers pays européens, les panneaux sont en quatre langues (français, anglais, allemand et néerlandais), d’où l’appellation Musée Européen.

 

Depuis septembre 2011, le musée est aussi labellisé Tourisme Handicap : le bâtiment est en effet accessible aux personnes à mobilité réduite, les textes sont traduits en braille, des images en relief sont disponibles, les vidéos sont sous-titrées et en langage des signes. Pour les handicapés mentaux, des animations spécifiques sont organisées par des travailleurs handicapés en partenariat avec le Centre social des Islettes et de Stenay. Au rez-de-chaussée, les visiteurs découvrent d’abord une salle d’introduction à l’histoire de Stenay, du bâtiment et de l’association. Au premier étage, la visite se poursuit avec la présentation des matières premières (eau, malt d’orge, grains crus non maltés, épices, houblon…) que l’on appréhende en utilisant les cinq sens.

 

La suite de la visite est un parcours chronologique de plusieurs millénaires qui permet de découvrir l’histoire des techniques de fabrication, des plus rudimentaires (en Mésopotamie pendant l’Antiquité) aux plus évoluées (en Europe pendant la période industrielle). L’histoire de la brasserie industrielle se poursuit au deuxième étage qui comporte aussi une partie dédiée à la publicité. La visite se termine au rez-de-chaussée dans une brasserie reconstituée qui donne une vision intéressante de la consommation de bière sous un angle sociologique. Toutefois, une visite du Musée de la bière de Stenay ne serait pas complète si à la théorie ne venait s’ajouter la pratique. Les visiteurs sont donc nombreux à s’asseoir dans la taverne du musée pour y déguster quelques spécialités culinaires locales et bien sûr des bières de la région (près d’une centaine !).

 

La boutique du musée propose pour sa part des bouteilles, des coffrets cadeaux, des cartes postales, des tee-shirts, des livres, guides touristiques, verres, sous-verres et autres objets dérivés. Pour apprécier encore plus chez soi les bières achetées au musée, il est aussi possible d’acheter des produits du terroir : daubes, fromages, saucissons, rillettes, confitures, confiseries, bretzels… Enfin, le musée dispose de plusieurs salles de réunion pour accueillir des entreprises et organiser toutes sortes d’événements regroupant jusqu’à 120 personnes: comités d’entreprise, réunions, incentives, conseils d’administration… « Nous avons déjà accueilli Heineken, EMC2 ou encore Veolia, précise Franck Mourot. Nous pouvons mettre à disposition des salles, mais aussi la taverne, et organiser des repas clés en main. » Il ne vous reste plus qu’à consommer ce musée… sans modération.

 

L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. À consommer avec modération.