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Alors que toute l’attention se porte actuellement sur un éventuel traité de libre échange entre l’Union européenne et les Etats-unis, la Suisse et la Chine s’apprêtent à ratifier un accord similaire.

 

En juillet, la Confédération helvétique sera le premier pays du G 20 à signer un accord de libre échange avec l’empire du milieu. Une longueur d’avance qui permettra à la Suisse de rester à l’avant-garde du commerce entre l’Europe et la Chine, devançant ainsi ses concurrents de l’Union européenne.

Il y a des gestes qui comptent. Schindler, le fabricant suisse d’ascenseurs fut la première société occidentale à conclure un joint-venture en Chine.  « Et la Suisse fut l’un des premiers pays occidentaux à reconnaître la Nouvelle République Populaire de Chine, le 17 janvier 1950. Les Chinois qui ont bonne mémoire s’en souviennent ! », lance Stéphane Graber, président de la chambre de commerce Suisse-Chine, qui représente 600 entreprises suisses.

Pour lui comme pour l’ensemble du secteur économique, la signature du traité de libre échange prévue pour juillet est une évolution logique dans l’histoire des  relations sino-helvétiques. Elle représente une chance d’ouverture extrême pour les grands groupes comme pour les PME.

Montre et train

« La Suisse a toujours été un pays très ouvert sur l’extérieur, il est d’ailleurs l’un des rares pays dont la balance commerciale avec la Chine est excédentaire », poursuit Stéphane Graber.  De fait, les entreprises suisses, dont les exportations ont décuplé en dix ans,
espèrent intensifier leurs relations commerciales.
La Chine est déjà aujourd’hui au sixième rang des pays destinataires de produits suisses.

L’accord de libre échange qui sera ratifié le mois prochain entre la Chine et la Suisse comprendra pour les exportateurs suisses  des réductions significatives de droits de douane et, au-delà, un accès plus aisé au marché chinois. La coopération  qui en résultera portera en premier lieu sur les produits manufacturés à haute valeur ajoutée. Le luxe, notamment l’horlogerie, très convoité par le marché chinois.  La machine outil suisse est également très recherchée.

« Certes, nous ne pouvons nous permettre de rivaliser en globalité avec de grands groupes allemands ou français sur ces marchés. En revanche, notre industrie est très performante et parfaitement positionnée dans des  produits de niches à haute valeur ajoutée comme par exemple dans les moyens de transports (l’aéronautique et le ferroviaire). Le groupe Sécheron est par exemple leader sur le marché des transformateurs électriques pour les trains », décrit Stéphane Graber.

Développer la banque et les services

La bonne réputation de qualité et de fiabilité précède les Suisses sur les marchés internationaux. Cela vaut pour les produits industriels comme pour les services, notamment du secteur bancaire. La Chine ne faillit pas à la règle. Soumise elle aussi à la pression des délocalisations, elle montre aujourd’hui son intérêt  pour un développement dans les services. La Suisse, dont 85 % du PIB provient des services, s’impose dans ce domaine comme un interlocuteur privilégié. « Nous ne sommes aucunement concurrents dans ce secteur et c’est en complémentarité que nous interviendrons sur le marché chinois. Nous apporterons notre savoir faire, aux Chinois ensuite de le transposer et de le développer à grande échelle », affirme Stéphane Graber.

En tout état de cause, la Suisse compte renforcer par ce biais son image de place financière mondiale. Mais surtout, elle pourrait rivaliser avec Londres, actuellement l’adresse de référence sur le Renminbi, le négoce de la monnaie chinois, mais aussi secteur des taux d’intérêts et de la convertibilité du yuan. Déjà, en 2012, les banquiers suisses avaient fait savoir qu’ils briguaient une position sur le marché des transactions sur le Renminbi. En contre partie, la Confédération table sur l’implantation de banques chinoises sur son sol.

Retour en force du Swiss Made

Ironie du calendrier, ce renforcement des liens commerciaux entre les deux pays intervient alors que la Suisse vient de renforcer les critères de son label Swiss made. Cette mesure concerne plus particulièrement l’horlogerie. Désormais, 60 % des composants d’une montre suisse devront être fabriqués en Suisse pour que le produit final puisse prétendre au fameux Swiss made. Mais pas question pour Stéphane Graber comme pour l’ensemble des chefs d’entreprise suisse d’évoquer un durcissement des barrières.

Questionné sur les mesures protectionnistes de ces dernières semaines portant sur les panneaux solaires chinois et le vin bordelais, qui ont secoué les relations entre la Chine et l’Union européenne, le président de la chambre de commerce Suisse-Chine, est formel «  ce n’est pas la position de la Suisse, qui n’a pas la même approche dans ses relations commerciales que l’Union européenne. »