La Hongrie déclare la guerre aux entreprises étrangères

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La pression fiscale sur les multinationales est accrue pour redresser les finances publiques.

En décidant de taxer les grandes entreprises pour redresser les finances publiques, le Premier ministre hongrois Viktor Orban, leader du parti conservateur, a provoqué une levée de bouclier des groupes étrangers s’estimant visés. Dans un courrier adressé le 10 décembre au commissaire européen à l’Énergie, le vice-président de GDF Suez, Jean-François Cirelli, a exprimé, au nom de l’association Euragas, qui regroupe les grands opérateurs gaziers européens, son « inquiétude grandissante » et son désaccord contre « les décisions dures et injustes prises à l’encontre des sociétés énergétiques » par Budapest. Les dirigeants de treize grands groupes de banque (ING), d’assurance (Axa, Allianz, Aegon), de l’énergie (E.ON, RWE, EnBW, OMV, CEZ), de la distribution (SPAR, Rewe, bauMAX) et des télécoms (Deutsche Telekom) ont fustigé dans une lettre adressée au président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, « les récentes décisions prises par le gouvernement hongrois, qui cherche à utiliser certains secteurs et des entreprises étrangères pour équilibrer le budget de l’État ». Ces dirigeants n’acceptent pas l’impôt « Robin des Bois » de 8 % prélevé sur l’activité des institutions financières et la taxe exceptionnelle de 1,05 % appliquée jusqu’à la fin 2012 sur le chiffre d’affaires des grandes entreprises implantées en Hongrie.

Confrontée à une situation inédite, la Commission européenne dit attendre des clarifications du nouveau maître de Budapest. Mais une marche arrière de ce dernier semble peu probable. À elle seule, la taxe appliquée aux institutions financières pourrait rapporter en trois ans près de 735 millions d’euros aux caisses de l’État. Un chiffre équivalent à la moitié des bénéfices bruts de ce secteur, soulignent les patrons des treize multinationales. Autre motif d’insatisfaction pour les banquiers et les assureurs : la nationalisation annoncée des caisses de retraite privées, soit près de 9 milliards d’euros qui devraient rejoindre les caisses de l’État. Le Premier ministre hongrois a instauré une nouvelle taxe visant spécifiquement les secteurs des télécoms, de l’énergie et de la grande distribution. À lui seul, l’impôt touchant les opérateurs de télécommunications, qui peut atteindre jusqu’à 6,5 % de leurs ventes, devrait permettre de lever 220 millions d’euros par an. Les enseignes de distribution devront verser 92 millions d’euros supplémentaires à l’État. Pour ces entreprises, l’enjeu est d’importance. Alors que la rentabilité de leurs actifs est menacée, il leur est très difficile de se retirer du pays sans perdre d’importants capitaux. Les plaintes déposées à Bruxelles semblent donc l’unique recours. Pour Deutsche Telekom, la « taxe de crise » va à l’encontre de la législation communautaire selon laquelle un impôt sur les opérateurs ne peut servir qu’à financer le coût de leur propre régulation. Or, la taxe hongroise ne vise qu’à renflouer les finances publiques.