La distribution britannique en crise

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Les volumes de ventes au détail se sont contractés de 0,1% en décembre, laissant augurer une année 2013 particulièrement difficile.

L’année 2012 s’était achevée sur la faillite du distributeur de biens électriques Comet. Déjà, les analystes du secteur pariaient sur une reprise des mauvaises nouvelles pour le début de l’année. Après une trêve de Noël qui n’aura pas profité à tous, les annonces de redressement judiciaires se sont succédé au cours du mois de janvier. À donner le la, la chaîne d’équipements photographiques Jessops a ouvert le bal des faillites, suivie quelques jours plus tard par la célèbre chaîne de distribution de CD et DVD HMV, confiée aux soins des auditeurs de Deloitte. La chaîne, dont la dette a été rachetée depuis par les spécialistes Hilco, devrait néanmoins survivre avec un parc de magasins nettement réduit.  

Avec quelque 528 magasins au Royaume-Uni, la chaîne de location de DVD et de jeux vidéo Blockbuster’s a ajouté son nom à la liste des victimes de la distribution britannique. Les experts expliquent cette suite de redressements judiciaires par des modèles économiques  désuets, incapables de s’adapter à la révolution de l’Internet. La faiblesse des marges, à laquelle s’ajoute un climat économique particulièrement médiocre, n’ont fait que précipiter certains acteurs dans les abîmes. Plus généralement, les résultats des chaînes britanniques ont soufflé le chaud et le froid : les acteurs en ligne, à l’image de Asos, ou encore les grands magasins ayant développé des stratégies multicanales, comme John Lewis, sont parvenus à sortir leur épingle du jeu.

Même constat pour les chaînes à petits prix : la chaîne de vêtements Primark, aidée à la fois par une expansion européenne réussie et un modèle économique fondé sur la transformation rapide des dernières tendances de la mode, a dégagé des ventes en hausse de 25% au cours du trimestre clos au 5 janvier. La disparition de Jessops et de Comet a également donné un coup de pouce à Dixons, particulièrement boosté par les ventes de tablettes et la reconversion de son modèle économique au profit des ventes en ligne.

 

 


Dans un secteur qui reste généralement malmené, les chiffres des ventes au détail, publiés par l’office national de la statistique britannique (ONS) mi-janvier, n’ont guère surpris : le volume des ventes au détail a chuté de 0,1% en décembre comparé au mois précédent et de quelque 0,3% sur une année. Des résultats jugés pour le moins décevants : «la renaissance attendue des ventes de Noël ne s’est pas produite » a expliqué John Longworth, directeur général du BCC, l’organisme chapeautant les chambres de commerce britanniques, « et la plupart des grandes chaînes de distribution vont désormais droit dans le mur. Etant donné la stagnation que nous observons, il n’est pas vraiment surprenant que le secteur de la distribution soit dans un tel état de délabrement » La BCC a réitéré son appel au gouvernement de David Cameron à soutenir le redémarrage de l’activité de la distribution sur le marché britannique mais aussi en favorisant les exportations.

La publication d’autres indicateurs économiques moins favorables pourrait néanmoins contraindre le secteur à d’autres ajustements dans les mois à venir. Le Royaume-Uni a fini l’année avec un PIB en retrait de 0,3%, laissant craindre une triple récession si une croissance négative se confirmait pour le premier trimestre 2013. Des observateurs ont tenté de minimiser l’impact de cette croissance négative sur les ventes au détail en signalant la résistance des acteurs en ligne. Les consommateurs restent en revanche beaucoup plus prudents : selon une enquête réalisée par le cabinet d’études britannique Conlumino, spécialisé dans la distribution, plus de la moitié des consommateurs interrogés (53,6%) a déclaré s’attendre à une détérioration du climat économique au cours des six prochains mois. Ils ne sont que 8,6% à parier sur une reprise. Cette méfiance devrait ainsi provoquer une réduction des dépenses préventive au cours du premier semestre 2013 pour 62% des consommateurs britanniques.

 

Les produits de loisirs – livres, films et musique- devraient ainsi subir, selon le sondage, le gros des réductions. «Après s’être autorisés un certain degré d’indulgence sur ces produits à Noël, les consommateurs ont le sentiment qu’ils peuvent probablement sacrifier leurs dépenses dans ce secteur au cours des prochains mois » a estimé Neil Saunders, fondateur de Conlumino. Signe que la longue série de faillites devrait se poursuivre cette année.