La CCI de La Réunion ouvre une antenne en Inde

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Avec une partie de sa population issue du sous-continent, l’île de La Réunion a des liens naturels avec l’Inde. Pourtant les relations de cœur ne se sont jamais vraiment traduites en relations économiques entre le géant et le caillou. Pour rétablir un peu la balance, la Chambre de commerce et d’industrie de La Réunion (CCIR) a prévu d’ouvrir en mars une antenne dans la ville de Chennai, plus connue sous son ancien nom de Madras. À l’occasion d’une visite officielle en janvier à Bombay, Jaipur et Delhi, une convention en ce sens a été signée avec la Chambre de commerce indo-française. Un correspondant local est en cours de recrutement et aura vocation à développer son réseau sur tout le territoire. Le choix de la ville d’implantation a des raisons historiques et économiques. Capitale du Tamil Nadu, un État du sud de l’Inde d’où sont originaires une majorité des Indiens de La Réunion, Chennai est aussi un centre industriel avec des activités dans le textile, la sidérurgie, la mécanique, la chimie, l’électricité, le papier ou encore le cinéma. Autre raison de poids : plus de 70 entreprises françaises y sont déjà installées.

« Le souhait des entreprises réunionnaises est de mieux importer et exporter. L’Inde a un potentiel important pour La Réunion. Notre objectif est de voir ce que l’île peut apporter aux Indiens », explique Ibrahim Patel, président de la Chambre de commerce et d’industrie de La Réunion, qui a conduit la délégation d’élus à la rencontre des officiels indiens. Le permanent recruté aura, lui, la charge de proposer une expertise sur le marché indien et de développer un réseau pour les entreprises réunionnaises intéressées. Les opérateurs économiques indiens pourront également se tourner vers lui s’ils souhaitent se développer à La Réunion. « Les Indiens se sont montrés très intéressés, car La Réunion reste méconnue, indique Ibrahim Patel. Nous sommes toujours obligés de nous identifier, notamment par rapport à l’île Maurice. »

Aujourd’hui, les exportations réunionnaises vers l’Inde représentent 10 millions d’euros annuels, contre 36 millions pour les importations du pays vers l’île. Ces exportations réunionnaises concernent essentiellement les déchets ferreux, le papier carton recyclable, l’aluminium et le cuivre. D’ici la fin de l’année, la CCIR prévoit une mission de prospection en vue de développer l’export de produits alimentaires, de technologies de l’information, du traitement de l’eau ou le savoir-faire dans le domaine de l’environnement. Ibrahim Patel envisage aussi une forme nouvelle de partenariat: « Nous pourrions mettre en place un projet de montage de pièces détachées indiennes dans l’île », estime-t-il. Selon lui, ce système permettrait de résoudre les problèmes de comptabilité de normes qui bloquent les importations indiennes dans l’île et pourrait créer de l’emploi.Après trois ans de récession pour l’île, les 7% de croissance indienne font pâlir les acteurs économiques réunionnais: impossible d’ignorer ce géant séparé par seulement un océan.

Des freins persistent pourtant: la question des visas qui limitent les possibilités d’entrée sur le territoire français et l’absence de ligne aérienne directe entre La Réunion et l’Inde. C’est pourquoi, lors de ce voyage en Inde, la délégation de la Chambre de commerce et d’industrie de La Réunion était accompagnée d’un représentant du conseil régional. L’idée est de compléter ce partenariat économique par un partenariat touristique porté par un organisme financé par la région, l’IRT (Île de La Réunion tourisme). Au mois d’avril, la CCIR prévoit d’organiser une journée consacrée à l’Inde au cours de laquelle la personne recrutée à Chennai, des experts d’Ubifrance, des entreprises indiennes et des représentants de la chambre indo-française interviendront pour convaincre les entreprises réunionnaises d’exporter leur savoir-faire. Par ailleurs, une mission de prospection sera organisée par la Chambre de commerce et d’industrie de La Réunion à la fin de l’année. D’ici là, les dirigeants d’entreprises locales devront notamment se mettre à l’anglais pour lever la barrière de la langue qui, bien souvent, paralyse les exportations locales vers les pays à fort potentiel de la zone océan Indien: Inde et Afrique du Sud en premier lieu.