La fin du Slim

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Lorsqu’en 2000, Hedi Slimane redessine la silhouette du costume, il fait un tabac. Sa coupe très près du corps, androgyne et rock, tout en noir, a révolutionné le vêtement phare du vestiaire masculin. Depuis les essais de Pierre Cardin dans les années 1960, le costume n’avait plus connu un tel changement. Il n’est donc pas étonnant que « l’Hedi’s ligne “Slim” » soit devenu le must des années 2000. Le timide et sensible designer-couturier, parisien de naissance et italo-tunisien d’origine, a réussi simultanément la renaissance de la griffe Dior Homme en lui prodiguant cette nouvelle image d’un tailoring branché-chic. Ce coup de maître est entré dans l’histoire de la mode, mais n’a guère survécu au contrat de son créateur. Parvenu à la fin de sa mission en 2007, les rudes négociations entre Dior et son directeur artistique de la mode masculine n’auront pas abouti. Au grand dam de ses fans, Slimane quitte alors la maison Dior et s’oriente vers ses autres passions : la photographie et la musique. Entre-temps, le « Slim » aura certes conquis le vestiaire masculin tout entier : chemises, cravates, pull-overs, costumes donc… Mais voilà, cette fois, c’est bien fini !

 

Les collections de ce printemps 2011 sonnent le passage vers ce qui sera l’« over-size ».
En costume slim, de la tête au pied, vous seriez désormais un has-been ! Les pantalons larges sont de nouveau de mise, et même le vétéran de la mode masculine Giorgio Armani est dans la tendance : ses vestes croisées sont boutonnées en trapèze, ce qui renforce l’ampleur du torse. Épaules larges, parfois encore renforcées par des épaulettes, buste augmenté et hanches arrondies : voici la nouvelle silhouette de monsieur un brin rétro 1948. 
Cet été encore, les Italiens vont plébisciter cette veste large dans sa version blanche immaculée ou ivoire, look innocent et clean à la fois. La marque Canali s’y adonne à outrance, en proposant une magnifique collection de costumes pour hommes d’affaires avec des revers extra larges affichant une certaine nonchalance. Ce Gatsby se glisse chez Corneliani dans un costume avec pantalon à pinces, très large et très viril. Chez Dolce & Gabbana, ce look en blanc – et jusqu’à la cravate ! – prend presque une allure de bonhomme de neige : on dira que c’est franchement trop, quoique très rafraîchissant sous canicule. 
Prada et Gucci tiennent encore à la veste serrée, mais le pantalon flotte. Quant au maître du costume classique, Zegna, il propose aux financiers une coupe droite dans les teintes sable, cognac ou curry.

 

Et même chez lui, le pantalon sportswear sera ultra large.
La mode masculine ne s’écrit pas qu’à Milan, à Florence ou Paris, New York accentue cette marche vers « l’élargissement des patrons » pour le bureau ou la ville — le work et le streetwear. A Londres, Oswald Boateng se positionne, avec ses costumes croisés aux épaules larges entre le slim et l’over-size. 
Avec une cinquantaine de griffes, la fashion week parisienne reste la session mode la plus expérimentale, la plus longue et la plus internationale du monde. Car les tailleurs d’Anvers, les maîtres japonais et les « newcomers » américains, scandinaves, allemands ou chinois présentent leurs créations sur ces podiums parisiens très prisés. 
Une autre tendance, mais difficile à porter au bureau avec le jeune croate Damir Doma qui donne un aperçu de ce qui pourrait être la mode d’un futur proche : une silhouette qui s’efface sous les superpositions du pantalon bouffant, d’une veste aux épaules raglans, couverte d’un trench kimono ou d’un ample manteau ! Chez le moderniste flamand Raf Simons, le pantalon est si large qu’il ressemble à une longue jupe. Plus guindé, Dunhill fait flotter la veste croisée à la hauteur de la poitrine et la ferme d’un unique bouton.

 

Le blazer aussi se porte très large sur une chemise à rayures fines. Cette saison encore, avec des costumes en léopard, Givenchy transgresse la barrière de l’excentrisme, mais affiche la tendance avec des chemises extra-larges, décorées d’un plastron rond. Et Hermès reste la valeur sûre : la veste croisée, en blanc, prend toutefois un peu l’allure du tablier du cuisinier, mais la saharienne, boutonnée corne, est un sans-faute. Lanvin bouscule les volumes par une symbiose du formel et du sportswear. Son épaule étriquée gagne un aspect bombé grâce à une seconde couture sous l’emmanchure ou un col descendant jusqu’au bras. La veste boutonnée très bas et coupée en diagonale de Smalto crée une allure dynamique, en pastel ! Enfin, chez YSL, Stefano Pilati accentue la taille pour donner du volume aux jambes et au torse. La taille haute de ses pantalons larges exprime le pouvoir. Et que fait donc Monsieur Dior ? Un grand pas vers le minimalisme. Kris van Assche, qui succéda à Hedi Slimane en 2007, propose des costumes au revers ultra fin, quasiment invisible, ou bien il le supprime carrément, ainsi que le col. Sa veste croisée gris béton garde un aspect « slim », mais le pantalon flotte sous l’opulent et long manteau.

 

IN : Le foulard croate. Une fine corde de cuir, servant de ceinture et pendouillant sur la cuisse. Le blanc, les sables, le gris béton, la moutarde, le safran, le cognac, la menthe, l’olive, l’indigo, le rouge cardinal. Les rayures. Des chaussures luisant gris béton. Le mauvais goût.


 

OUT : Le noir, l’orange, le rouge coquelicot, le vert pistache. La cravate, surtout en noir. Le costume trois boutons. Le cardigan Pepper. Les baskets. Les Rayban Aviator ou Wayfarer. Le politiquement correct.