La réassurance, qu’est-ce que c’est?

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Explication de Patrick Barrault, directeur du crédit-caution à la SCOR.

La réassurance dans le domaine de l’assurance-crédit :

 

« Notre rôle est d’autant plus important que l’assurance-crédit voit son importance croître avec le développement des échanges commerciaux dans le monde. L’assurance-crédit joue désormais un rôle essentiel dans la gestion du poste clients de n’importe quelle entreprise, à qui elle permet de se concentrer sur son métier de base, le commerce. Ce rôle est d’autant plus important que les fournisseurs et les clients sont de plus en plus internationaux. Nous travaillons donc avec les trois principaux assureurs-crédit de la planète (Euler Hermès, Atradius, Coface) qui couvrent 80 % du marché. Il est clair que ceux-ci et leurs concurrents ne pourraient se développer sans réassurance, d’autant que le risque croît d’année en année. Un exemple : l’ensemble des transactions commerciales couvertes par l’assurance-crédit sur la grande distribution est aujourd’hui de plusieurs milliards d’euros. On voit l’importance des enjeux. »

 

L’importance de la caution :
« Pour l’assurance-crédit et caution, nous sommes le 5e réassureur mondial et nous sommes présents dans une soixantaine de pays avec deux bureaux de souscription, à Paris et à Zürich. La caution est un produit moins standardisé et beaucoup plus varié que le crédit ; son objet est de garantir l’exécution d’obligations de tous types, qu’il s’agisse d’engagements légaux ou contractuels – obligation de faire – ou paiement d’une somme à une certaine date – obligation de payer. Ce marché est surtout développé aux Etats-Unis, en Italie, Allemagne, Mexique et Amérique latine. Il concerne pour 80 % des risques liés au monde de la construction et le bon achèvement d’ouvrages de construction (immeubles ou hôpitaux par exemple). L’activité caution représente 20 % de notre portefeuille. »

 

La part du risque politique :
« A côté du risque commercial, le risque politique est le risque d’impayé qui est lié à l’action directe ou indirecte d’un ou plusieurs états : embargo, dénonciation de contrat par un acheteur public, insolvabilité d’un état, risque de non-transfert. Ce risque est de plus en plus couvert en complément de la couverture du risque commercial. Nous accompagnons donc nos clients dans la réassurance de ce type de risques quand il est associé à une police export de court-terme. »

 

 

Assurer les grands risques : des enjeux colossaux

3 questions à Olivier Hautefeuille, directeur du pôle Industrie et Risques Commerciaux de la SCOR.

 

Dans le domaine des grands risques, quelles contraintes pour le réassureur ?
« Nous sommes de plus en plus contraints de tenir compte d’un nombre croissant de paramètres qui nous obligent à avoir une vision mondiale afin d’absorber les risques dans des portefeuilles cohérents, avec une pondération maximale. Pour certaines natures de risques, la mutualisation ne peut se faire que mondialement car à un niveau national ou régional leur nombre n’est pas suffisant pour atteindre nos objectifs d’équilibre. C’est le cas du secteur pétrochimique par exemple. Toutefois le sujet se complique avec des contraintes réglementaires (taxes, licences, etc.) mais aussi d’expositions qui varient de régions en régions. En matière de catastrophes naturelles, il va de soi que nos propres couvertures en tremblement de terre par exemple ne sont pas les mêmes en Californie qu’en France. Ces variations impactent nécessairement la négociation de nos contrats, ce que le client a parfois du mal à comprendre. »

 

Qu’en est-il en matière de risques industriels ?

 

« Là aussi, plusieurs phénomènes concourent à amplifier le risque. C’est ainsi que la complexification et la fragmentation croissante du processus industriel avec la multiplication des intervenants (sous-traitants) augmente par exemple les risques de carences de fournisseurs. Aujourd’hui par exemple, un constructeur automobile n’est presque plus qu’un assembleur. Cela nous oblige à comprendre et à prendre en compte la façon dont il s’organise avec ses sous-traitants afin de calculer les risques liés aux pertes d’exploitation. Un autre sujet important aujourd’hui est la volatilité du cours des commodités (notamment dans des domaines importants pour notre groupe : énergies, mines et utilités) qui ont un impact certain sur les pertes d’exploitation en forte hausse créant une demande plus importante de capacités d’assurance. Enfin, nous recommandons aussi de procéder à une nouvelle évaluation des biens industriels car les coûts de reconstruction et de fourniture ont fortement augmentés. »

 

Où existe t-il des besoins importants en ce moment ?

 

« Incontestablement dans la construction d’infrastructures portuaires en raison de l’explosion de la demande de fret qui a sur-saturé les installations existantes. De Shangaï à Dubaï en passant par Singapour et Colombo, les projets se multiplient pour accueillir des porte-conteneurs beaucoup plus volumineux. Cela nous oblige à développer notre expertise dans ce domaine, ce qui peut aller jusqu’à vérifier la qualité des fabricants de grues sur les quais ! »

 

Imagination et expertise pour couvrir les nouveaux risques

Par Benjamin Gentsch, directeur général adjoint en charge des spécialités.

