La région Ile-de-France promeut les atouts du télétravail

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Maire de Chelles depuis 1995, Jean-Paul Planchou est élu au Conseil régional d’Ile-de-France depuis 1998. En 2010, il en devient le vice-président chargé du développement économique.

 

Commerce International: Le télétravail est une idée ancienne. Pourquoi avez-vous voté en septembre dernier des mesures de soutien à ce secteur?

Jean-Paul Planchou: « Alors qu’en 2006 entre 7% et 9% des 23 millions de salariés sur le sol national pratiquaient – au moins ponctuellement – le télétravail, ils sont aujourd’hui 16%, selon une étude du cabinet LBMG Worklabs. Néanmoins, la France reste en retrait par rapport à ses voisins: l’Europe comprend en moyenne 30% de télétravailleurs. L’intervention publique pour impulser une dynamique prend donc tout son sens. Il faut faire tomber les barrières, notamment psychologiques, qui font encore obstacle. En adoptant un dispositif d’aide à l’émergence des “tiers-lieux”, la région veut faire de 2012 “l’an 1 ” du télétravail en Ile-de-France. »

 

En quoi la région peut-elle être utile?

J. P. P.: « Parmi les compétences de la région, il y a les transports. Réfléchir, provoquer le débat et soutenir les projets sur ce sujet font partie de nos missions. Le travail à distance est particulièrement adapté au territoire de l’Ile-de-France. Nous pouvons y gagner en qualité de vie au quotidien en écourtant les temps de transports tout en nous épargnant des pollutions supplémentaires liées à nos déplacements. C’est une déclinaison concrète de notre volonté de conversion écologique et sociale de l’économie, que nous avons inscrite dans la Stratégie régionale de développement économique et d’innovation. Forts de l’expérience de La Cantine, le 1er espace de coworking en Ile-de-France, nous sommes convaincus de la pertinence économique de ce modèle adapté aux nouvelles formes de travail. Les indépendants, les porteurs de projets, les travailleurs de passage trouvent ainsi un “tiers-lieu” correspondant à leurs besoins tout en développant une intelligence collective, car ces espaces sont de formidables outils pour structurer des réseaux professionnels. »

 

250 000 euros

C’est le montant de l’aide à l’investissement que les projets de création de lieux de télétravail pourront recevoir de la région Ile-de-France.

Concrètement, comment la région soutiendra-t-elle le télétravail?

J. P. P.: « Le rapport cadre numérique détaillant les mesures régionales en faveur du travail à distance a été adopté le 30 septembre 2011. Nous avons lancé, dès janvier 2012, un appel à projets qui se clôturera en mars 2012. Les collectivités territoriales ou les associations (comprenant les pôles de compétitivité, les grappes d’entreprises ou les syndicats…) qui souhaiteront créer un télécentre ou un espace de coworking pourront bénéficier d’une aide à l’investissement pouvant aller jusqu’à 200 000 euros pour l’aménagement du lieu. Cette enveloppe pourra être complétée par 50 000 euros supplémentaires pour l’équipement informatique des postes de travail. »

 

Ne craignez-vous pas des dérives qui fragiliseraient le salarié en l’isolant de la société?

J. P. P.: « C’est là que la région doit être vigilante. Les risques d’isolement et d’inflation du temps de travail pour le travailleur sont réels. Le télétravail doit donc se bâtir sur la base du volontariat et rester réversible à tout moment. La région ne soutiendra que des projets respectant ces principes. Dans cette optique, nous travaillons en étroite collaboration avec l’Association régionale pour l’amélioration des conditions de travail (Aract) afin de garantir à tous les télétravailleurs la plus grande qualité d’accueil et de prestations dans les lieux que nous soutiendrons. »

 

 

Le point de vue de LBMG Worklabs

 

Cette agence de conseil qui aide entreprises et collectivités à avancer face aux problématiques liées au télétravail a aussi inventé Neo-nomade, un site Internet complété par une application gratuite qui permet à chacun de trouver le lieu de travail le plus proche correspondant à ses besoins (wi-fi, bureau pour la journée, salle de réunion…). « Nous constatons que les mentalités sont mûres pour le développement du télétravail, explique Baptiste Broughton, cofondateur de Néo-nomade. D’autant plus que la possibilité de travailler dans ces nouveaux types de lieux que recense Néo-nomade gomme leurs craintes quant à la solitude du télétravailleur ou à la télédisponibilité permanente qui pourrait être la leur s’ils ne travaillaient que de chez eux. Mais en France, les employeurs sont frileux face à ce sujet et les choses ne bougent que lorsque des dirigeants convaincus portent un projet de télétravail au cœur de leur entreprise, ou que des collectivités multiplient les initiatives innovantes dans ce sens comme le fait l’Ile-de-France, avec qui nous collaborons. »