La perte du triple A ouvre une nouvelle ère pour le Royaume-Uni

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Selon le BCC, la perte de son talisman devrait encourager le Royaume-Uni à prendre des mesures plus radicales au cours des prochains mois.

La perte du triple A du Royaume-Uni chez Moody’s le 22 février dernier n’a pas surpris grand monde outre-Manche. L’agence de notation a en effet justifié sa décision par des perspectives de croissance faible à moyen terme pour l’économie britannique. Une situation qui ne devait pas, selon l’agence, s’améliorer avant la fin de la décennie.  Attendu, l’abaissement d’un cran de la notation de la dette du pays, à Aa1,  constitue pourtant  un revers important pour le chancelier de l’Echiquier George Osborne, qui a fait de la préservation de la note du Royaume-Uni, la plus haute possible, l’un des défis majeurs de cette législature et la sanction de sa politique économique actuelle.

Pour autant, les économistes et les analystes s’accordent à penser que la situation économique du Royaume-Uni n’est guère meilleure que celle des pays de la zone euro : « la situation fiscale du Royaume-Uni ne mérite pas une notation triple A » explique Jim Leaviss, responsable du portefeuille obligataire au sein du gérant M&G lors d’une présentation aux investisseurs. La dette du Royaume-Uni culmine à l’heure actuelle à 88,7% du PIB, ce qui situe le Royaume-Uni à la 8e place des pays européens  et, selon Moody’s, elle pourrait même s’accroître à 96 % du PIB en 2016.  Quant au déficit budgétaire, il se situe à 6,2%, soit le plus important après l’Italie, l’Espagne et la Grèce.

 

 

«  La perte du triple A est une bonne nouvelle pour le Royaume-Uni dans la mesure où si Moody’s n’avait pas  procédé à l’abaissement de la note du Royaume-Uni maintenant, il l’aurait fait après la présentation du Budget le 20 mars prochain » estime Jim Leaviss, «cela donne au Chancelier de  l’Echiquier la possibilité de réorienter sa politique vers une stratégie de croissance ».

À l’heure actuelle, la politique du gouvernement Cameron a fait de l’élimination de la dette l’un des axes majeurs de sa politique en se basant sur une stratégie de réduction des dépenses drastiques. Or, le gouvernement, qui est au pouvoir depuis le printemps 2010, n’a réalisé jusqu’à présent que 30% de l’ensemble des réductions de dépenses prévus, ce qui suppose une extension des coupes drastiques des dépenses dans d’autres secteurs publics au cours des prochaines années. Une situation perçue comme très dangereuse outre-Manche : « nous nous dirigeons tout droit vers notre propre falaise budgétaire (fiscal cliff) dans les cinq prochaines années», avertit ainsi le gérant.  

 

Le BCC attend aussi de pied ferme une modification de la politique gouvernementale allant dans le sens d’un soutien plus radical aux entreprises du pays : « le Premier ministre et le Chancelier de l’Echiquier vont devoir examiner des mesures plus radicales au cours des six prochains mois pour stimuler les exports, générer le développement des infrastructures et créer un environnement financier qui favorise l’entreprise et la croissance », explique John Longworth, directeur général du BCC, « nous ne pouvons simplement pas espérer des jours meilleurs. L’espoir n’est pas une stratégie. Jusqu’à présent, la mise en place de mesures de croissance par le gouvernement  s’est faite au rythme de l’érosion côtière. Nous avons besoin d’une action urgente dans le prochain budget afin de remettre l’économie en ordre de marche, et toute performance médiocre est inacceptable ».

 

En attendant une possible inflexion de la politique du gouvernement britannique le 20 mars prochain, les observateurs évaluent les conséquences de l’abaissement de la note anglaise : si les coûts d’emprunt ne devraient pas, au vu des conséquences enregistrées par la France et les Etats-Unis suite à leur propre dégradation, augmenter significativement la dépréciation de la livre sterling pourrait en revanche se durcir : la monnaie anglaise qui, il  y a encore six mois, faisait office de valeur refuge, a plongé le lendemain de l’annonce de 1 % par rapport au dollar et de 1,5 % hier par rapport à l’euro. Au cours des années 2008 et 2009, la monnaie s’est dépréciée de 19% par rapport au dollar et de 17% par rapport à l’euro.

De l’avis des analystes, la dégradation de la note du Royaume-Uni devrait déclencher une dépréciation supplémentaire cette année.