 

Le rapprochement entre Converium et la SCOR nous permet aujourd’hui d’offrir, grâce à une certaine complémentarité, une palette de solutions globales et adaptées à chaque secteur d’activité. Nous couvrons désormais dix spécialités, y compris des domaines à fort potentiel de développement comme les risques agricoles, la décennale, le crédit caution, le spatial, la construction, les garanties annulation événements, l’aviation ou le transport maritime. Dans le domaine du bâtiment et du génie civil, qui sont en forte progression partout dans le monde, nous sommes ainsi à même d’intervenir à toutes les étapes de la chaîne, de la conception à la mise en opération d’un ouvrage. L’intégration des deux entités permet aussi à la SCOR d’accroître son périmètre d’action dans certaines régions du monde, comme le Moyen-Orient, où Converium avait d’excellentes positions. C’est une région en pleine effervescence dans beaucoup de domaines avec des investissements dans de nouvelles infrastructures ou nouvelles unités dans le raffinage, la pétrochimie, les utilités, les industries de transformation fortement consommatrice d’énergie. Par ailleurs, le rapprochement permet à la SCOR d’accéder au marché des Lloyds de Londres via des participations totalisant un volume de primes de près de 160 millions de livres, soit 1 % des Lloyds. Ceci nous permet d’optimiser notre portefeuille : par l’intermédiaire de ces syndicats cela nous amène à nous intéresser à des niches sur lesquelles nous n’avons pas vocation à exercer notre expertise. Tout cela fait de notre entreprise une excellente alternative aux plus grands réassureurs de la place. Nous avons en effet les capacités pour faire face à l’augmentation des montants assurés. Celle-ci est de plus en plus sensible dans nombre de secteurs en raison de la croissance économique mondiale. Plus que jamais nous allons continuer à innover sur des marchés de niches. Là où nous sentons des marchés émergents, nous n’hésitons pas à tester de nouvelles idées et des solutions innovantes. C’est cet état d’esprit et notre savoir-faire qui permettent à la SCOR, grâce aux partenariats qu’elle est à même de nouer, d’apporter des solutions sur-mesure sur certains segments de marché. C’est ainsi que nous avons développé avec certains clients assureurs des garanties étendues dans le temps pour des véhicules automobiles. Cette solution a tellement bien marché que nous avons décidé de l’exporter en Inde où elle répond à une certaine demande du marché.

 

Garantie décennale : un temps d’avance

Par Jean Tuccella, directeur de la Spécialité Décennale de la SCOR.

 

La garantie décennale sur les bâtiments a plus de 30 ans en France, premier pays où elle fut implantée. Nous avons donc une bonne expérience de ce secteur pour lequel nous sommes considérés comme une référence à l’échelle internationale. Il faut savoir en effet que cette assurance est nouvelle dans certains pays : en Italie par exemple une décennale n’est obligatoire sur les constructions résidentielles que depuis 2005. Cette expérience, combinée à une très bonne connaissance des marchés étrangers, nous permet de proposer des conditions de réassurance quels que soient les marchés, tout en tenant compte des spécificités locales. Notre part de marché est de 25 % sur ce secteur, qui est spécifique, dans la mesure où il exige des engagements de longue durée – 20 ans au minimum – et suppose donc de la constance. C’est une caractéristique qui a été réaffirmée au sein du groupe à travers les années. Un peu partout dans le monde il y a une montée de la demande de prise en charge du risque. Il y a peu de temps une organisation de consommateurs en Inde demandait l’établissement d’une garantie décennale ; un bailleur social au Brésil également. On voit donc un peu partout une demande de prise en charge où la réassurance a son rôle à jouer dans la définition et la gestion des risques. Et cela est bien normal : les gens sont habitués à bénéficier d’une garantie pour des biens de consommation courants, il n’y pas de raison que les biens immobiliers y échappent. C’est une tendance lourde dont nous ne pouvons que bénéficier. Plus les projets sont innovants et complexes, plus le réassureur aura tendance à travailler en amont sur la gestion des risques, en offrant son conseil et sa pratique dans la définition des garanties décennales, non seulement aux compagnies d’assurance, mais aussi aux grands du BTP, que l’on est capable d’accompagner dans leurs projets et leurs besoins en garanties décennales, notamment à l’étranger.

 

Risques agricoles : un marché en expansion

Par René Kunz, directeur des Risques Agricoles de la SCOR.

 

 

A côté des risques climatiques classiques qui affectent par définition l’activité agricole, les agriculteurs sont confrontés à de nouveaux risques qu’il convient de prendre en charge, à l’instar des bouleversement climatiques d’aujourd’hui. L’assurance et la réassurance sont l’un des moyens de le faire. Ce marché augmente en ce moment de plus de 10 % par an, et le potentiel de croissance est énorme. Songez par exemple qu’au Brésil, seulement 1% des exploitants agricoles disposent d’une assurance ! D’un côté, la forte demande en matières premières agricoles induit une augmentation de la production, de l’autre côté, la spécialisation et l’industrialisation des processus augmentent la nécessité de capital en forme de crédit. Ce capital requière une protection sous forme d’assurance. Or plus une exploitation grandit, plus elle produit pour le marché global, plus elle a de fournisseurs et de clients, et plus elle court de risques si elle n’est pas couverte face aux baisses de production, aux catastrophes naturelles ou aux maladies etc… La libéralisation de l’agriculture, qui est moins subventionnée par les gouvernements, induit aussi une augmentation de la demande d’assurance. On le voit par exemple déjà en Chine où le gouvernement incite les agriculteurs à trouver de nouveaux outils de prévention du risque, comme l’assurance privée. En même temps, les gouvernements veulent réduire leurs instabilités budgétaires et préfèrent donc subventionner les primes au lieu de faire recours à des paiements ad-hoc en cas de catastrophes. Nous avons des spécialistes par activité qui ont une connaissance approfondie des vulnérabilités particulières des productions agricoles et de leurs cycles spécifiques : élevage, cultures, aquaculture, foresterie etc…Nous travaillons de plus en étroite collaboration avec les autres branches de la SCOR , car l’exploitant doit aussi faire face à des risques plus classiques (risque immobilier par exemple). Nous sommes donc en mesure de lui proposer une offre globale qui fait de nous un des numéros mondiaux dans le secteur agricole.