La chambre de commerce de Lima s’inquiète la situation du port de Callao

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Devant la forte hausse du trafic de marchandises au port de Callao, la Chambre de commerce de Lima, au Pérou, craint la saturation d’ici 2016. Elle réclame donc une modernisation des infrastructures, planifiée en partenariat avec le secteur privé. Une proposition qui inquiète les syndicats de salariés.

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Les immenses structures métalliques rouges dans le port historique du Callao, au Pérou, ne passent pas inaperçues. Ces grues à portique de dernière génération font partie du « Muelle Sur », le « Quai Sud », la section du premier port péruvien donnée en concession en 2006 à DP World Callao SA, un partenariat entre l’Anglo-émirati P&O Dover/Dubai Ports World et le Péruvien Uniport S.A. Avec un investissement prévu de 850 millions de dollars (618 millions d’euros), le « Muelle Sur » devrait être opérationnel en avril 2010. « La mise en route de ce nouveau quai est essentielle, car il va permettre d’augmenter la capacité du Callao qui est aujourd’hui arrivée à saturation », affirme le président de la Chambre de commerce de Lima (CCL), Peter Anders Moore. Idéalement situé au centre de la côte péruvienne, à quelques kilomètres de Lima, le port du Callao – administré depuis 1970 par l’Entreprise nationale des ports du Pérou (Enapu) – vit depuis dix ans un développement exponentiel, à l’image de l’économie du pays qui n’a cessé de croître depuis 1999, jusqu’à atteindre un record en 2008 (+ 9,84 %).

 

Selon la CCL, le trafic des containers dans le Callao a augmenté de 190 % sur la période 2000-2008, passant de 413 000 TEUs (Twenty-foot Equivalent Unit ou EVP-Équivalent vingt pieds) en 2000 à 1,2 million TEUs en 2008. Le port péruvien dépasse donc désormais ses éternels concurrents de Valparaiso (947 000 containers en 2008), au Chili, et Guayaquil (875 000), en Équateur, et s’affirme aujourd’hui comme le port le plus important du sud de la côte pacifique en termes de trafic de containers. « À l’avenir, sa position géographique privilégiée pourrait faire du Callao un centre régional pour recevoir les marchandises provenant d’Asie, ajoute le président de la CCL. Une fois au Pérou, les produits pourraient être répartis vers les autres ports ou rejoindre le Brésil par le biais de la route interocéanique. » Mais pour la Chambre, le port de Callao est encore loin du hub régional qu’il ambitionne de devenir. « Le port a montré ses limites en 2008, explique Peter Anders, de la CCL. À plusieurs reprises, le Callao, qui concentre 85 % de la charge du Pérou, n’a pu faire face à toutes les demandes. Beaucoup de marchandises ont dû être dérivées vers les pays voisins. » Après une année 2009 en demi-teinte (1,08 million de TEUs) qui a limité les soucis d’encombrement, la CCL estime qu’en 2010, le trafic maritime retrouvera les niveaux de 2008 et atteindra les 1,16 million de TEUs.

 

« Le port pourrait alors de nouveau être saturé. En janvier déjà, plusieurs navires n’ont pu débarquer dans le Callao et sont repartis », se plaint Peter Anders, qui avoue toutefois ne pas être inquiet pour 2010 : la mise en opération du « Muelle Sur », en milieu d’année augmentera de 850 000 TEUs la capacité du Callao qui pourra alors largement faire face au trafic actuel. « Ce nouvel apport est énorme, mais si l’on fait une projection sur les années à venir, avec un taux de croissance annuel du trafic de TEUs de 14 % – le taux que pronostique la CCL –, on se rend compte qu’en 2016, le port du Callao sera de nouveau saturé », avertit Peter Anders, qui insiste aussi sur l’urgence d’améliorer la qualité des services. L’an passé, un classement établi par le Forum mondial économique sur la qualité des infrastructures portuaires a ainsi relégué le Pérou à la 126e place (sur 133 pays), tandis que le Chili est apparu en 27e position. Inquiète, la Chambre de Lima a donc lancé une campagne pour convaincre les politiques de l’importance du sujet pour l’avenir du Pérou, dont 90 % des exportations se font par voie maritime. « Pour qu’en 2016, le port ait une plus grande capacité et offre de meilleurs services, il faut qu’il y ait des investissements en ce sens dès aujourd’hui, insiste Peter Anders. Le problème est qu’Enapu est une entreprise publique et que le gouvernement n’a pas l’argent pour investir dans les ports. »

 

Aux yeux de la CCL, une seule solution : Enapu doit s’associer au plus vite avec un opérateur privé. Une conclusion valable pour le port de Callao à Lima comme pour l’ensemble des terminaux régionaux sous administration publique. « Il faut favoriser l’investissement privé et la décentralisation des ports pour que le Pérou puisse faire face à la hausse du commerce extérieur », conclut la Chambre de commerce de Lima dans ses derniers communiqués. « Le problème n’est pas qu’Enapu n’ait pas d’argent, mais que le gouvernement ne la laisse pas investir dans la modernisation de ses ports », accuse alors Gustavo Gutierrez, le secrétaire général de la Fédération nationale des travailleurs d’Enapu (Fentenapu) qui assure « qu’Enapu est une entreprise rentable qui a plus de 33 millions de dollars d’utilité par an ». En 2009, Enapu s’est dotée de deux grues à portique ayant fortement augmenté la productivité du port. « On réclame depuis l’achat de deux grues supplémentaires pour pouvoir concurrencer le Quai Sud, mais pour l’instant, on n’a pas de réponse », critique le syndicaliste pour qui les choses sont claires : « Le gouvernement actuel n’a aucune volonté de moderniser les ports. Il veut les privatiser, comme il l’a fait avec Paita. »

 

Ce port du nord du Pérou – le deuxième du pays – a été attribué en concession en 2009 au consortium lusano-péruvien Terminales Portuarios Euroandinos, dans un contrat très critiqué par les syndicats et les médias. « Les autorités veulent aussi privatiser le port de Pisco, au sud de Lima, qui a été partiellement détruit par le tremblement de terre de 2007, et c’est pour cela qu’elles ne font rien depuis trente mois pour le reconstruire », s’indigne encore Gustavo Gutierrez, qui assure que son syndicat qui représente environ 80 % des 1 500 travailleurs d’Enapu luttera contre les futures privatisations au risque d’appeler à une nouvelle grève générale comme en 2009 : « On a accepté la concession du Muelle Sur, car on savait qu’elle était nécessaire et qu‘on n’avait pas d’autres solutions pour le bien du pays, mais les autres ne servent qu’à offrir le patrimoine du Pérou à des entrepreneurs étrangers, et nous continuerons à nous y opposer. » La société Dubai Ports a proposé de racheter l’ensemble des opérations du Callao et offert un investissement de 1,3 milliard de dollars (soit 940 millions d’euros), mais le gouvernement ne s’est pour l’instant pas prononcé sur un sujet des plus délicats à un an de l’élection présidentielle.

 

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