La Fondation de France, une certaine idée de l’humanisme

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Photo : Fondation de France
Venir en aide aux plus démunis, financer la recherche scientifique, protéger l’environnement… En France, trop souvent les donateurs ne savent pas comment s’y prendre pour pérenniser des projets. Entretien avec Francis Charhon, directeur général de la Fondation de France depuis 1992.

Médecin anesthésiste-réanimateur de profession, Francis Charhon rejoint Médecins sans frontières (MSF) en 1980 au poste de président, avant d’en devenir directeur général de 1982 à 1991. En 1992, il devient directeur général de la Fondation de France. Chevalier de l’ordre national du Mérite et officier de la Légion d’honneur, Francis Charhon est par ailleurs administrateur du Centre européen des fondations depuis 1998, président de Friends of Fondation de France depuis 2000, président du Centre français des fondations depuis 2002 et membre du bureau du Conseil national de la vie associative depuis 2008.
Commerce International : Dans quelles circonstances a été créée la Fondation de France ?
Francis Charhon : « En 1969, André Malraux, ministre de la Culture du général de Gaulle, avait exprimé la volonté de développer un outil de mécénat moderne et de grande envergure. À cette époque, les fondations n’étaient pas ou peu connues. Bien qu’imaginée dans une intention culturelle, la Fondation de France a été créée d’emblée pour agir dans des domaines les plus divers : santé, environnement, recherche, solidarité… »
Quelles sont les différentes missions de la Fondation de France ?
F. C. : « Notre objectif est de recevoir, de gérer et de distribuer des libéralités sous toutes les formes pour être proches de ceux qui font face à des difficultés. Par libéralités, il faut entendre ici des fonds qui sont de deux sortes au sein de la Fondation de France. Il y a d’une part les fonds collectifs – 25 millions d’euros distribués l’année dernière : en général, il s’agit de dons souvent modestes et de legs provenant de particuliers que nous allouons à nos propres programmes. D’autre part, il y a les fonds individualisés ou sous égide – 60 millions d’euros distribués l’année dernière : par exemple, lorsqu’une personne désire agir pour aider des enfants à avoir accès aux études via un système de bourses ou à financer la recherche médicale, nous la recevons et la conseillons. »
Quel rôle jouez-vous vis-à-vis de ces personnes ?
F. C. : « Après en avoir discuté avec les personnes qui veulent agir, nous les aidons à monter leur fondation et assurons ensuite un certain nombre de services : gestion des fonds, sécurisation juridique et fiscale, conseil sociétal, suivi administratif, entre autres… En bref, nous sommes là pour faciliter la vie des donateurs qui sont de plus en plus nombreux et ne savent pas toujours comment faire pour aider leur prochain. »
Justement, comment faites-vous pour faciliter l’action des donateurs de l’étranger ?
F. C. : « Nous avons mis en place deux outils. Le premier est un réseau transnational de dons qui regroupe quatorze pays européens : Allemagne, Belgique, Bulgarie, France, Hongrie, Irlande, Italie, Luxembourg, Pays-Bas, Pologne, Roumanie, Royaume-Uni, Slovaquie et Suisse. Ce réseau permet de faire transiter des fonds entre fondations et a permis de développer de nombreuses synergies. Le second outil d’aide aux donateurs est l’association Friends of Fondation de France. Basée dans notre bureau de New York, elle permet de faire défiscaliser des dons effectués depuis les États-Unis à la Fondation de France. »
Quel est le statut juridique de la Fondation de France et comment a-t-elle évolué depuis sa création ?
F. C. : « La Fondation de France est une fondation de type loi 1987 qui fonctionne sans aucun financement public : tout l’argent que nous recevons et gérons provient de fonds privés. Notre mission n’a pas changé depuis sa création : être au service des donateurs et leur offrir les meilleurs projets philanthropiques. La Fondation de France compte aujourd’hui 140 salariés – dont 121 en CDI – et 488 bénévoles répartis entre le siège de la Fondation à Paris et les sept directions régionales : Bordeaux, Lyon, Marseille, Nantes, Rennes, Strasbourg et Tourcoing. Notre budget annuel de fonctionnement est de 13,8 millions d’euros ; il nous permet de chercher des fonds, d’abriter des fondations et de faire rentrer des capitaux. Toutefois, cela n’existerait pas sans les dons : la Fondation de France compte 521 000 donateurs, attribue chaque année 7 500 subventions, prix et bourses de toutes sortes et distribue 85 millions d’euros. Il existe au total 674 fonds et fondations individualisés, dont 58 créés par des entreprises, sous son égide. Nous sommes totalement privés et ne recevons pas de fonds publics. »

Quelle sera votre stratégie au cours des prochaines années ?
F. C. : « Nous allons renforcer notre action plus particulièrement dans quatre domaines : l’aide aux “personnes vulnérables”, le développement de la connaissance, l’action en faveur de l’environnement et le développement de la philanthropie. Lorsque l’on additionne les capitaux de toutes les fondations, on arrive à 1,6 milliard d’euros. Cela est considérable, c’est pourquoi nous sommes actifs dans l’organisation de la transparence pour expliquer sans ambiguïté comment nous utilisons l’argent. En termes d’organisation financière, les fonds collectifs sont engagés rapidement, tandis que les fonds individualisés sont répartis en trois catégories : fondations à dotation, fondations de flux et fondations à capital consomptible. Pour les fondations de dotation, les fonds sont mis sur un compte en banque et les intérêts servent à financer des projets. Pour les fondations de flux, les donateurs s’engagent à verser de l’argent tous les ans. Enfin, pour les fondations à capital consomptible, le donateur verse une somme à dépenser sur une période donnée (dix, vingt, trente ans…), puis la fondation cesse d’exister. Toute la gestion financière s’effectue sous le contrôle du comité financier. »
Avez-vous ressenti les effets de la crise économique ?
F. C. : « Honnêtement, non. Il n’y a pas eu de baisse des dons. Le nombre de donateurs a diminué, c’est vrai, mais ceux qui ont donné ont été plus généreux que d’habitude. Rien qu’au cours des trois dernières années, nous avons créé près de 150 fondations. Nous voulons accroître les relations entre les fondations qui travaillent dans le même domaine afin de développer des synergies entre elles, car l’argent va devenir de plus en plus rare, tandis que les besoins continueront à augmenter. »

Plus d’informations sur www.fondationdefrance.org.

Activités de la Fondation de France et des fondations sous égide (Répartition)
– Solidarités nationales et internationales 49 %
– Sciences et enseignement supérieur 24 %
– Santé (soins, prévention, recherche, dépendances) 9,7 %
– Culture 8 %
– Environnement 5,6 %
– Développement de la philanthropie 3,7 %
Source : Fondation de France, octobre 2010