La Chambre de commerce américaine se met au service du libéralisme énergétique

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L’U.S. Chamber of Commerce, puissante organisation professionnelle ­américaine, milite auprès du Congrès en faveur de l’énergie à bas coûtet de l’indépendance énergétique américaine sans entraves réglementaires. Elle déploie son art de la communication auprès des élus, mais aussi des membres de la Chambre et du grand public.

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L’U.S. Chamber of Commerce (USCC), une des plus puissantes organisations professionnelles du monde, représente 3 millions d’entreprises de toutes les tailles, de tous les secteurs et de toutes les régions des États-Unis. La politique énergétique figure parmi ses priorités afin de préserver la compétitivité, la croissance et l’emploi américains et, à partir de là, l’« American way of life ». Un objectif servi par une communication très efficace. En 2006, le lobbying appuyé de l’USCC a contribué, via ­l’American-Made Energy and Good Jobs Act, à amender la ­protection de l’Arctic National Wildlife Reserve, ainsi que la ­protection du plateau continental américain via le Deep Ocean Energy Ressources Act. À terme, la Chambre souhaite le retrait de tous les moratoires parlementaires et présidentiels sur les zones recélant des énergies fossiles.

 

Objectif : exploiter la ­totalité des énergies domestiques pour optimiser l’indépendance énergétique américaine. Régulièrement appelée à témoigner ­devant le Congrès ou à répondre à ses questions, l’USCC ­s’oppose résolument à l’établissement de quotas d’énergies ­renouvelables. Selon Bruce Josten, chargé des affaires ­réglemen­taires de la Chambre, « même un quota de 10 % est irréaliste, et le coût de production de cette énergie serait prohibitif. » « Limiter les émissions de CO2 est une mauvaise approche », ­affirme pour sa part le député Joe Barton dans l’édition d’août du magazine de l’USCC. « L’objectif national doit être le maintien de l’emploi, ainsi que celui des coûts de l’énergie et du transport face à la compétition des pays émergents (Chine, Inde), qui ne ­restreignent pas leur développement. »

 

Communication tous azimuts
Via son magazine mensuel et ses newsletters hebdomadaires, l’USCC informe abondamment ses membres sur les grandes questions d’actualité impactant leur business. Elle les incite au e-militantisme via le site VoteForBusiness.com. D’un simple clic, ses membres signent un message prérédigé expédié automatiquement à leurs représentants élus. Actuellement, les membres de la Chambre peuvent inciter leurs élus à voter contre les ­amendements à l’Energy Policy Act (EPAct 2005) proposés par la députée Nancy Pelosi, qui restreindraient l’accès aux ­ressources énergétiques nationales. Reste qu’une meilleure ­efficacité énergétique aidera à améliorer l’autonomie énergétique, soutient l’USCC. Et donc de diffuser des « bonnes pratiques » d’entreprise. Ainsi, l’édition d’août 2007 du magazine de l’USCC cite en exemple la société Paine et Cie. Cette entreprise de ­recyclage d’East Granby (Connecticut) a réduit de 75 % le coût de son chauffage, en brûlant l’huile usagée de sa flotte de ­camions. Elle a aussi abandonné le gazole pour un fioul à base de graines de soja. Par ailleurs, l’Institute for XXIst Century Energy, filiale de l’USCC, a été créé en juin dernier pour « éduquer le public » et « l’aider à mieux comprendre », déclare le général à la retraite James Jones, son président.

 

« Il est nécessaire de prendre en compte la croyance grandissante que le changement de climat est un ­problème sérieux, et que les émissions de CO2 doivent être ­contrôlées », admet-on au sein de l’organisation qui gère l’agenda des actions de l’Institut. Lequel distille des conseils pour réduire la consommation d’énergie des particuliers, des entreprises et des transports. Il diffuse aussi les messages de l’USCC, soulignant par exemple que seuls 3 % du pétrole onshore et 19 % de celui situé sur le plateau continental américain sont accessibles à ­l’exploitation, à cause du « fardeau réglementaire » imposé par le Congrès. L’USCC est également membre de l’Alliance for Energy and Eco­­nomic Growth, lobby rassemblant 1 200 membres ­pro­ducteurs ou gros consommateurs d’énergie. Son credo ? « Construire un consensus national sur la politique énergétique ­nationale » et « soutenir les politiques qui reconnaissent la ­nécessité fondamentale de sources d’énergies fiables pour une ­croissance ­ forte ». L’Alliance enjoint le Congrès à ne pas revenir sur l’EPAct : « Quiconque est désireux d’améliorer la sécurité ­énergétique de ce pays devrait s’opposer au retrait des dispositions de l’EPAct. » Une symphonie à plusieurs voix qui influence ­grandement les décisions du Congrès.